Héloïse Husquinet
ma tête est un désert de roches
je sonde les cratères
les nervures électriques
les ondes de choc
à propos des absent·e·s
je ne veux pas leur emboîter le pas
je détourne la tête
devant les photographies
je ne veux pas adorer
leur mort
---
je dilue ma peur de perdre
dans l’eau froide
du lavabo
dans l’eau chaude
du café et du lait qui me lie
à la chambre de bois
à la prairie en contrebas
---
j’élève une stèle vivante
à nos vertiges microscopiques
à nos élans bafoués
à tout ce qui bruisse
tendre
aux arbres nus
que l’on s’est mis à dos
pour se souvenir
de la porosité du ventre
---
j’oublie la nuit mon arrimage
guette la prochaine détonation
j’observe la trace des grands feux
calcule les distances
entre les ports d’attache
la carte du ciel brille sur mon thorax
de nouveaux points s’additionnent
et brouillent la géométrie des signes
---
sous chacun de nos pas
germe un univers
la taille et la durée se répondent
à l’échelle d’une fourmi
nous sommes déjà devenu·e·s vieux
la danse de la poussière dure une éternité
---
chaque semaine tu dis
je vais construire un radeau
nos retrouvailles sont un naufrage
l’été emporte notre maison
---
à la longue tu seras il ou elle
l’image posée sur la table de nuit
le lieu dont on oublie le nom
une histoire parmi d’autres
l’étoile déjà morte dans la constellation
j’aurai bien profité du spectacle
de sa lumière finissante
Extraits de :
Couler le ciel contre ma joue / Héloïse Husquinet
L’Arbre de Diane, 2026
Collection Les deux sœurs
Biographie
Héloïse Husquinet est autrice, danseuse et performeuse. Elle écrit des poèmes qu’elle aime mettre en voix, compose et improvise des phrases en mouvement, seule ou avec d’autres. Son travail expérimente les croisements entre texte, voix, mouvement et pensée critique, dans une perspective féministe et écosomatique. Née à Liège, elle vit entre Bruxelles et Montréal.
Bibliographie
Couler le ciel contre ma joue
Héloïse Husquinet
L’Arbre de Diane, 2026
Collection Les deux sœurs
Coup de coeur - Poésie 1
Fatal·e ou l’impossible phantasme
Gorges Bataille
Trou noir, 2025
Fatal*e et Arthur Rimbaud constatent que le langage est épuisé. Il n'y a pas de riposte possible puisqu'il n'y a plus d'accroche. Alors, elles entrent en résistance. Fatal*e est une épopée contemporaine avec des héroïnes fatales à leur condition et à leur absolu. Fatale à leur beauté. Ça parle d'amour et de tout ce qui chute inévitablement, dans l'espoir de se réinventer ensuite. [note de l’éditeur]
Coup de coeur - Poésie 2
Je suis un volcan criblé de météores : Poésie 1947-1997
Etel Adnan ; trad. de l'anglais (États-Unis) par Marie Borel, Patrice Cotensin, Jean Frémon et Yves Michaud
Gallimard, 2023
Collection Poésie
Si Etel Adnan, née en 1925 à Beyrouth et morte en 2021 à Paris, a tardivement rencontré une notoriété internationale comme peintre, elle a été dès sa jeunesse et sa vie durant une poétesse prolixe, engagée, aux voix multiples, car nourrie aux nombreuses cultures, langues et traditions dont elle est issue : fille d'un turc et d'une grecque, élevée à Beyrouth et éduquée en Français, elle s'installe longtemps aux États-Unis puis en France, et donc, franco-américano-libanaise, écrit en trois langues. Yves Michaud a composé pour en rendre compte une anthologie qui couvre une période de cinquante ans, de 1947 à 1997, et permet au lecteur de découvrir ce vaste continent poétique où s'énoncent les drames de l'histoire autant qu'une vision cosmique et une spiritualité athée. Vaste, libre et nomade, cette poésie s'affranchit de tout formalisme, de toutes les modes et impose une voix fervente et lucide, sans équivalent dans notre temps. [note de l’éditeur]
Extraits :
J’ai épousé la lumière
j’ai enfanté la folie
je suis un fleuve mon amour
tu ne peux que pleurer
sur mes bords
---
Je ne vivrai ni dans la tombe
ni dans ta mémoire car tu m’as
précédée dans le futur éternel.
Les mers sont immobiles et nous
regardent sans espoir.
[note de l’éditeur]
Coup de coeur - Littérature 1
Nature moderne
Derek Jarman
Actes Sud, 2025
Cinéaste queer et punk anglais, Derek Jarman apprend sa séropositivité en 1984 et décide de quitter la ville pour s’installer dans une cabane de pêcheur, au pied d’une centrale nucléaire. Il se met en tête de passer les jours qui lui restent à y cultiver un jardin déraisonnable et magnifique : battu par les vagues, le vent, et pourtant résolument fertile. Nature moderne est le journal sans fard de ses dernières années dans cette improbable oasis construite de ses mains, refuge face à la violence de l’époque et à la montée de la maladie. Il est une célébration lumineuse de ce qui vit malgré tout : l’amour et les corps, la littérature et le cinéma, les mauvaises herbes et les goélands. [note de l’éditeur]
Coup de coeur - Littérature 2
Thérèse et Isabelle
Violette Leduc
première publication en 1966
Gallimard, 2000
collection blanche
« Isabelle allongée sur la nuit enrubannait mes pieds, déroulait la bandelette du trouble. Les mains à plat sur le matelas, je faisais le même travail de charme qu’elle. Elle embrassait ce qu’elle avait caressé puis, de sa main légère, elle ébouriffait et époussetait avec le plumeau de la perversité. La pieuvre dans mes entrailles frémissait, Isabelle buvait au sein droit, au sein gauche. Je buvais avec elle, je m’allaitais de ténèbres quand sa bouche s’éloignait. Les doigts revenaient, encerclaient, soupesaient la tiédeur du sein, les doigts finissaient dans mon ventre en épaves hypocrites. »
Dans Thérèse et Isabelle, longtemps censuré, Violette Leduc tente de « rendre le plus minutieusement possible les sensations éprouvées dans l’amour physique ». Des pages âpres et précieuses, d’une liberté de ton qu’aucune femme écrivain n’avait osé prendre en France avant elle. [note de l’éditeur]
Coup de coeur - Littérature 3
L’histoire de comment je me suis séparée en deux
Hoda Adra
Noroît, 2026
Avec des photographies d’archives de la performance de l’autrice.
En Brumanie, contrée lointaine où la brume efface l’horizon, les femmes ont dans la gorge des boules qui étouffent la voix et retiennent les pleurs, maintenant les corps dans un silence contraint. Si les larmes entraient en contact avec la brume, celle-ci redeviendrait pluie et engloutirait le pays tout entier. Une seule femme — mystérieuse, voire dangereuse — échappe à la règle. Ses larmes, la narratrice les apporte en Occident pour les faire analyser dans un grand laboratoire, révélant une mythologie intime où le corps devient le lieu de tensions collectives. Au fil du voyage, quelque chose cède : l’héroïne se scinde, laissant apparaître son double, un fantôme rose affamé de possibles.
Entre humour, réalisme magique et détours pseudo-documentaires, ce récit hybride, inspiré du conte et de la tradition orale arabe hakawati, explore les effets des structures de pouvoir géopolitiques sur les corps et les récits qui les traversent. [note de l’éditeur]
Extrait :
J’essaie de raconter, pour concilier l’avant et l’après, l’ici et le là-bas, le nous et le vous, mais…
Mais comment tu racontes quand le monde refuse de te raconter ?
Quand le monde te refuse les mots pour te raconter ?
Comment tu racontes, quand, de là où tu arrives, on t’a enterré la gorge, et là où tu atterris, la parole n’a aucune portée ?
Et si tu parles, mais qu’on ne t’entend pas, est-ce que tu as vraiment parlé ?
Et c’est ici que je me sépare en deux comme une fusée qui doit laisser sa moitié. Ici, sur ce territoire, sur ces coordonnées géographiques exactes que tout explose, parce que chaque fois que j’essaie de raconter mon histoire, dès que j’ouvre la bouche, elle n’est plus là.
Coup de coeur - Danse / Conte / Musique
Fampitaha, fampita, fampitàna
Soa Ratsifandrihana
Fampitaha, fampita, fampitàna – trois mots malgaches aux sonorités si proches et signifiant comparaison, transmission et rivalité. Soa Ratsifandrihana compose un quatuor chorégraphique joyeux et solaire tressé de danses, musiques et récits. Ils portent la mémoire de territoires colonisés et de diasporas, dont celle des quatre interprètes. Animés d’une formidable virtuosité et d’une énergie contagieuse, traditions et gestes ancestraux étrangers se rencontrent, dialoguent et se prolongent : ils voyagent dans une forme d’errance et explorent un éclatement inouï, généreux et lumineux des cultures. (...) Dans ce conte qui mêle les influences, la danse s’inscrit dans une réalité alternative où l’arrachement n’aurait pas eu lieu.
Coup de coeur - Musique 1
La nuit je rêve
Moussa
Moussa est un chanteur et compositeur français. Il a développé une identité musicale unique, avec des refrains entêtants, pleins de vent et de chaleur. Pour Moussa, la musique et les paroles sont une seule et même chose.
Coup de coeur - Musique 2
Patterns of consciousness
Caterina Barbieri
Caterina Barbieri est une compositrice et musicienne italienne née à Bologne en 1990. Dans son processus de composition, Barbieri s'intéresse en premier lieu au temps, à l'espace, la mémoire et l'émotion.