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Abrapalabra - collection poche

Les éditions Abrapalabra se veulent un espace de création libre dans lequel l’écriture poétique n’a pas de frontière pour que s’ouvre la parole, comme une incantation. La poésie est omniprésente si nos yeux acceptent de la voir et c’est ce que les éditions Abrapalabra, en un coup de baguette magique, cherchent à rendre visible.

Les éditions Abrapalabra - autrefois nommées l'Arbre à paroles - voient le jour en mars 2025 et sa collection de poche a été créée quelques mois plus tard, en août 2025, dans un souci de rendre la poésie accessible au plus grand nombre.  Cette nouvelle collection permet de faire découvrir des textes totalement inédits à un prix qui se veut abordable.

 

Les vies de Jésus

Laurence Vielle

 

Qui est Jésus ? Jésus est un voisin de palier, un patron de café, un chauffeur de taxi ou peut-être un poète. Personnage aux mille visages, il nous ouvre les yeux sur la beauté d’une rencontre, l’importance du moment présent et, quand sa langue s’emballe, c’est l’absurdité du monde qu’il rejoue.

Laurence Vielle glane son inspiration en marchant dans la rue ou dans des lieux en marge: maisons d’arrêt, de soin, de repos, d’apprentissage… Elle met en lumière les gestes et les paroles des invisibles.

Laurence Vielle est née et vit à Bruxelles. Comédienne et poète, elle performe, joue, crée des objets scéniques, radiophoniques, écrit et dit. Elle aime et recherche les lieux de travail et de partage à la périphérie (maisons d’arrêt, de soin, de repos, d’apprentissage… les paroles outsiders.) Elle croise sa voix avec celles de Vincent Granger, David Giannoni, Isabelle Seret, Laurent Frechuret, Gertrude Stein, Valère Novarina, Nastassjia Martin, Monique Dorsel, Pietro Pizzuti, Aurélien Dony, Ernst Moerman, Michèle Nguyen, Catherine Graindorge, Kristell Loquet, Bernadette Heinrich, Magali Pinglaut et tant d’autres. Elle glane les mots des autres et les siens, ce sont ses tambours, elle tente d’y accorder son cœur.

[note de l’éditeur]

 

Extraits 

 

Jésus est chauffeur de taxi. 

-        Votre voiture, elle n’a pas de suspension.

-        Elle est nouvelle, dit-il.

-        Non, c’est un vieux tacot. 

La ville autour du taxi est moite et empressée.

Jésus ralentit à chaque obstacle de la route,

il freine sans cesse, j’ai la nausée.

-        Rien ne presse, dit-il, certains obstacles se franchissent lentement. 

Jésus sourit.

J’ouvre la fenêtre pour prendre l’air, 

je suis oppressée. 

Il me dépose à destination. 

-        Vous me mettez 5 étoiles sur l’appli, n’est-ce pas ? 

-        Bien sûr, Jésus. 

Je lui en ai mis deux,

je n’irai pas au ciel. 

 

*** 

 

Quand Jésus a mal au pied

il marche au rythme des tortues des escargots

il caresse la mousse des murets reconnaît les oiseaux

il salue les fleurs roule du dos avec le chat

il apprécie le nom des rues

rue de la Forêt rue des Elous

rue de la Boulignière et rue de l’Océan

quand Jésus a mal au pied

les voitures le dépassent

son corps se met à bouger

mouvements lents et endiablés

gestes suaves et saccadés

il bouge le rythme motorisé

il marche le rire des mouettes

le vent dans le figuier

la tronçonneuse du chantier

le tac tac d’une canne

chaque bruit est une musique

qui traverse son corps

quand il a mal au pied

sur les pavés de la cité

Jésus danse. 

 

***

 

Jésus dans la rue me salue. 

-        Bonjour, d’où nous connaissons-nous ? 

-        Je suis ton voisin de palier.

-        Ah, je réponds confuse, j’ai la mémoire trouée en ce moment. 

-        Ça arrive à tout le monde, dit-il indulgent.

Il tient dans ses bras un carton

avec un aspirateur périmé,

il dirige depuis peu

un service de recyclage à Anvers. 

-        Ça tombe bien, j’ai chez moi des vieux téléphones,

des batteries obsolètes. Puis-je les déposer devant votre porte ?

-        Oui, je m’en occupe volontiers.

-        Vous êtes bien aimable, merci.

J’ai de la chance, Jésus est mon voisin.

 

***

 

Quand Jésus meurt, il revient toujours.

 

 

 

 

À vous je dois mon ciel plus bleu

Aurélien Dony

 

Ces poèmes ont été écrits durant la 42e édition du festival Voix vives de méditerranée en méditerranée où Aurélien Dony a eu le plaisir d’être invité pour représenter la Belgique francophone aux côtés de Mel Moya. Il y a écrit un poème pour chacune des rencontres, chacune des lectures qu’il a données durant le festival. À ceux-ci s’ajoutent trois textes inédits écrits dans la foulée. Ce recueil est un cadeau pour tous les festivaliers et les festivalières qui lui ont fait l’honneur de venir et revenir à ses lectures. Il est également un cadeau pour chaque lecteur et lectrice en quête d’humanité et d’authenticité. Il règne, dans ce livre, une urgence, une détresse, aussi, qui chavirent le cœur. Un absolu besoin d’aimer et d’être aimé.

 

Aurélien Dony est poète, metteur en scène et animateur d’ateliers d’écriture, Aurélien Dony s’emploie à explorer les ressources du langage. Il multiplie les expériences poétiques avec pour seul objectif de sonder les potentialités du poème. Sur scène, avec l’Absolu Théâtre qu’il co-dirige avec Charly Simon, il mêle le texte poétique à la danse et à la musique live ; dans son écriture, il interroge, sous différentes formes, le rapport au corps, aux amours mul- tiples, à l’intensité d’être au monde. Il a publié plusieurs recueils de poésie tels que Amour Noir (maelstrÖm reE- volution, 2021) et Grammaire du vide (l’Arbre à paroles, 2023). Son premier récit, Train-Nuit, est paru en mars 2025 dans la collection iF des éditions Abrapalabra.

[note de l’éditeur]

 

Extrait 

 

On peut s’attendre à tout

Qu’on galope à présent sur des terres moins fertiles

Qu’on s’avance en des lieux où l’aube ne vient pas

Que chaque parole s’éreinte à gravir le silence

Qu’elle arrive au sommet sans souffle et sans éclat

Qu’on n’ait rien à dire en ce jour de juillet

Et qu’on se taise enfin

 

On peut s’attendre à tout

Un œil parmi la foule pour provoquer la chute

Qu’on tombe à même l’asphalte d’avoir été saisi·e

Par l’inconnu·e qui fait nos chairs en feu

Ce genre de hasard qu’on chante dans les chansons

J’ai pensé à son regard de braise

Pour nous faire moins seul·e dans les rues où l’on passe

 

On peut s’attendre à tout

Crever d’ennui un soir où les amours nous quittent

Et traîner sa carcasse aux devantures des villes

Tenter de ne pas se voir dans le reflet des vitres

S’oublier tant qu’on peut dans un verre de pastis

S’enterrer au linceul d’un ciel trop bleu pour soi

Et pleurer sur son corps de l’avoir à nos yeux rendu trop

étranger 

 

On peut s’attendre à tout

Don Quichotte en son cœur revenir à la lutte

Tempétueux·euse débile et ô combien vivant·e

Penser qu’à soi tout·e seul·e on redresserait les torts

De l’Histoire tout entière

Ne pas pâlir à cette idée grossière

Qu’un être qui s’entête vaut un peuple debout

 

On peut s’attendre à tout

Revenir plus modeste à l’idée collective

Se rendre compte un peu que combattre sans l’autre

C’est encore s’en remettre à ses bras faméliques

C’est se croire à la mer au radeau de sa lutte

Mais bordel matelot rappelle-toi l’équipage

Et seul dis-moi un peu comment vaincre les flots

 

On peut s’attendre à tout

Aux rencontres qui sauvent d’un parfait ridicule

Aux ami·e·s qui te rendent au silence

Mais ne t’annulent pas ne t’écrasent jamais

T’offrent l’eau d’une amitié tranquille

Le repos mérité des êtres qui s’entendent

Sur le besoin vital de ne plus dire un mot

 

On peut s’attendre à tout

Revirements sans cesse

Métamorphoses encore

Tu n’es pas terminé·e

Puisque tu n’es pas mort·e

S’apprendre et se défaire

S’élancer s’arrêter regarder en arrière

Se mordre un peu la langue

 

Qu’en jutent des mots de sang

Aiguiser ses silex

Ou se crever le cœur

Nous armer de faiblesse

Nous offrir dénudé·e 

Sur quelque lit d’hôtel

Et dans le jour qui vient et dans le jour qui meurt

Réinventer nos mains pour l’amour pour l’ardeur

Réinventer nos traits faire peau neuve à toute heure

Et se sentir moins soi d’avoir approché l’autre

Et se trouver un peu de s’être oublié·e tant

 

On peut s’attendre à tout

Nous sommes là pour le dire

On peut s’attendre à tout

Tu n’es toi qu’à partir 

D’un refrain dans le vent

Ou d’un chien de hasard

Tu n’es toi qu’au moment

Où tu dis : je veux vivre

 

 

Du geste je garde la mémoire

David Giannoni

 

Écrits entre 2002 et 2017, ces poèmes épars nous ramènent à l’essentiel : nos racines, nos liens familiaux et l’amour de l’autre. David Giannoni place ici la poésie au cœur de tout, la poésie comme acte de vie, comme mouvement invitant à une réévolution qui du dedans se projette vers le dehors. Plusieurs de ces poèmes ont été écrits lors de l’acte de réévolution poétique mené en 2002 avec les comparses Antonio Bertoli, Alejandro Jodorowsky, Marianne Costa et Lawrence Ferlinghetti à Gênes en Italie. S’exprime ici un réel besoin de créer une autre réalité que celle qu’on voudrait nous imposer. L’auteur invite les lecteurs et les lectrices à accueillir la finitude de toute chose, à commencer par la sienne propre, et célébrer le fait de chaque jour nouveau.

 

David Giannoni est né à Nice en 1968, il vit d’abord en France, puis à Rome et à Bruxelles. Fondateur et directeur de la maison d’édition maelstrÖm reEvolution, scénariste («Polders» réal. Claudio Serughetti – Arte/Rtbf ), cofondateur du réseau reEvolution poétique avec Antonio Bertoli, Alejandro Jodorowsky, Lawrence Ferlinghetti, Marianne Costa, et Martin Bakero, il a longtemps travaillé dans le secteur « sans-abri » à Bruxelles, comme éducateur de nuit et comme responsable du projet « Espaces de parole ». En 2007, il crée le fiEstival avec Antonio Bertoli et Marco Giannoni, festival international de poésie à Bruxelles qu’il codirige auourd’hui avec Nadejda Peretti. La même année, il devient directeur de la Maison de la Poésie d’Amay (Belgique) et des éditions l’Arbre à paroles devenues Abrapalabra. En décembre 2010, il ouvre à Bruxelles la Boutique-librairie maelstrÖm 4 1 4. Il est également poète, thérapeute (et donc thérapoète), dessinateur et performer.

[note de l’éditeur]

 

Extrait 

 

du geste je garde la mémoire

elle est enfouie dans son ombre

qui se projette sur un rivage

qui sépare et qui unit

deux océans

l’un est de terre

l’autre de mer

 

quand soleil fort brûle sur le visage

quel temps donne-t-il à ce que monde

nouveau

se découvre ? 

 

j’attends là

à surprendre de mes soubresauts

quatre mouettes qui s’épient

car aucune ne veut laisser

s’échapper la proie

 

mais voilà

il n’y a pas de proie

et le silence

tout entier

comme destin qui s’effile

emplit la distance

qui couvre de toit à toi

qui me couvre

de moi

en moi

 

alors

j’ouvre karma

cela qui étincelle

comme feu que prend

la dernière ligne

d’une lune presque pleine

juste avant d’atteindre

l’aurore ceinte

de nuages en grumeaux

qui baptisent

chaque jour

chaque soir

après le nom

ton nom

après ton nom

mon nom

et après ? 

 

va me dit le rêve

va

tu sais où se cache

cela qui permet aux sept lieux

d’irradier de leur creux

les surfaces invisibles

 

viens 

et va

et de peu de mots

fait-toi le rapport

ils sont magie

ils bâtissent édifient

construisent

 

va 

et reviens

 

ramène-moi

 

***

 

ce que tu ne fais pas

ne le regrette pas

 

***

 

 

 

 

avant d’apprendre à dire non

il faut apprendre à dire…

 

…

 

avant d’apprendre à dire non

il faut apprendre à dire…

 

…..

 

 

avant d’apprendre à dire non

il faut apprendre à dire…

 

…….

 

oui,

il faut apprendre à dire…

 

…..

 

apprendre à dire….

apprendre à dire… 

..

 

oui

 

.

 

 

***

 

parfois tu peux croire que la vie passe à côté de toi

en réalité la vie passe

simplement

comme le fleuve millénaire

en transformation continuelle

jamais ce n’est la même vie qui passe

la vie c’est la vie

la mort la mort

toi seul parfois crois passer à côté de la vie

 

cesse de croire

vis

meurs

c’est selon

 

mais vis vraiment

meurs vraiment

 

vis