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Camille Pier

Lunettes

 

Est-ce qu’il existe des lunettes de soleil pour la nuit

Des lunettes c’est déjà des petites lunes

Alors oui

on les appellerait des lunnuits

et leur étui un étuile

pour les ranger entre les étoiles et les tuiles

Est-ce que tu voudras en porter une paire pour venir me voir

sortir me plaire sans te sentir ridicule

Je comprends

tu préfères passer incognito

 

Toute son attitude semble s’excuser d’être aussi belleau à voir

Est-ce que mon regard ébloui l’intimide

Si la lune reflète la lumière du soleil

c’est que c’est pas sa lumière à elle

Est-ce que c’est sûr que ça peut pas être la sienne

Je me vois luire dans le reflet de ses lunettes  

mais c’est pas pareil quand je vois dans ses yeux direct

l’effet que je lui fais 

Est-ce qu’on peut dire que la nuit aveugle 

que l’obscurité éblouit les yeux

 

Faudrait donc des verres de protection

pour ne pas ne pas voir 

Est-ce que voir plus clair ça aide à regarder le soir dans les cieux 

Est-ce que sont les yeux qu’on trouve jolis 

ou les plis des paupières tout autour 

Les nuages font un décolleté 

à la lune à l’allure d’allumeuse

mais elle avait rien demandé en fait 

Déjà que dire le mot lune c’est pour parler de fesses

 

C’est dur à porter d’être si systématiquement 

Sexualisé∙e 

Briller c’est juste dans ta nature 

ni pour séduire ni pour guider 

et puis t’es obligé∙e d’en jouer 

parce qu’il faut bien s’y réduire et faire avec 

et parce qu’on nous raconte que c’est valorisant direct 

que ça place sur l’échelle sociale de plaire 

que tout le monde court après mais c’est violent 

Sûrement moins 

cela dit en passant 

que d’éclipser certaines étoiles qui soi-disant seraient 

moins séduisantes

 

Tu me plais 

je ne sais pas si c’est un compliment à tes yeux 

de te parler de ton apparence 

Moi je pense que 

si on ne peut pas me voir 

c’est pas la peine de me regarder 

 

Le serveur aux ongles vernis ajoute une bougie 

qui fait scintiller nos verres comme des bijoux 

et qu’on accueille avec des 

oh joli 

Mais un vent violent se lève soudain et l’éteint 

ce qui nous fait exploser de rire 

tout deux 

L’univers a un humour assez douteux 

 

Est-ce qu’il existe des lunettes de sommeil 

pour les nuits trop blanches 

pour regarder nos idées noires droit dans les yeux 

leur proposer de s’asseoir à notre table sans bougie 

pour changer l’insomnie solide en rêve lucide 

J’ai entendu de la bouche d’un∙e adelphe que 

Il faut protéger les espaces d’obscurité 

parce que sans lumière artificielle 

on voit mieux toutes les étoiles 

et parce que l’éclairage humain 

est la deuxième cause de mortalité chez les insectes

 

Je veux voir plus loin et de plus près et plus direct 

tes galaxies non triées 

les cloportes sous tes pierres 

pour que l’infini et l’infiniment petit coexistent 

parce que nous sommes infini∙e∙s et insignifiant∙e∙s à la fois

 

Est-ce qu’il existe des verres sans reflet 

pour mieux se voir à travers 

Est-ce que voir c’est donner de l’existence 

Est-ce qu’il faut forcément se regarder pour se voir

 

Extraits de : feu l’amour ! / poèmes et dessins de Camille Pier – maelstrÖm, 2023 

© Anne-Sophie Guillet
© Anne-Sophie Guillet

Biographie

 

Camille Pier est né à Liège en 1988, assigné fille par la société et bizarre par la cour de récré. Il passe le plus clair de son temps à l’académie pour étudier la musique, le dessin, la danse et il échappe au temps qu’il reste en se plongeant dans les livres. Après des études universitaires en littérature, il s’installe à Bruxelles pour suivre les cours de théâtre corporel chez Lassaâd. La même année, il commence à travailler comme artiste de cabaret. Suite à des blessures répétées qui l’empêchent de danser sur talons, il se dédie plus assidûment à l’écriture et découvre le slam. En dix ans, il accumule un large répertoire de poèmes-performances et de chansons-sketchs destinés aux scènes marginales du divertissement. Ces pièces lui permettent de voyager en Europe d’une scène à l’autre, entre poésie et cabaret. C’est en 2015 qu’il entame sa transition et que son écriture se transforme. La militance s’affirme et l’humour change de bord. Il n’est plus question d’autodérision, il y a alors urgence d’autoguérison. Il coécrit avec la biologiste Leo Palmeira La Nature contre-nature (tout contre), un spectacle-conférence sur la diversité sexuelle animale. En 2016, il devient programmateur du Pride Festival de Bruxelles. En 2021, il intègre le collectif de cabaret queer Not Allowed - Glitter’s time. Aujourd’hui artiste à temps plein, il fait dialoguer ses différents langages (dessin, musique, dramaturgie, mouvement et poésie) pour joindre tous les bouts du patchwork dans un rituel artistique de réparation. En 2022, après 10 ans de performances poétiques, il publie son premier recueil de poèmes illustrés Scandale !, à L'Arbre de Diane. feu l'amour ! a été écrit et dessiné en moins d'un an : ce troisième livre paraît chez maelstrÖm réEvolution en octobre 2023.

Bibliographie

 

feu l’amour ! / poèmes et dessins de Camille Pier / maelstrÖm, 2023

Scandale / Camille Pier – L’Arbre de Diane, 2022

La nature contre-nature (tout contre) / Camille Pier & Leo Palmeira – L’Arbre de Diane, 2016

 

 

Mouvementements : écopolitiques de la danse / Emma Bigé - La Découverte, 2023

 

Des mouvements en moi, qui ne sont pas de moi, des mouvements par lesquels mes interdépendances avec les autres créatures terrestres remontent à ma conscience. Mouvements de ma respiration, mouvements de ma digestion, mouvements de ma posture qui s’ajuste perpétuellement à la gravité. 

À passer du temps dans des studios de danse, voilà ce qu’on peut apprendre : nous, mammifères humaines, habitantes de Terra, sommes mouvementées par une multitude de forces. Loin d’être automobiles, loin d’être contenues ou contenables dans la petite usine de nos corps, nous débordons. Les écologies scientifiques nous en convainquent, les écologies politiques nous appellent à en faire une force insurrectionnelle. Et si nous apprenions avec les écologies somatiques à sentir et à célébrer nos débordements plus qu’humains ? À l’heure où les soulèvements de la Terre se multiplient, ce livre examine la manière dont certaines formes de danse (improvisations collectives, pratiques somatiques, installations chorégraphiques) tentent d’élaborer, dans les plis du monde mondialisé, des antidotes à l’anesthésie. Des manières de nouer nos gestes au-delà des fausses frontières de l’individu et de l’humain. Des manières de danser-sentir-penser l’enchevêtrement de nos mouvements. 

 

Moi, ce que j’aime, c’est les monstres / Emil Ferris - Monsieur Toussaint Louverture, 2018

 

Chicago, fin des années 1960. Karen Reyes, dix ans, est une fan absolue des fantômes, vampires et autres morts-vivants. Elle se voit d’ailleurs comme un petit loup-garou : d’après elle, dans ce monde, il est plus facile d’être un monstre que d’être une femme. Le jour de la Saint-Valentin, au retour de l’école, Karen apprend la mort de sa belle voisine, Anka Silverberg, une survivante de l’Holocauste. Elle décide alors de mener l’enquête et va vite découvrir qu’entre le passé d’Anka au cœur de l’Allemagne nazie, son quartier en pleine ébullition et les drames qui, tapis dans l’ombre de son quotidien, la guettent, les monstres bons ou « pourris » sont des êtres comme les autres, complexes, torturés, fascinants. Conçu comme le journal intime d’une artiste surdouées, c’est un livre époustouflant. 

 

Valeria Duca

 

Valeria Duca est née en 1995 en Moldavie. Elle a commencé sa carrière très tôt. Sa première exposition a eu lieu alors qu’elle n’avait que 12 ans dans sa ville natale, Chisinau, et a fait apprécier son travail abstrait et son sens de la couleur. En 2011, elle a participé à la Biennale de Venise, ce qui marquait ses débuts sur la scène artistique internationale. À 17 ans, Valeria s’est installée au Royaume-Uni où elle a étudié l’histoire de l’art à l’Université de St Andrews. Elle vit aujourd’hui à Oslo où elle travaille comme peintre.

Les œuvres de Valeria ont évolué au cours de ses seize années de carrière, passant de la peinture abstraite expressive au réalisme figuratif. N’ayant pas étudié dans une académie ou fait partie d’un atelier, son réalisme est truffé de symbolisme dans le but de créer des métaphores visuelles. Un récit décrivant, sinon une descente dans la folie, du moins un brouillage des limites de la normalité, flirtant parfois avec le surréalisme. Ses œuvres sont entrées dans les collections permanentes de plusieurs musées d’Europe de l’Est : le musée d’histoire et d’archéologie de Moldavie, le musée d’art visuel de Galati, en roumanie, le musée d’art occidental et oriental d’Odessa, en Ukraine, le musée du village de Bucarest, en Roumanie, le musée d’art populaire de constanta, en Roumanie, et le palais du Parlement de Bucarest, en Roumanie. 

Lors d’un voyage dans son pays d’origine, en Moldavie, Valeria Duca a été fortement marquée par la vague de familles ukrainiennes qui avaient trouvé refuge dans ce pays pour échapper à l’assaut des Russes. Cette expérience l’a incitée à peindre une série d’œuvres en réponse à cette situation. En collaboration avec la galerie Panter & Hall de Londres, elle a mis aux enchères les sept toiles qui en résultaient. 75´de l’argent récolté sera reversé à Médecins Sans Frontières afin d’améliorer les conditions de vie dans la région. 

https://www.valeriaduca.com/

 

Marcel, le coquillage (avec ses chassures) / réalisé par Dean FleischeCamp - 2023

 

Marcel est un adorable coquillage qui vit seul avec sa grand-mère Connie, depuis sa séparation avec le reste de la communauté. Lorsqu’un réalisateur de documentaires les découvre dans son Airbnb, la vidéo qu’il met en ligne devient virale et offre à Marcel un nouvel espoir de retrouver sa famille. 

https://www.youtube.com/watch?v=k98Afd7Nf3Y

 

November Ultra 

 

November Ultra est une autrice-compositrice-interprète française née en 1988. Surnommée Nova par ses proches, elle grandit dans la région parisienne à Boulogne-Billancourt. Sa mère est espagnole et son père portugais. Dès 2013, elle est chanteuse et parolière du groupe électro-pop Agua Roja. Le groupe se sépare en 2018 après 2 EP.                                                                                       

En solo, elle prend le nom de November Ultra, s’inspirant d’une mixtape du chanteur Frank Ocean intitulée Nostalgia Ultra. Elle sort son premier EP, Honey Please be soft & tender, en 2021, puis son premier album, Bedroom Walls, en 2022. Sa voix est parfois comparée à celle de la chanteuse Adèle. Elle fait les premières parties de Clara Luciani ou encore de Pomme. 

Elle est lauréate aux Victoires de la Musique 2023 dans la catégorie Révélation féminine. 

 

https://www.youtube.com/watch?v=ej8LUcOUp8I

 

 

 

Mac Miller

 

Mac Miller, de son vrai nom Malcolm James McCormick, est né en 1992 à Pittsburgh (Pennsylvanie) et mort en 2018 à Los Angeles (Californie). Rappeur américain, il était aussi producteur sous le nom de Larry Fisherman. Début 2010, il commence à enregistrer son premier album studio, Blue Side Park, qu’il sort en 2011. L’album se classe premier dans le classement hebdomadaire américain Billboard 200, ce qui en fait le premier album à être distribué de façon indépendante en tête depuis Dogg Food du groupe Tha Dogg Pound sorti en 1995.

En 2013, Mac Miller lance REMember Music, sa propre maison de disques, nommée ainsi en souvenir d’un ami décédé. Son deuxième album studio, Watching Movies with the Sound off, sort en 2013. 

Un mois après la sortie de son dernier album, Mac Miller est retrouvé mort des suites d’une overdose en 2018 à l’âge de 26 ans dans sa maison située dans la vallée de San Fernando en Californie.

 

https://www.youtube.com/watch?v=QrR_gm6RqCo