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Claude Donnay

Poème pour un jour de pluie

 

À défaut de mener une vie propre, j’écris de la poésie

pour enflammer l’étoupe du jour,

allumer un feu sur la falaise,

des flammes de bras dansant dans le ciel.

Me vois-tu dans le lointain de la mer,

sur cette côte où tu promènes mon absence ?

Sens-tu la chaleur de mes bras ?

 

Il pleut dans ma tête

des mots frêles comme des rameaux de printemps.

Je descends les rues de mon quartier cérébral

vers la place où tu te tiens, cheveux en bataille,

                un tournesol à la main.

Je suis ton soleil, me dis-tu, je brille dans ta tête,

dans le pays où tu respires, au cœur de la pluie,

                qui bat le pavé d’un dimanche confit.

 

Ce sont tes mots dans ma tête, notre poésie sur tes

lèvres.

Nous marchons dans le sens contraire du monde,

à cheval sur la nuée des mots, le corps engourdi, les mains en éveil,

ta côte lointaine, ma falaise en feu,

notre île, au milieu de nulle part, au milieu de partout.

 

Je me creuse jusqu’à la lave, jusqu’à la bave,

et plus je m’enfonce, plus je comprends

les racines qui poussent dans ma tête,

qui courent dans les rues de ma tête

jusqu’aux feuilles de ton sourire,

entre la liste des courses chez l’épicier,

les factures à honorer, les heures à mendier.

 

Je me creuse, me ravine,

ravi de ta présence dans mon quartier,

                                               dans ma rue, dans ma vie.

 

***

 

Poème pour un bateau échoué

 

Quand je suis entré dans le matin,

la voix de Freddy retroussait le ciel jusqu’à l’ourlet de

brume.

Je n’avais plus sommeil entre les lèvres de la pluie,

je m’abandonnais, me défaisais du temps,

                de ses valises aux semelles usées,

                en écoute,

en attente d’un souffle d’air dans mes écoutilles.

 

Depuis mes premières dents,

je flotte entre les mailles d’un pull trop grand,

                la mer mouille mes genoux,

                s’engouffre dans les fissures de mon corps.

Vais-je me fondre en elle, devenir vague aux paupières

d’écume ?

Freddy, parle-moi des peurs

qui gonflent les voiles des proscrits,

si j’ai tué les rêves de ceux que j’aime

                et clos les portes de l’armoire

                               sur le soleil endormi entre les draps,

je crève dans la solitude d’un rafiot oublié au bout d’un

quai,

                enterré dans la rouille des jours.

 

Laissez-moi reprendre la mer

avec ces hommes qui ramènent l’aube dans leurs filets

                après une nuit de pêche à l’étoile,

                le corps durci de sel et de fatigue,

je me vêtirai de jaune pour sentir

                les affres de la vie glisser avec les embruns.

 

Laissez-moi tanguer encore,

                je n’ai tué que des rêves à peine éclos,

                je ramènerai l’âme de la mer

pour souffler dans son oreille

                comme une conque appelant à la danse

                du sable et au pardon des offenses.

 

 

Too late, my time has come.

J’ai appuyé sur la gâchette qui déchire la toile du jour,

on ne tricote pas la laine trempée de sang !

Dis-leur maman,

                que les rêves tombent des arbres

                quand la main ne peut les cueillir, dis-leur…

Je vogue sur un poème aux abois,

dont les voiles s’effilochent entre les rayures du ciel.

Je voudrais recoudre ses blessures

Mais le fil des pensées ne se déroule qu’une fois.

 

Laissez-moi partir,

je serai le mendiant assis devant votre porte

sur un carton de lune,

                à peine un chien sans même un os à ronger,

                un tas de couvertures qui chante Noël

                dans toutes les langues et à l’aube.

 

quelques mesures de Bohemian Rhapsody

                pour allumer un regard à défaut d’un rêve.

 

***

 

Poème à lire debout

 

Je vais lire des poèmes parce que

j’ai mal dans le ventre,

                que le ciel ne se déshabille plus pour moi,

 

je vais lire des poèmes parce que

ma faim me fait honte,

                que je ne veux pas boire avant l’heure,

 

je vais lire des poèmes pour rester debout,

                agrippé au bastingage, le front ridé sous le sel.

 

Je vais lire des poèmes parce que je suis vivant,

                que la brûlure court dans les veines du jour

                               dans mes veines,

                               sur ma peau,

                parce que je suis vivant

                               dans l’Antarctique des mains,

                               dans la transe du temps qui coule,

                               dans le sable du désert,

                               dans l’étranglement du verre.

Les poèmes sont mes pilules à vivre,

                                               mes antidépresseurs, mes boutefeux,

                                               mes béquilles, mes échardes,

                mes échasses, quand je veux monter au ciel

-          qui m’ignore.

 

Je vais lire des poèmes parce que

la vie n’est que mirage entre doutes et cimes,

dans les sautes du vent et des moulins à bras, qui

tournent,

                leur danse frénétique, les jours de tempête.

 

Je vais lire des poèmes parce que je suis vivant

encore,

avant les roulements des tambours,

avant leurs crocs dans ma chair.

 

Je vais lire des poèmes pour attiser la flamme

qui décapera le jour,

 

je vais lire des poèmes parce que,

les colonnes d’Hercule à peine franchies,

le large prend une autre odeur,

 

parce que la route tire un fil où suspendre le ciel,

parce que,

parce que,

parce que

les réponses toujours se dérobent entre les dents du

râteau

comme les feuilles se détachent des branches

de l’arbre noir où je me balance.

 

Je vais lire des poèmes pour sentir la vie,

son alcool de tripes,

je vais lire, encore lire, lire des poèmes, et des poèmes ,

tant de poèmes que mes yeux prendront l’eau,

des pluies de mots,

des cascades à irriguer les yeux,

craquelés comme des peaux, quand l’amour fait défaut.

 

Je vais lire des poèmes, des poèmes, des poèmes

pour chanter ce que je suis, l’humain que je suis,

l’humain qui résiste debout, et respire, et vit,

je vais lire des poèmes, des poèmes, des poaimes. 

                                           

Extraits de : Pourquoi les poètes n’ont jamais de ticket pour le paradis / Claude Donnay – L’Arbre à paroles, 2022 – Collection P.O.M.

 

Biographie

 

Claude Donnay vit aux alentours de la vallée mosane depuis toujours. Son enfance à Dinant sur le plateau aux pommiers fut libre et heureuse. Après des études de Lettres, il prit plaisir à enseigner. Très tôt, lui est venu le besoin de lire de façon boulimique. Avant d’écrire, c’est éditer et imprimer qu’il a souhaité faire. Appel de l’odeur de l’encre et des machines à manivelle. Au collège, il a créé une revue puis, a participé à la revue RegArt d’Alex Millon, Antonello Palumbo, Mimy Kinet… Par la suite, sont nées la revue Bleu d’encre et les Éditions éponymes. Une aventure faite de belles rencontres. Il a écrit une quinzaine de recueils de poésie à l’Arbre à paroles, au Coudrier et des romans chez M.E.O. L’heure des olives, son quatrième roman, est sorti chez M.E.O en septembre 2021. Pourquoi les poètes n’ont jamais de ticket pour le paradis, quant à lui recueil de poèmes, vient de paraître à l’Arbre à paroles en mai 2022.

Bibliographie


Poésie

 

Pourquoi les poètes n’ont jamais de ticket pour le paradis / Claude Donnay - L’Arbre à paroles, 2022

Le bourdonnement de la lumière entre les chardons / Claude Donnay - Le Coudrier, 2019

Poèmes du Chemin Vert / Claude Donnay - Le Coudrier, 2016

Ressac / Claude Donnay - M.E.O, 2016

40 échanges, Claude Donnay ; avec Christine Sepulchre - Le Coudrier, 2015

Chant pour un corps déserté / Claude Donnay - L'Arbre à paroles, 2013

Retour sur printemps / Claude Donnay - Le Coudrier, 2010

Une brèche dans l'innommable / Claude Donnay - L'Arbre à paroles, 2003

Tessons du grand large / Claude Donnay - L'Arbre à paroles, 2002

Carnets d'eau et de pierre / Claude Donnay - Tétras Lyre, 2001

Le vide chevauché / Claude Donnay – L’Arbre à paroles, 2001

Mémoires d'un chien bâtard / Claude Donnay - L'Arbre à paroles, 1999

Mains croisées / Claude Donnay – L'Arbre à paroles, 1997

Toiles à vivre / Claude Donnay – L’Arbre à paroles, 1995

L'arpenteur des steppes à pommes / Claude Donnay - L'Arbre à paroles, 1994

 

Prose

 

L’heure des olives : roman / Claude Donnay - M.E.O., 2021

Rose, Marie, Madeleine et moi : nouvelle / Claude Donnay - Lamiroy, 2021 - Opuscule #184

On ne coupe pas les ailes aux anges : roman - M.E.O., 2020

Un été immobile : roman / Claude Donnay - M.E.O., 2018

Bocal Paradis / Claude Donnay - maelstrÖm reEvolution, 2017  - Collection Bookleg

La route des cendres : roman / Claude Donnay - M.E.O., 2017

Ambre / Claude Donnay - maelstrÖm reEvolution, 2015 – Collection Bookleg

 

Participation aux anthologies

 

Eloge de la langue française, 137 poètes, 10 lettres ouvertes de Pablo Poblète et Claudine Bertrand, Ed. Unicité, coll. Poètes francophones planétaires, Paris, 2016

Analectes de poésie mondiale de Mohamed Salah Ben Amor, Ichraq Editions, Tunis, 2015

Poésie française de Belgique, une lecture parmi d'autres de Yves Namur, Editions numériques Recours au poème, 2015

Piqués des vers, 300 coups de cœur poétiques de Colette Nys-Mazure et Christian Libens, Espace Nord, 2014

Nous empruntons la terre à nos enfants, L'arbre à paroles, Amay, 1998

Jeunes poètes francophones de Belgique, L'arbre à paroles, Amay, 1995

Histoires de lune, d’eau et de vent / Sohrab Sepehri ; traduit du persan par Parvin Amirghasemkhani, Arlette Gérard et Christian Maucq - maelstrÖm reEvolution, 2017  - Édition bilingue français - persan

 

« Les habitants d’Asie centrale glissent le soir sous leur oreiller un recueil de poèmes, Hâfez, Saadi, Khayyâm. Pendant leur sommeil, les vers, rythmes, sons, images et rimes dansent avec les rêves, et la page offerte au hasard au petit matin sera pour le lecteur non pas vraiment un oracle, mais une couleur, une orientation, un climat qui accompagneront sa journée et soutiendront son regard. La poésie est la chair du quotidien, un quotidien que le poète iranien moderne Sohrab Sepehri décrit avec un regard lavé, dans la simplicité apparente des gestes et des choses qui deviennent comme l’antichambre d’un monde supraréel, la clef du monde imaginal. Il y a urgence à sortir ce recueil de sous l’oreiller, recueil qui offre pour la première fois une somme de poèmes traduits en français et mis en regard de leur original persan, et de le laisser nous emmener au pays du vent, des libellules, des peupliers aux feuilles qui claquent et nous dévoilent par ce langage un chemin caché, une allée verte, plus verte que le songe de Dieu. » [note de l’éditeur]

 

 

 

Les hirondelles se sont envolées avant nous / Hala Mohammad ; traduit de l’arabe (Syrie) par Antoine Jockey - Bruno Doucey, 2021

 

Elle ne dit pas l’effroi des bombardements, les corps démembrés, la route boueuse de l’exil ; elle dit l’arbre et l’oiseau, le chagrin des maisons, le miroir de l’absence. Elle ne filme pas les colonnes de soldats en route pour la guerre, ne fait pas le procès des monstres, ne pleure ni Alep ni Damas ; elle dit simplement que « l’aube n’abandonne pas la terre », que les hirondelles font leur nid « avec la paille du silence », que l’amour demeure le premier alphabet. Bien sûr, le fleuve de la vie ne sait plus ce qui lui arrive, les chansons roulent sur les chemins, la lune est la maison de l’exilé. Mais une femme, assise sur la rive de la poésie, fait entendre sa voix. « Elle chante une chanson et la chanson est sauvée », comme le seront les naufragés qu’elle aide à fouler la terre ferme. La poésie de Hala Mohammad tient à jamais le cap de l’espérance. [note de l'éditeur] 

 

Made in Japan / Deep Purple


Made in Japan est le 2eme album live du groupe hard rock britannique, Deep Purple. Il sort en décembre 1972 sur le label Purple (EMI) pour l’Europe et Warner Bros, pour l’Amérique du Nord et est produit par le groupe assisté de Martin Birch. Parmi les titres de cet album, le morceau par excellence Smoke on the water.

https://www.youtube.com/watch?v=t59VXXl7Sko

 

Léon Spilliart

 

Léon Spilliaert (Ostende, 1881 – Bruxelles, 1946) est un peintre belge ayant fréquenté le milieu du symbolisme belge dont Maurice Maeterlinck et Émile Verhaeren. Ses influences vont de Edvard Munch à Fernand Khnopff mais aussi Friedrich Nietzsche et Lautréamont, tandis que ses peintures ainsi que les thèmes qu’elles représentent peuvent être rapprochés de ceux d’Edward Hopper, contemporain de Léon Spilliaert. Il fut proche de James Ensor et neveu du peintre belge Émilie Spilliaert.

Vous souhaitez en savoir plus sur Léon Spilliaert ? Lisez donc le magnifique ouvrage d’Eva Bester publié chez Autrement en 2020 !

https://www.autrement.com/leon-spilliaert/9782746756403

Les chariots de feu

 

Comédie dramatique de Hugh Hudson

Avec Ben Cross, Ian Charleson, Cheryl Campbell, Alice Krig…

 

Dans les années vingt, deux athlètes britanniques prédisposés pour la course à pied se servent de leur don, l'un pour combattre les préjugés xénophobes, l'autre pour affirmer sa foi religieuse.

Bande annonce : https://www.youtube.com/watch?v=ueXiSnEUQW8

 

Antigone / Jean Anouilh

Antigone est une pièce en un acte de Jean Anouilh représentée pour la première fois au théâtre de l’Atelier à Paris en 1944 durant l’Occupation allemande dans une mise en scène, des décors et des costumes d’André Barsac. Réécriture de la pièce éponyme de Sophocle, elle fait partie de la série des Nouvelles Pièces noires, avec Jézabel (1932), Roméo et Jeannette (1946) et Médée (1953). La pièce est inspirée du mythe antique d’Antigone, la fille d’Œdipe, mais est écrite en rupture avec les codes de la tragédie grecque.