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Serge Núñez Tolin

© Roscoff 2023. Collection privée
© Roscoff 2023. Collection privée

Nous n’avons que nous-mêmes, et les pas que

nous faisons ne nous portent jamais davantage

qu’au-delà du précédent. Sortir de soi est un

cercle sans fin.

 

Aussi le voyage de l’œuvre est-il un mélange,

Où éloignement et proximité ne se limitent pas. 

 

La minute que prend une vie à s’écouler, assez

de temps pour compter, si peu pour cesser tout

calcul.

 

***

 

Si nous pouvions être comme sont les plantes,

une promesse au soleil ! 

 

Réel, dont on n’apprendra pas la morsure

quoique sa faim enfonce dans nos chairs

jusqu’à trouver l’os. 

 

Suite ininterrompue, pulsations, l’élan des 

Voiles dans la mâture. 

 

L’air bat dans nos respirations et nous serions

sages si nous ne faisions que vivre. 

 

***

 

La vie revenue parmi les heures simples.

 

J’aime l’efficacité des gestes domestiques, leur

banalité , la simplicité dans laquelle ils nous 

entraînent, le calme dont ils sont la figure. 

 

Comme si les tâches domestiques étaient les

dernières images qu’il me restait. 

 

*** 

 

S’il était possible, ne rien dire de plus. Ça ne

l’est pas. 

 

Où allons-nous ? Dans la marche toujours

recommencée ? passant et repassant par le 

même chemin matins et soirs ? Ressassement

des pieds, ressassement des mots. 

 

Le silence conviendrait-il mieux pour accueillir

tout cela ?

 

***

 

Je sens ma voix si étroite, si peu capable d’aller

vers ce qu’elle n’est pas.

 

Les feuilles d’automne que l’on fait bruire en y

pressant toute la joie du corps, les pieds

batailleurs et enfantins. 

 

Je parle au silence. Il ne peut entendre. Je lui

parle avec les mots que nous sommes, les mots

des choses, ici.

 

On cogne contre le silence, s’il rend un écho,

c’est notre voix.

 

*** 

 

Ça monte comme un bonheur qui aussitôt

apparu, occupe les lieux toutes fenêtres 

ouvertes. 

 

Un élan dans le corps qui m’enverrait partout où 

je ne pourrais être.

 

On ne sait comment, il suffit d’une joie pour

refaire un tour. C’est, au corps, une joie qui 

souffle comme si le plein air y passait. 

 

***

 

Les mots ne séparent pas du temps, ils vont

comme une gifle.

 

Rien ne me sépare des mots.

 

Les mots sont une foudre lente. 

 

Extraits de : Les mots sont une foudre lente / Serge Núñez Tolin – Rougerie, 2023

Cerne silencieux des formes.

 

Le regard s’absorbe dans l’échange muet des 

objets entre eux. Flacons de verre et bouteilles

disposées en rang, cruches de vieil émail, couleurs

passées : choses banales, une forme du présent. 

 

Une étagère, la table et l’enduit des murs : cela

dans une douceur impersonnelle.

 

Silence que l’on regarde en aveugle, qui fixe

l’instant en une immobilité prolongée.

 

Extraits de : Sur le fil de la présence / Serge Núñez Tolin – Le Taillis Pré, 2024

 

 

 

Avancer vers les choses sans la pensée.

Du proche au lointain, patience de l'immobilité.

Se porter loin de soi. Se porter où suivre ce qu'on n'est pas encore. 

*

Clarté des choses dans laquelle j'avance, étranger à leur lumière.

Dans la vie silencieuse des choses : l'île intérieure.

*

Cette rencontre, toujours à distance, des mots et des choses.

Précipitation à me jeter dans le regard.

 

Extraits de : L’immobilité et un brin d’herbe / Serge Núñez Tolin – Le Cadran ligné, 2024

© Collection privée
© Collection privée

Biographie

Serge Núñez Tolin est né en Belgique en 1961 de parents espagnols. Il possède une licence et une agrégation en Histoire de l’Art et Archéologie des civilisations non-européennes. Depuis 1987, il est guide-conférencier dans les musées, plus particulièrement aux MRBAB (1994-2014) Il est cofondateur, avec Françoise Deschamps (art-thérapeute) du Programme Comète à destination des publics dits fragilisés. Il est également enseignant en milieu carcéral dans le cadre associatif : Prisons de Mons quartiers des hommes et des femmes, Nivelles, Saint-Gilles, Forest, Berkendael (femmes) et Haren quartiers des  hommes et des femmes (1988-2025) Il a aussi participé à des revues et des anthologies.

Bibliographie

 

DU MÊME AUTEUR

 

Rougerie

Les mots sont une foudre lente, 2023

Grand Prix de Poésie de l’Académie royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique

Près de la goutte d’eau sous une pluie drue, 2020

La vie où vivre, 2017

Fou dans ma hâte, 2015

Nœud noué par personne, 2012

L’ardent silence, 2010

 

Le Cadran ligné

L’immobilité et un brin d’herbe, 2024

L’exercice du silence, 2020

 

Le Taillis Pré

Sur le fil de la présence, 2024

 

Tarabuste

Le truchement des mots, 2017

(revue Triages, Anthologie vol. I)

 

Le Cormier

L’interminable évidence de se taire, 2006

Silo IV, 2004

Silo III, 2003

Silo II, 2002

Silo, 2001

 

 

Travail de dire / Nicolas Grégoire - Rougerie, 2019

 

« on peut déplacer les parenthèses dans tous les sens pour multiplier les questions mais sans enlever la douleur »

Un recueil de poèmes consacré à l’écriture comme tentative d’exister et qui accorde une grande importance aux silences. Ces textes sont souvent inspirés par les personnes que l’auteur a connues, qu’il s’agisse de son fils ou de rescapés du génocide rwandais. 

 

 

Reiser

 

Serge Nuñez Tolin apprécie toute l’œuvre de Reiser pour l’intelligence de son rire, la force corrosive du dessin et pour avoir été sensible à la cause des femmes ainsi qu’à l’écologie, le tout, enchâssé dans une critique jouissive du capitalisme. 

 

 

 

 

 

Les raisins de la colère / John Steinbeck - Folio, 2024

 

« Dans les yeux des affamés se lit une colère grandissante. Dans leur âme, les raisins de la colère sont chaque jour plus gros et plus lourds, et la vendange ne saurait tarder. »

Au cœur de l’Oklahoma des années 1930, les petits exploitants agricoles se font racheter de force leurs terres et sombrent dans la misère. Mais, miracle, l’appel de la Californie retentit : ses fruits savoureux à cueillir, son coton à récolter et son grand besoin de main-d’œuvre. Toute la famille Joad se serre dans un pick-up pour atteindre cet eldorado avec le rêve d’y faire fortune. Parviendra-t-elle seulement à échapper à la faim ?

Anatomie d’un instant / Javier Cercas ; traduction d’Elisabeth Beyer & Aleksandar Grujicic - Actes Sud, 2010

 

Madrid, 23 février 1981. Tout le Parlement est pris en otage. Près de 400 députés plongent sous les fauteuils de l'hémicycle et trois hommes, debout, affrontent leur destin. Chronique des événements.

 

 

 

 

 

 

La nacelle ; précédé de, L’oiseleur / Marc Graciano - Le Cadran ligné, 2024

 

Extrait :

[…] et l’oiseleur s’assit au pied d’un arbre et s’accota à son tronc, et rabattit la capuche de sa coule, et ainsi recouvrit d’ombre son visage, et rendit invisible son regard, à cause, dit l’oiseleur à l’enfant, que, en plus de ne perce voir aucun mouvement, les oiseaux ne devaient aucunement surprendre son regard, et, même, dit l’oiseleur, qu’il ne devait point lui-même le porter sur eux, même à la dérobée, à cause, sinon, qu’ils l’auraient deviné […]

 

Après Le Soufi (2020) et Le Charivari (2022), La Nacelle précédé ; de, L’Oiseleur est le troisième volet d’un plus vaste ensemble que l’auteur nomme « Le Grand Poème ». Les deux textes qui composent La Nacelle précédé de L’Oiseleur sont portés chacun par une seule phrase aux multiples méandres et d’une méticulosité presque obsessionnelle. Plutôt que de se mettre au service d’une narration (réduite ici à son minimum, où l’intrigue compte si peu), l’écriture permet à l’auteur de développer des visions où la précision de la description est ce qui prime et donne un caractère presque hallucinatoire à ce qui est montré. A force de détailler au plus près les gestes qu’accomplissent ses personnages, Marc Graciano parvient à les présenter comme une sorte de vaste geste épique dont le caractère archétypal plonge chacun de nous au cœur de l’humain.

Departures

 

Drame de Yojiro Takita (2009)

par Kundo Koyama

avec Masahiro Motoki, Tsutomu Yamazaki et Ryoko Hirosue

Titre original : Okuribito

 

Dans une province rurale du nord du Japon, à Yamagata, où Daigo Kobayashi retourne avec son épouse, après l'éclatement de l'orchestre dans lequel il jouait depuis des années à Tokyo. Daigo répond à une annonce pour un emploi "d'aide aux départs", imaginant avoir affaire à une agence de voyages. L'ancien violoncelliste s'aperçoit qu'il s'agit en réalité d'une entreprise de pompes funèbres, mais accepte l'emploi par nécessité financière. Plongé dans ce monde peu connu, il va découvrir les rites funéraires, tout en cachant à sa femme sa nouvelle activité, en grande partie taboue au Japon.

Baul meets Saz

(Trio : Malabika Brahma, Emre Gültekin & Sanjay Khyapa)

 

Emre a appris la musique de son père, Lütfü Gültekin. Son répertoire est centré sur les chants des aşık, les bardes d’Anatolie. Emre se présente comme un troubadour des temps modernes, muni de son saz, le luth à manche long emblématique de la Turquie. Sa musique de Turquie rencontre la chanteuse Malabika Brahma et le percussionniste Sanjay Khyapa, un duo qui perpétue la tradition de la musique des Bauls. Inscrit au patrimoine immatériel de l’UNESCO depuis plus de 15 ans, ces chants sont sans contexte une des nombreuses richesses du Bengale, cette région entre l’Inde et le Bangladesh. Ce chant populaire est à la croisée d’influences : du mouvement hindou bhakti ainsi que du shuphi, chargé de spiritualité. Ils sont pratiqués par une communauté d’artistes itinérants qui répond à sa propre philosophie et à sa propre spiritualité. Chez les Bauls, l’amour et la liberté sont des principes fondamentaux.  “Je deviens Baul, qui n’a ni maître, ni ordre et je n’obéis à rien”

« Douceur et puissance du chant, vivacité et splendeur de la musique, humanisme de leur élan, un trio et des invités qui font vibrer le monde. » Serge Núñez Tolin

https://www.youtube.com/playlist?list=PLSqI3ewelZVlxE0JOOMSzFfRUhF_0HVch

John Coltrane

 

John Coltrane (surnommé Trane) est un saxophoniste de jazz et compositeur américain né le 23 septembre 1926 à Hamlet (Caroline du Nord) et mort le 17 juillet 1967 à Huntington (État de New York).

Il est, après Charlie Parker dans les années 40 et 50, considéré comme le saxophoniste le plus révolutionnaire et le plus influent de l’histoire du jazz, meneur du courant avant-gardiste dans les années 60 et l’un des artistes les plus importants de la musique de la deuxième moitié du XXème siècle. 

Coltrane a toujours cherché à se dépasser sur tous les plans : technique, en explorant de nouveaux modes d’expression, cherchant de nouvelles sonorités, de nouveaux timbres et de nouvelles façons d’étendre la tessiture et la dynamique du saxophone ; stylistique, parvenant à élargir les horizons du développement thématique et harmonique de cet instrument en combinant l’improvisation à la chaleur du timbre, à la dynamique et au rythme ; personnel en concevant sa musique comme une spiritualité. Il est considéré comme un Grand-Maître du saxophone jazz. 

 

https://www.youtube.com/watch?v=ll3CMgiUPuU

 

Stéphanie Jacques

 

Stéphanie Jacques est une artiste qui s’immerge dans chacune de ses productions, corps et psyché. Son œuvre est un vrai parcours de vie. 

https://www.stephanie-jacques.net/