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Anne Martine Parent

©Patrick Simard
©Patrick Simard

les corps se défont et se recomposent

on recoud vite nos peaux de feuilles mortes

dentelles broderies lichens

tout se répare encore

la pluie couronne nos joies

nous sommes

minuscules et puissantes

le vertige dans nos cheveux fous

nous portons nos bois fièrement

des reines qu’on trahira bientôt

 

***

 

l’amour du territoire en une longue étreinte

il suffit de bien tenir le paysage

pour que tous les noms reviennent

comme une procession sacrée

dans nos mains la forêt

enterre les doutes

 

 

 

nous apprivoisons l’écorce

nous charrions roches et histoires

nos rires et nos cheveux mouillés

pas encore de ravages

pour briser nos résolutions

 

***

 

les rivières les lacs la mer

extravagances infinies

lumière, ensorcelante

nos yeux chavirés

 

***

 

Ça ne s’arrêtera plus maintenant.

Le vent mélange les désirs et les colères. Les cris des

geais bleus se perdent dans les feuillages. Couteaux

pierres fusils. Nous accrochons notre survie aux

branches des arbres, nos mains hésitantes et furtives

construisent des abris. Nous n’avions pas prévu l’orage

et ses écorchements. Nous étions verticales claires et

verts frémissements.

 

***

 

les vagues briseront nos cous

avant que le vent tombe à nos pieds

que nos mains désespérées

déchirent l’horizon

on dormira les yeux ouverts

près de nous le silence des mouettes

nous prendra à la gorge

déchirera nos rêves

bouches éteintes

 

***

 

Des plages en ruines comme autant d’anaphores. Nos

échardes au soleil on souriait quand même. D’autres

vies possibles, des silhouettes dans le sable. Nos pelles

perdues on ne savait plus où aller.

 

***

 

je veux des jours sans entraves

une robe neuve

je veux mammifères et constellations

patience et rivières

les plis et les courbes des mots

les jambes et les bras couverts de cendres

 

***

 

Il suffit parfois d’un geste, d’un souffle, d’un repli où se

blottir, tenir l’amorce des choses, résister aux saisons,

pouvoir enfin ouvrir les yeux, paumes mutilées.

 

 

Extraits de : L’horizon par hasard / Anne Martine Parent – La Peuplade, 2023 – Collection Poésie

Biographie

Anne Martine Parent est poète et professeure d’études littéraires à l’Université du Québec à Chicoutimi. Elle travaille sur la littérature contemporaine et les séries télévisées, dans une perspective résolument féministe. Elle est chercheuse régulière à FIGURA, le Centre de recherche sur le texte et l’imaginaire. Elle s’intéresse aussi aux pratiques autobiographiques contemporaines et aux théories du genre.

Bibliographie

L’horizon par hasard / Anne Martine Parent – La Peuplade, 2023

Je ne suis pas celle que vous croyez / Anne Martine Parent – La Peuplade, 2016

Kennedy sait de quoi je parle / Tania Langlais - Les Herbes Rouges, 2008

 

Kennedy sait de quoi je parle déploie, dans des poèmes qui ont « quelque chose d’autiste dans la voix », la « douloureusement parfaite » constellation de ses images. C’est avec un ton et un style d’une solidité toujours aussi remarquable que Tania Langlais clôt un cycle poétique commencé avec Douze bêtes aux chemises de l’homme et poursuivi dans La clarté s’installe comme un chat. [Note de l’éditeur]

Les grandes fatigues / Isabelle Dumais - Éditions du Noroît, 2019

 

La fatigue nous sculpte et nous façonne. Il y a par exemple ces désirs qui nous agitent et nous exténuent. Ou au contraire cette ambivalence qui nous lasse à n’entreprendre rien. Il y a ces faiblesses du corps qui nous freinent jusqu’à parfois garder le lit. Il y a encore nos ravissements, nos élans sans retour qui nous laissent désemplis. Quelquefois, il y a cet effondrement où nous tombons en morceaux, à la fois rompus et dégagés… En neuf suites, ce livre nous invite à prendre la mesure de nos fatigues. Dans un siècle fatigué, il questionne ces expériences qui nous transforment, changent nos paysages, à la manière des grandes marées. [Note de l’éditeur]

Extrait : 

Écroulée par bribes distinctes je suis

l’un de ces sept milliards d’éparpillements 

distribués en portions délicates

en des emplacement brillants ou étranges. 

 

Il faudrait peut-être que je me rassemble. 

Mouron des champs / Marie-Hélène Voyer - La Peuplade, 2022

 

Mouron des champs dit l’histoire de vies dures et empêtrées, de destinées de filles de fermiers, de pauvresses du bout du rang, de mères travailleuses infatigables aux désirs corsetés. Revitalisant brillamment le vocabulaire des parlers populaires, Marie-Hélène Voyer fouille les lieux de vie familiaux où se resserrent l’emprise de la domesticité et la violence de la contention. Cette poésie profonde et tassée comme un pain de mie porte la voix des mortes et met en lumière les encagements du passé. Mouron des champs, suivi de l’essai Ce peu qui nous fonde, est l’occasion pour la poète de revenir sur la disparition de sa mère, cette femme de cendre qui s’effondre, sur les ombres qui planent depuis l’enfance et sur l’affranchissement que permet l’écriture. 

Un souffle d’amour pour apprendre à vivre. [Note de l’éditeur]

 

Extrait : 

 

il me faudrait tracer l’histoire

de mes vieilles vivantes

toutes leurs vies raboutées

elles et moi raccomodées

dans un livre

d’amertumes rieuses

et de joies sombre

Underworlds - Isabelle Hayeur

La recherche artistique d’Isabelle Hayeur trouve son origine dans son expérience personnelle. Pendant plus de vingt ans, elle a habité près des berges d’une rivière devenue polluée. Elle a longuement observé les transformations de ce cours d’eau, les mutations de ses écosystèmes ainsi que la disparition de certaines des espèces animales qu’elle hébergeait. Isabelle Hayeur souhaitait créer un corpus qui témoignerait de ces bouleversements d’origine anthropique. 

Un corpus amorcé lors d’un de ses séjours dans le sud de la Floride en 2008. Elle a réalisé quelques prises de vues exploratoires avec une petite caméra submersible. Depuis ce temps, elle a fait l’acquisition d’un caisson étanche qui lui permet de photographier des environnements immergés de tous genres. À ce jour, elle a réalisé des prises de vues dans divers lacs, rivières, marécages et dans la mer. Elle a sondé notamment les Keys de la Floride, les bayous de la Louisiane, le Golfe du Mexique et la Baie de New York. Ce projet a fait l’objet de plusieurs résidences d’artiste à A Studio In The Woods / Tulane University (Nouvelle Orléans), Rauschenberg Residency (Captiva Island, Floride), The Studio of Key West (Floride) et Sitka Center for Art and Ecology (Oregon).

Elle photographie à partir d’une perspective qui est peu familière, en évitant la capitation à hauteur d’homme. Ces vues « de l’intérieur » créent un rapport de proximité entre le regardeur et les sites documentés. Elles nous rapprochent de ces milieux en nous plongeant, en quelque sorte, dans leurs situations. 

https://isabelle-hayeur.com/underworlds/

 

Quand viendra l’aube / Dominique Fortier - Alto, 2022

 

À sa mort, mon père m’a laissé une poignée d’histoires tragiques, une montre brisée et assez de questions pour me durer toute une vie. Notre existence est-elle tracée d’avance ? Comment devient-on qui l’on est ? Et si la réponse se trouvait dans les livres ? J’ai écrit ces pages à l’aube, au cours des mois qui ont suivi sa disparition, au cours d’un été d’orages et de tempêtes. François Villon, Emily Dickinson et Rebecca Solnit m’ont accompagnée dans ces heures bleues qui précèdent le lever du soleil, lorsque les ombres s’estompent et que les fantômes se révèlent pour ce qu’ils sont : des souvenirs qui refusent de mourir à leur tour. [Note de l’éditeur]

 

Poupée volée / Élena Ferrante ; traduction d’Elsa Damien  Gallimard, 2009

                                               

Pourquoi Leda interrompt-elle brusquement ses vacances ? Enseignante à l'université de Florence, seule depuis que ses deux filles sont parties rejoindre leur père au Canada, elle passe quelques semaines au bord de la mer et, parmi les estivants qu'elle observe chaque jour sur la plage, s'intéresse surtout à une famille, une véritable tribu. Elle se lie plus particulièrement d'amitié avec Nina, jeune femme mariée à un homme plus âgé, et à sa fille Elena, qui semblent très complices et comme étrangères à une famille un peu rustre. Cette rencontre constitue pour Leda l'occasion de réfléchir à ses rapports avec ses propres filles, qu'elle a abandonnées pendant trois ans alors qu'elles étaient encore enfants, et à une maternité qu'elle n'a jamais pleinement assumée. Saura-t-elle se montrer à la hauteur cette fois ? Magnifique portrait de femme, Poupée volée est une réflexion lucide sur la difficulté d'être mère, à laquelle l'écriture puissante et viscérale d'Elena Ferrante confère toute son universalité. [Note de l’éditeur]

Strega / Johanne Lykke Holm ; traduit du suédois par Catherine Renaud - La Peuplade, 2022

 

Strega est un village dans la montagne que borde un lac noir. Neuf femmes de dix-neuf ans empruntent le téléphérique qui rejoint l’Hôtel Olympic. Filles de mères travailleuses et de pères invisibles, elles ont été envoyées là par leurs parents pour apprendre à devenir des femmes au foyer, en se formant au service de clients qui ne viennent jamais. Le temps s’étire, une sororité résistante s’installe comme un rêve dans le luxe des salles vides. Liqueurs et cigarettes accompagnent l’indolence de ces jeunes rebelles qui vivent dans la lumière brillante du grand parc de l’hôtel. Puis l’une d’elle disparaît. Elle a été assassinée, toutes le pressentent, car depuis l’enfance, elles le savent, la vie d’une femme peut se transformer à tout moment en scène de crime. Dans un style exceptionnel, d’un onirisme sensuel à mi-chemin entre l’univers de Zelda Fitzgerald et le cinéma de Sofia Coppola, Strega raconte l’histoire, empreinte de lait et de sang, de neuf femmes aux prises avec un maléfice insaisissable. [Note de l’éditeur]

 

Sharp Objects

 

Sharp Objects (ou Sur ma peau) au Québec, est une mini-série télévisée américaine basée sur le roman Sur ma peau de Gillian Flynn. Elle est développée par Marti Noxon, avec Jean-Marc Vallée comme réalisateur et diffusée depuis 2018 sur HBO et simultanément sur HBO Canada. En France, elle a été diffusée à partir de 2018 sur OCS City, et au Québec à partir de 2018 à Super Écran. 

Le synopsis : Camille Preaker, journaliste spécialisée dans les affaires criminelles récemment libérée d'un hôpital psychiatrique après des années d'automutilation retourne dans sa ville natale de Wind Gap, Missouri, pour enquêter sur le meurtre d'une jeune fille et sur une disparition. Elle est hébergée dans la maison de son enfance sous l'œil critique de sa mère, la mondaine Adora. Camille va devoir affronter ses vieux démons.

Alexandra Stréliski - Inscape 

Avec son deuxième album Inscape, la pianiste néoclassique Alexandra Stréliski se délivre d’une période tortueuse de sa vie, essentiellement marquée par une dépression. « En fait, c’est un album qui raconte ma vie. Des fois, faut que j’écoute ma musique pour savoir comment je me sens », confie la pianiste montréalaise de 33 ans, qui travaillait auparavant comme compositrice dans le milieu de la publicité. « chaque pièce de Inscape renvoie à un moment précis de mon parcours. » Attablée dans un café du centre-ville, elle nous relate en détails l’histoire de chacune de ses 11 nouvelles compositions instrumentales. 

 

https://alexandrastreliski.com/?lang=fr

 

Mundos - Teresa Margolles

Humaniste et engagée, l’artiste mexicaine Teresa Margolles crée depuis plus 20 ans des oeuvres qui dénoncent les violences et les injustices dont sont victimes les habitants de son pays lors de conflits sociaux, de tragédies plus personnelles ou encore face à la marginalisation.