Passer au contenu Passer au pied-de-page

Héloïse Husquinet

© Hugo Comte
© Hugo Comte

ma tête est un désert de roches

je sonde les cratères

les nervures électriques

les ondes de choc

 

à propos des absent·e·s

je ne veux pas leur emboîter le pas

je détourne la tête

devant les photographies

 

je ne veux pas adorer

leur mort

 

--- 

 

 

je dilue ma peur de perdre

dans l’eau froide

du lavabo

dans l’eau chaude

du café et du lait qui me lie

à la chambre de bois

à la prairie en contrebas

 

---

 

j’élève une stèle vivante

à nos vertiges microscopiques

à nos élans bafoués

à tout ce qui bruisse

tendre

aux arbres nus

que l’on s’est mis à dos

pour se souvenir

de la porosité du ventre

 

---

 

j’oublie la nuit mon arrimage

guette la prochaine détonation

j’observe la trace des grands feux

calcule les distances

entre les ports d’attache

 

la carte du ciel brille sur mon thorax

de nouveaux points s’additionnent

 

et brouillent la géométrie des signes

 

---

 

sous chacun de nos pas

germe un univers

la taille et la durée se répondent

à l’échelle d’une fourmi

nous sommes déjà devenu·e·s vieux

 

la danse de la poussière dure une éternité

 

---

 

chaque semaine tu dis

je vais construire un radeau

nos retrouvailles sont un naufrage

l’été emporte notre maison

 

---

 

à la longue tu seras il ou elle

l’image posée sur la table de nuit

le lieu dont on oublie le nom

une histoire parmi d’autres

l’étoile déjà morte dans la constellation

 

j’aurai bien profité du spectacle

de sa lumière finissante

 

 

Extraits de : 

Couler le ciel contre ma joue / Héloïse Husquinet

L’Arbre de Diane, 2026

Collection Les deux sœurs 

© Hugo Comte
© Hugo Comte

Biographie

 

Héloïse Husquinet est autrice, danseuse et performeuse. Elle écrit des poèmes qu’elle aime mettre en voix, compose et improvise des phrases en mouvement, seule ou avec d’autres. Son travail expérimente les croisements entre texte, voix, mouvement et pensée critique, dans une perspective féministe et écosomatique. Née à Liège, elle vit entre Bruxelles et Montréal. 

Bibliographie

 

Couler le ciel contre ma joue

Héloïse Husquinet

L’Arbre de Diane, 2026

Collection Les deux sœurs 

 

 

 

Fatal·e ou l’impossible phantasme

Gorges Bataille 

Trou noir, 2025

 

Fatal*e et Arthur Rimbaud constatent que le langage est épuisé. Il n'y a pas de riposte possible puisqu'il n'y a plus d'accroche. Alors, elles entrent en résistance. Fatal*e est une épopée contemporaine avec des héroïnes fatales à leur condition et à leur absolu. Fatale à leur beauté. Ça parle d'amour et de tout ce qui chute inévitablement, dans l'espoir de se réinventer ensuite. [note de l’éditeur]

Je suis un volcan criblé de météores : Poésie 1947-1997

Etel Adnan ; trad. de l'anglais (États-Unis) par Marie Borel, Patrice Cotensin, Jean Frémon et Yves Michaud  

Gallimard, 2023

Collection Poésie

 

Si Etel Adnan, née en 1925 à Beyrouth et morte en 2021 à Paris, a tardivement rencontré une notoriété internationale comme peintre, elle a été dès sa jeunesse et sa vie durant une poétesse prolixe, engagée, aux voix multiples, car nourrie aux nombreuses cultures, langues et traditions dont elle est issue : fille d'un turc et d'une grecque, élevée à Beyrouth et éduquée en Français, elle s'installe longtemps aux États-Unis puis en France, et donc, franco-américano-libanaise, écrit en trois langues. Yves Michaud a composé pour en rendre compte une anthologie qui couvre une période de cinquante ans, de 1947 à 1997, et permet au lecteur de découvrir ce vaste continent poétique où s'énoncent les drames de l'histoire autant qu'une vision cosmique et une spiritualité athée. Vaste, libre et nomade, cette poésie s'affranchit de tout formalisme, de toutes les modes et impose une voix fervente et lucide, sans équivalent dans notre temps. [note de l’éditeur]

 

Extraits : 

J’ai épousé la lumière 

j’ai enfanté la folie

je suis un fleuve mon amour

tu ne peux que pleurer

sur mes bords 

--- 

 

Je ne vivrai ni dans la tombe

ni dans ta mémoire car tu m’as

précédée dans le futur éternel. 

Les mers sont immobiles et nous

regardent sans espoir. 

[note de l’éditeur]

 

 

 

 

 

Nature moderne

Derek Jarman

Actes Sud, 2025

 

Cinéaste queer et punk anglais, Derek Jarman apprend sa séropositivité en 1984 et décide de quitter la ville pour s’installer dans une cabane de pêcheur, au pied d’une centrale nucléaire. Il se met en tête de passer les jours qui lui restent à y cultiver un jardin déraisonnable et magnifique : battu par les vagues, le vent, et pourtant résolument fertile. Nature moderne est le journal sans fard de ses dernières années dans cette improbable oasis construite de ses mains, refuge face à la violence de l’époque et à la montée de la maladie. Il est une célébration lumineuse de ce qui vit malgré tout : l’amour et les corps, la littérature et le cinéma, les mauvaises herbes et les goélands. [note de l’éditeur]

 

 

Thérèse et Isabelle     

Violette Leduc

première publication en 1966

Gallimard, 2000

collection blanche

 

« Isabelle allongée sur la nuit enrubannait mes pieds, déroulait la bandelette du trouble. Les mains à plat sur le matelas, je faisais le même travail de charme qu’elle. Elle embrassait ce qu’elle avait caressé puis, de sa main légère, elle ébouriffait et époussetait avec le plumeau de la perversité. La pieuvre dans mes entrailles frémissait, Isabelle buvait au sein droit, au sein gauche. Je buvais avec elle, je m’allaitais de ténèbres quand sa bouche s’éloignait. Les doigts revenaient, encerclaient, soupesaient la tiédeur du sein, les doigts finissaient dans mon ventre en épaves hypocrites. » 


Dans Thérèse et Isabelle, longtemps censuré, Violette Leduc tente de « rendre le plus minutieusement possible les sensations éprouvées dans l’amour physique ». Des pages âpres et précieuses, d’une liberté de ton qu’aucune femme écrivain n’avait osé prendre en France avant elle.  [note de l’éditeur]

 

L’histoire de comment je me suis séparée en deux

Hoda Adra

Noroît, 2026

 

Avec des photographies d’archives de la performance de l’autrice.

 

En Brumanie, contrée lointaine où la brume efface l’horizon, les femmes ont dans la gorge des boules qui étouffent la voix et retiennent les pleurs, maintenant les corps dans un silence contraint. Si les larmes entraient en contact avec la brume, celle-ci redeviendrait pluie et engloutirait le pays tout entier. Une seule femme — mystérieuse, voire dangereuse — échappe à la règle. Ses larmes, la narratrice les apporte en Occident pour les faire analyser dans un grand laboratoire, révélant une mythologie intime où le corps devient le lieu de tensions collectives. Au fil du voyage, quelque chose cède : l’héroïne se scinde, laissant apparaître son double, un fantôme rose affamé de possibles.

 

Entre humour, réalisme magique et détours pseudo-documentaires, ce récit hybride, inspiré du conte et de la tradition orale arabe hakawati, explore les effets des structures de pouvoir géopolitiques sur les corps et les récits qui les traversent. [note de l’éditeur]

 

Extrait : 

 

J’essaie de raconter, pour concilier l’avant et l’après, l’ici et le là-bas, le nous et le vous, mais…

Mais comment tu racontes quand le monde refuse de te raconter ?

Quand le monde te refuse les mots pour te raconter ?
Comment tu racontes, quand, de là où tu arrives, on t’a enterré la gorge, et là où tu atterris, la parole n’a aucune portée ?

Et si tu parles, mais qu’on ne t’entend pas, est-ce que tu as vraiment parlé ?

Et c’est ici que je me sépare en deux comme une fusée qui doit laisser sa moitié. Ici, sur ce territoire, sur ces coordonnées géographiques exactes que tout explose, parce que chaque fois que j’essaie de raconter mon histoire, dès que j’ouvre la bouche, elle n’est plus là.

 

 

 

 

Fampitaha, fampita, fampitàna

Soa Ratsifandrihana 

 

Fampitaha, fampita, fampitàna – trois mots malgaches aux sonorités si proches et signifiant comparaison, transmission et rivalité. Soa Ratsifandrihana compose un quatuor chorégraphique joyeux et solaire tressé de danses, musiques et récits. Ils portent la mémoire de territoires colonisés et de diasporas, dont celle des quatre interprètes. Animés d’une formidable virtuosité et d’une énergie contagieuse, traditions et gestes ancestraux étrangers se rencontrent, dialoguent et se prolongent : ils voyagent dans une forme d’errance et explorent un éclatement inouï, généreux et lumineux des cultures. (...) Dans ce conte qui mêle les influences, la danse s’inscrit dans une réalité alternative où l’arrachement n’aurait pas eu lieu. 

 

https://www.youtube.com/watch?v=oSwbg3uqnA4

La nuit je rêve

Moussa

 

Moussa est un chanteur et compositeur français. Il a développé une identité musicale unique, avec des refrains entêtants, pleins de vent et de chaleur. Pour Moussa, la musique et les paroles sont une seule et même chose.

 

https://www.youtube.com/watch?v=VeI-sM04uag

Patterns of consciousness

Caterina Barbieri

 

Caterina Barbieri est une compositrice et musicienne italienne née à Bologne en 1990. Dans son processus de composition, Barbieri s'intéresse en premier lieu au temps, à l'espace, la mémoire et l'émotion.

 

https://www.youtube.com/watch?v=ujrKjwZrLXo