François Coudray
ils ont dit ce sont des mots
mais vos corps
en mon corps
au-delà de toute absence
et si s’effacent avec moi
demeurent
ta main (maigre et forte) sous l’eau froide de la vaisselle
comme la terre se brise tremble
caresse grumeaux de farine sur la toile cirée de la cuisine
joue la pelure en serpentin d’une pomme d’hiver
ta main (petit matin) froisse doux fleurs
fanées feuilles sèches boit
la lumière soigne les loups qui nous dévorent
ta main gratte le sable (la terre)
les bulbes des dahlias avant les premiers gels leurs soleils
tout l’été sans fin refleuris étêtés
ta main (tachée de verts) comme creusée
s’abandonne à la morsure au pouls
de ça qui nous travaille
ta main (sur le plateau) nourrit les heures ta solitude
traversée de lumière les plantes
une dînette l’espace qui se réduit avec le temps qui reste
à vivre
Extraits de : Et si s’effacent / François Coudray ; ill. de Renaud Allirand – L’Ail des ours, 2024 – collection Coquelicot
courir projetés de tout notre poids par la pente
dévaler prés et bois (partout la roche affleure sous
l’herbe grasse les feuilles mortes)
sauter le petit mur de pierres sèches
et le talus plus raide encore nous
happe projetés de tout notre poids encore le
grand chahut de nos corps emportés ça
s’envole et résiste
jouit
comme chute
on s’éprouvait vivants
dans la tension et l’envol
la chute et le rebond
contre la terre
là
*
ton corps n’a plus de poids lorsqu’entre ses bras
il te descend te
couche sur le sol (un tapis sur le carreau froid)
et le mien continue de battre
Extraits de : On se retrouvait avec (nos corps) / avec la plasticienne Vanessa Durantet – La tête à l’envers, 2021 – collection Fibre.s
Biographie
François Coudray est né en 1977 dans les Alpes. Il vit et travaille actuellement à Istanbul (Turquie) après une dizaine d’années passées aux Philippines puis en Uruguay. Il est l’auteur d’une dizaine de livres de poésie. Il collabore régulièrement comme auteur, traducteur ou chroniqueur, à plusieurs revues littéraires (Contre-allées, La Forge, Terre à ciel, Arpa, Décharge, Triages, Écrits du Nord, Poésie / première, N47/4728…). Ses projets l’engagent à faire dialoguer, en français et dans d’autres langues, écriture et arts plastiques, mais aussi musique et arts de la scène.
Formateur pour l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger, il anime également depuis 2019 l’opération Poéclic, engageant un dialogue entre la poésie et les poètes francophones d’aujourd’hui et les jeunes francophones d’Amérique latine et d’Europe du sud-est (de la maternelle à la terminale).
Deux œuvres majeures continuent d’accompagner François Coudray :
celle d’Yves Bonnefoy, sur laquelle le jeune adolescent qu’il était, écrivant des poèmes, a pris appui pour penser et construire son rapport au langage et au monde, et s’affirmer poète ; et celle de Richard Rognet, le maître devenu ami.
Bibliographie
rendre souffle – Bruno Guattari, 2025
Cet autre noir ; suivi de, Le chemin du frau / avec des images d’Erick Mengual – Henry, 2025
Et si s'effacent / ill. de Renaud Allirand - L'Ail des ours, 2024 - collection Coquelicot
Ça veut dire quoi partir / avec une lettre-préface de Richard Rognet – Alcyone, 2022 – Prix des Découvreurs, 2024
On se retrouvait avec (nos corps) / avec la plasticienne Vanessa Durantet – La tête à l’envers, 2021 – collection Fibre.s
Croisement des silences / avec le céramiste Charles Hair et le plasticien Christian Perrier – La fabrique poïein – 2019 – n° 193
L’enfant de la falaise / avec des encres de Sacha Cotture et une postface de Gérald Boucard – L’Harmattan, 2018 – collection Témoignages poétiques
L’herbe noire / avec cinq peintures de Jean-Michel Marchetti – Éditions du Frau, 2016
Trois couleurs pour Eloïse / images et conception plastique de Nicole Courtois – collection privée, 2016
Chaque jour / images et conception plastique d’Erick Mengual – La fabrique Poïein, 2015 – n° 146
Une montagne – L’Harmattan, 2014 – collection Témoignages poétiques
Suite pour une montagne – Encres vives, 2014 – n° 435
Corps / images et conception plastique de Nicole Courtois – La fabrique Poïein, 2013 – n° 127
La fuite du fleuve / images et conception plastique de Nicole Courtois ) La fabrique Poïein, 2013 – n° 112
Anthologies et ouvrages collectifs
Fraterniser – La Chouette imprévue, 2025
Submersion – Transignum, 2025
Runes et ruines / sous la direction de Marilyne Bertoncini – Chemins de plume, 2025
Quelque part, le feu – sous la direction de Claudine Bertrand – Henry, 2023
SVP (Serveur Vocal Poétique) versions 3, 4 et 6 (anthologies téléphoniques, sous la direction de Julien Bucci) – Compagnie Home Théâtre – 2022, 2023 et 2025 (également disponibles au format papier : Saisie, Traverser et Hériter – La Chouette Imprévue, 2022, 2023 et 2025
Frau(x) / sous la direction d’Odile Fix – Éditions du Frau, 2019
Coup de coeur de François - Poésie 1
Écrire pour t’aimer / James Sacré - Faï Fioc, 2018
Des poèmes évoquant une histoire d'amour, ses instants de bonheur, ses souvenirs éclatants et la douleur de l'absence. [note de l’éditeur]
Coup de coeur de François - Poésie 2
Seul en son bois, dressé noir / Mary-Laure Zoss - Fario, 2022
La ruine lente, les craquements, les pourritures.
Ce qu’elles abritent de vent et d’eau croupie, parfois de lumière aussi.
Le temps œuvre et dilapide, mine lentement.
L’âge déconcerte aussi les arbres. Ils vivent, croissent, puis soudain
penchent, lentement s’écroulent, démantelés de l’intérieur,
fissurés par les années, ou bien tranchés, abattus franc, dans la hâte des scies,
des haches.
Peu de formes du vivant, si l’on y songe, incarnent aussi éloquemment
les âges successifs de la vie : jeunes pousses, adolescents graciles, sujets de pleine maturité, ancêtres chenus.
Ce sont ces derniers surtout qui habitent ce recueil de Mary-Laure Zoss.
On parlerait ici imprudemment de métaphore. On ne sait plus trop comment circulent ici la voix, l’image, ni dans quel sens. Ce serait plutôt comme un même murmure entremêlé, celui des vieux fûts qui dialoguent encore avec le ciel, de la vie en nous plus ou moins accordée à ses destins – une heure, un lieu –, du verbe qui croît ou s’exténue.
Forêt de la langue, clairières au creux de soi issues de coupes claires où s’élèvera demain la sève, la nouvelle, vastes houppiers aperçus dans le lointain, minces ramures effleurant la phrase, copeaux, sciure de nos présences à même la terre qui nous est échue. [note de l’éditeur]
Extraits :
savoir ainsi, sans rompre le fil, être à même de s’aliter dans sa
propre dépouille, accompagner d’un seul tenant la mue ;
n’ayant rien à envier à ceux-là qui se prêtent sans gémir à la
chute ; retraits sous leur émiettement – seuls visibles désormais, les
passereaux travaillant à fouir les résidus ligneux, fatiguant la terre
et le faisceau pourrissant des nervures ;
quelle voix pour tirer de l’oubli – brusquement leur ombre par de
mauvais chemins déversée, enchevêtrée aux cloisons d’herbe, aux
haies d’orties – ce qu’ils déploient d’une durée où reprendre
haleine ; quelle voix pour s’essayer à plus lente prosodie
Coup de coeur de François - Poésie 3
La ligne de crête / Jacques Ancet - Tertium, 2017
Le chat, le pré, le chêne, la forêt, la roche, les nuages. Le regard monte, circule, cherche, s’arrête, repart. Qu’est-ce qu’un paysage sinon cet échange ? Cette pénétration du dedans par le dehors et l’inverse. Au point qu’il n’y a plus, du corps à la ligne de crête, que ce continu de mots, de formes... [note de l’éditeur]
Coup de coeur de François - Poésie 4
Pas revoir; suivi de, Neige rien / Valérie Rouzeau - La Table Ronde, 1999
« Dans le déferlement des messages factices, des bruits de glotte, des rengaines rhétoriques, une voix nouvelle ce n'est pas rien. Une voix vraiment nouvelle qui ne ressemble à aucune autre. Une voix qui se reconnaît d'un signe, d'un souffle, et que l'on capte à jamais, à toujours. Un tel prodige a pris depuis quelque temps le nom de Valérie Rouzeau, et c'est un prodige qui dure. »
[Extrait de la préface d'André Velter]
Coup de coeur de François - Danse 1
Le sacre du printemps / Pina Bausch
Il y a des mythes dans l’histoire de la danse et la création du Sacre du printemps de Stravinsky par les Ballets russes de Diaghilev figure parmi eux. Juste avant la Première Guerre mondiale, la création en 1913, au Théâtre des Champs-Élysées, fut un scandale retentissant qui marqua le début de la danse moderne, du moins celle du XXe siècle. Parce que le scandale fut si éclatant, la chorégraphie de Nijinski tombait presque dans l’oubli et devenait, à tort, secondaire. La musique de Stravinsky, en revanche, s’imposa et fut interprétée par d’autres chorégraphes célèbres, parmi eux Martha Graham et Maurice Béjart. En 1975, dans la pluvieuse ville de Wuppertal, Pina Bausch relevait le défi.
« C’est une série de cérémonies de l’ancienne Russie », a précisé le compositeur. « Le Sacre du printemps ne comprend pas d’intrigue », ajouta-t-il. C’est exactement ce qu’on sent quand on regarde la captation du mythique spectacle de Pina Bausch. Il y a un centre autour duquel se déroule l’action. Il fait chaud, la tension entre hommes et femmes est palpable et quelqu’un doit consentir à un sacrifice. Mais qui ? Une femme, mais laquelle ?
La distinction entre Pina Bausch et les chorégraphes antérieurs fut là : ses danseurs et danseuses dansent jusqu’à la frontière de l’épuisement. Vêtus de peu, la terre noire leur colle à la peau. Oui, jusqu’au point où ça commence à faire mal. Un document unique des débuts de Pina Bausch, un enregistrement authentique d’une des chorégraphies les plus marquantes du XXe siècle. [source : L’Arche
Coup de coeur de François - Danse 2
À louer / Peeping Tom
À Louer, mis en scène par Gabriela Carrizo et Franck Chartier, est un voyage fascinant au cœur des pensées, des rêves et des cauchemars. Dans À Louer, le temps n’est pas linéaire. Tout naît de ce moment d’ennui où, soudain, la pensée s’échappe et bascule dans un monde parallèle — un filet qui glisse le long de la réalité. Un univers de souvenirs, de projections, de peurs, de rêves et de cauchemars, constamment traversé par des surgissements du réel. C’est aussi une balade au bord d’une falaise, la danse d’un funambule sur ce fil rouge tendu entre le sentiment de posséder quelque chose et celui, immédiat, de le perdre. L’équilibre juste avant le vide. Tout est éphémère : un appartement, des objets personnels, une situation, une personne — même une vie. Tout peut être repris du jour au lendemain. Tout est À Louer. La pièce a célébré sa première le 15 octobre 2011 au Théâtre Royale Flamand (KVS) à Bruxelles, avant d'entamer une tournée à travers l’Europe, le Japon et la Corée du Sud.
https://www.youtube.com/watch?v=S6t0ub3JiUk
Coup de coeur de François - Théâtre 1
Les petits mélancoliques de Fabrice Melquiot
Théâtre jeune public
Petit Tom est malade de mélancolie. Ce matin-là, il se réveille, certain qu’il va mourir. Ses frères Loup et Tigre, finissent par le croire. En compagnie d’un acteur et vieil ami, Mite l’Ermite, ils offrent à Petit Tom le plus beau jour de sa vie. Pendant ce temps, Le Vautour, La Tempête et Le Marchand de sable guettent leur jeune proie. [source : L’Arche]
Coup de coeur de François - Théâtre 2
Le bruit des os qui craquent de Suzanne Lebeau
Théâtre jeune public
Elikia est une enfant ordinaire qui a vu sa vie basculer du jour au lendemain dans une guerre civile chaotique. Enlevée à sa famille, elle devient enfant soldat. Victime, elle est aussi bourreau dans une situation qui brouille les lois de l'éthique. Comment grandir quand les repères s'effacent devant une brutalité quotidienne sans espoir ? C'est le petit Joseph, le plus jeune du camp des rebelles, qui lui rappelle son humanité et lui donne le courage de briser la chaîne de la violence.Le bruit des os qui craquent est un texte à deux voix. Joseph et Elikia racontent la fuite et le retour à une vie où ils peuvent grandir comme des enfants ; Angelina, l'infirmière qui les reçoit à l'hôpital, met en perspective cette réalité douloureuse. Suzanne Lebeau livre un texte intense et résolument lucide qui concerne tant les adultes que les enfants. [source : L’Arche]
Coup de coeur de François - Musique 1
Scherza infida de l’Ariodante de Haendel
par Anne Sofie von Otter avec Marc Minkowski et Les Musiciens du Louvre (Archiv, 1997)
La mezzo soprano suédoise Anne Sofie von Otter est l’une des artistes lyriques les plus marquantes et les plus importantes de sa generation, tant par son extraordinaire maîtrise technique et stylistique des repertoires qu’elle a interprétés (musiques anciennes, baroques, classiques, romantiques, contemporaines, jazz et pop) que par sa personnalité artistique et son engagement sur chacun des projets qu’elle a défendus. L’air Scherza in fida de l’Ariodante de Haendel qu’elle a porté sur scène au côté de Marc Minkowski est sans doute l’un des sommets de son art.
https://www.youtube.com/watch?v=xy7QsSWdHYQ
Coup de coeur de François - Musique 2
Le jardin féérique de Ma Mère l’Oye de Maurice Ravel (transcription Thierry Machuel)
enregistrement disponible : “Transcriptions II”, Accentus, direction Laurence Equilbey (Naïve, 2006)
Coup de coeur de François - Chant
La nuit dévoilée de Mikrokosmos
Ardent défenseur bien souvent qualifié de trublion de l’art choral hexagonal, Mikrokosmos propose depuis 30 ans une palette sonore a capella exceptionnelle nourrie d’aventures artistiques peu communes. Porté par une troupe de 40 jeunes chanteurs et chanteuses, auréolé de vingt prix internationaux, le “laboratoire d’art choral” Mikrokosmos cultive l’audace. La pluridisciplinarité de son fondateur Loïc Pierre a très vite propulsé Mikrokosmos “en scène”. Avec des créations originales mariant influences et références inédites, le choeur dissout les frontières entre les arts : ciné-concert, danse hip-hop, installation vidéo et tragédie antique intimement mêlés au chant dressent un portrait singulier de l’art choral d’aujourd’hui. La nuit dévoilée est un vibrant homage au repertoire scandinave. [source : https://www.choeur-mikrokosmos.fr/]
disponible sur Youtube dans le cadre du festival Via Aeterna au Mont Saint Michel 2017 : https://www.youtube.com/watch?v=m4dgqg8J0Q0
Voir aussi
Voir aussi
- Ça veut dire quoi partir / François Coudray avec le compositeur Matthieu Lemennicier : https://www.youtube.com/watch?v=GlmoOw-MfGE
Matthieu Lemennicier est un compositeur et guitariste formé aux CNSMD de Paris et de Lyon. Il est lauréat du concours “Île de créations” (2017) organisé par l’orchestre national d’Île de France, et collabore avec de nombreux ensembles de musique de chambre (ensemble Bergamasque, ensemble Fabria, ensemble XX/XXI…). En tant qu’interprète, il se produit au sein du duo Albaicín avec la violoncelliste Lise Péchenart et du Grand Sbam, ensemble à géométrie variable destiné à la création. Compositeur associé auprès de Labeaume en musiques de 2022 à 2024, il y écrit notamment ça veut dire quoi partir, pièce pour quatuor vocal d’après le recueil de François Coudray (Alcyone, 2022 - Prix des Découvreurs 2024), poète avec lequel il collabore régulièrement. Créée en 2023 par Manon Lamaison, Anne-Lise Polchlopek, Iannis Gaussin et Lukas Zeman, cette pièce donne lieu, en 2024, à une création filmique sous la direction du compositeur avec la participation du poète (son : Clément Lemennicier - images : Emmanuel Chevilliat). A la suite du recueil, ce quatuor vocal "interroge les lieux de l’absence" en jouant avec un matériau musical très riche, mêlant voix bruitées, parlées et chantées, aux confins du cri et du silence. À chaque mesure de cette écriture musicale pourtant très exigeante affleurent l'émotion et de vertigineuses mises en abyme du poème : "ta voix dans ta voix soudain dans ma voix / au détour d’un cri / d’un appel / présence sidérante // on voudrait croire / qu’un souvenir prend ainsi la parole / et résiste à mourir / que nos deux corps encore s’appellent // mais rien n’est que ce cri / et ta voix / dans ma voix / qui déjà s’efface".
Poéclic : https://www.poeclic.fr/
- Maison des écrivains et de la littérature - François Coudray : https://www.m-e-l.fr/,ec,1179