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Roseline Lambert

© Olivia Sofia
© Olivia Sofia

61°07’30.5’’N 21°30’45.5’’E

 

C’est janvier il est sept heures vingt-sept

j’enjambe un kilomètre pour éclaircir le jour

mes bonds attisent des crépitements

dans la poudreuse mêlée de filaments

le ciel m’enveloppe d’une lumière polaire de nuit

je cours et mon lac noir remue sous la surface

 

46°02’28.2’’N 71°20’57.0’O

 

J’aperçois ma grand-mère née à Black Lake

en mille-neuf-cent-vingt ses catalognes

multicolores et son foulard brodé de chardons

je nage vers elle l’eau monte dans ma gorge

je cherche sa main poudrée entre les algues

à la lueur du lampadaire

 

46°31’32.6’’N 72°57’24.0’O

 

Elle est morte en deux-mille-quinze je garde

son manteau à carreaux qu’elle porte au lac

elle torsade les mailles des bas que je perce

tant je fais du chemin loin d’elle

je sauve aussi une vieille photo plastifiée

pour ne pas perdre ses couleurs

***

 

Ici commence mon livre de lumières cassées

 

***

 

60°15’04.0’’N 24°50’37.0’E

 

Il dit je vais prendre des étoiles et il grimpe

la pente avec sa lampe de poche il monte

dans la neige pour être plus proche du ciel

il ne voit pas comment obscure j’attrape

son poème avec ma main gelée

même si on n’a pas assez de jours pour éclore

 

***

 

60°11’03.7’’N 22°39’39.9’E

 

Dans la cabane je crache à haute voix

ça prend du feu pour écrire un poème

je déchire de vieilles feuilles trempées

je fais des boules et des spirales sur la cendre

je choisis une bûche d’écorce avec un verso

de grain de bois j’empile tout

 

***

 

35°10’50.2’’N 24°15’24.4’E

 

Je dors des jours tu m’appelles comme avant

tu me racontes ton rêve sur une île grecque

avec ton ami mort ta côté brisée le plafond

de l’urgence comment tu volais dans un avion

nos yeux sont ouverts et je rayonne

dans tes souvenirs de voyage immobile

 

Extraits de : Lac noir / Roseline Lambert – La Peuplade, 2024

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

© Olivia Sofia
© Olivia Sofia

Biographie

 

Roseline Lambert est née à Montréal en 1978. Elle est poète et anthropologue. Elle a publié Clinique (2016) et Les couleurs accidentelles (2018) aux éditions Poètes de brousse. Elle a soutenu sa thèse de doctorat avec succès sur le thème de l’anxiété et la lumière en Norvège. Son projet de recherche-création actuel porte sur l’écoanxiété dans le cercle arctique. Elle enseigne l’anthropologie de l’art à l’Université Concordia. Sa suite poétique L’uniforme, parue dans la revue Exit, lui a valu le Prix Félix-Antoine-Savard de poésie 2017. En 2024, elle publie, aux éditions La Peuplade, Lac noir. 

Bibliographie

 

Lac noir / Roseline Lambert – La Peuplade, 2024

Les couleurs accidentelles / Roseline Lambert – Poètes de brousse, 2018

Clinique / Roseline Lambert – Poètes de brousse, 2016

 

Chauffer le dehors / Marie-Andrée Gill - La Peuplade, 2019

 

je souffle des paroles 

comme on souffle un bec 

qu’on a gardé dans sa paume

avec un espoir chenu au creux du larynx 

un fond de lait

qu’il faut boire 

avant qu’il passe date

 

Elle souhaiterait faire encore partie du décor, s’inscrire dans l’ordinaire de chaque jour avec lui, trouver un remède aux morsures de sa douceur. Elle a peur de le croiser au dépanneur du village et que leurs corps provoquent une perpétuelle dernière fois. Dans sa tête, une question jour en boucle ; comment se retrouver dans l’étendue de la fin ? Le dehors est posé comme seule réponse au-dedans à broil. Pendant que la tempête gronde et que le temps pense lentement la déchirure, la voix de la forêt et des saisons donne à entendre quelque chose comme un début d’apaisement et de gratitude. Le cœur ouvert aux souffles des bélugas et des ski-doos, Marie-Andrée Gill se réfugie dans l’écriture pour accepter l’impossibilité de l’amour, pour exister quelque part, dans le rappel des moments fous.

Habitantes / Anick  Arsenault - Éditions de l’Écrou, 2021

 

lèche mon pelage

fumé à la boucane de genévrier

avale toutes

les carapaces à dissoudre sous la langue

laisse le souffle entrer

par les portes grandes ouvertes

 

Intime, douloureuse et solidaire, la poésie d’Anick Arsenault ouvre une fenêtre, pour crier ou laisser une brise passer, joue avec parts d’ombres et de lumières, se déracine et souhaite s’ancrer de nouveau dans la terre ; mère, amie, amante, elle s’emmitoufle pour garder au chaud ses combats intérieurs mais sans refus d’ouvrir le manteau. Habitantes, c’est résilience de femme, trouver le beau dans des endroits improbables, chuter, se relever, déborder d’amour malgré tout, ne pas laisser de pernicieux ennemis fructifier jusqu’à l’algarade ; c’est la bise, forte et frette.

Mélissa Longpré

 

Mélissa Longpré est originaire de Carlteon-sur-Mer et vit à Montréal. Elle travaille sur différents territoires qu’elle explore au cours de ses résidences de création. Elle détient un certificat en arts plastiques et un baccalauréat en design graphique de l’UQÀM. Son travail a été présenté au Québec dans le cadre des Rencontres de la photographie en Gaspésie et lors d’expositions solos et collectives à Vaste et Vague, Arprim au Magasin Général – studio international en création multidisciplinaire et au Troms Fulkeskultursenter lors de sa sortie de résidence à Prima Ink (Tromsø, Norvège). Ses recherches sont alimentées par les cueillettes et observations qu’elle fait sur différents territoires, grands ou petits.  À la manière d’une naturaliste, elle prélève, identifie et documente ses trouvailles. Elle traduit sa relation sensible à la biodiversité et aiguise son attention au vivant par le biais de la photographie, de l’art imprimé et d’installations. La microédition s’insère dans sa pratique comme finalité ou complément aux différents corpus. Avec les spécimens et matières récoltées, elle crée des compositions dans lesquelles chaque élément devient une particule d’un nouveau langage, un laphabet du territoire. Elle est à l’affût de ce qu’elle peut extraire d’un environnement naturel déterminé afin d’en tirer un portrait singulier et d’attirer l’attention sur certaines de ses caractéristiques spécifiques. Elle cherche à révéler l’inaperçu, à éveiller notre curiosité devant le minuscule et le familier et à poétiser la science. 

 

https://melissalongpre.com/

 

 

Cecilia Vicuña

 

Cecilia Vicuña (1948) est une poétesse, peintre, performeuse, plasticienne et activiste chilienne basée à New York et Santiago. En 1971, elle obtient une maîtrise en arts visuels à l’Université du Chili. En 1972, elle rejoint la Slade School of Fine Art à Londres. À la suite de la mort du président Salvador Allende et du coup d’état du 11 septembre 1973 mené par le général Augusto Pinochet, elle décide de rester en exil à Londres. Elle participe à des manifestations pacifiques contre le fascisme et les violations des droits humains au Chili et dans d’autres pays. Elle fait partie des membres qui fondent des Artistes pour la Démocratie et organisent le Festival des Arts de la Démocratie au Chili, à la Royal College of Art en 1974. En 1975, Cecilia Vicuña quitte Londres et s’installe à Bogota, en Colombie. En 1980, elle part pour New York City et remporte, en 2022, un Lion d’or pour sa carrière à la biennale de Venise. Elle écrit également des livres de poésie, dont la plupart sont traduits en plusieurs langues. 

Elle réalise des œuvres éphémères et utilise des matériaux souvent fragiles, biodégradables, pour marquer sa préoccupation : l’environnement. Elle décrit son travail comme une manière « d’entendre un ancien silence, qui attendu d’être entendu. » Elle a aussi réalisé des poèmes visuels, los precarios, de petits objets ou de petites installations avec un minimum de moyens, utilisant des objets trouvés, des matériaux de récupération comme de la laine, des bâtons, des plumes, des feuilles, des pierres et des os. 

https://www.ceciliavicuna.com/

 

Dakh Daughters

 

Dakh Daughters (les filles du Dakh) est un groupe théâtral et musical formé en 2012 à Kiev en Ukraine. Issu de la compagnie théâtrale du même nom créée à Kiev, le groupe féminin de sept membres varie les instruments (contrebasse, violoncelle, piano, maracas, guitare, violon, batterie, xylophone, accordéon, harmonica et tambourin) et les langues chantées. Elles utilisent parfois les textes originaux d’auteurs reconnus comme Taras Chevtchenko, Lessia Oukraïnka, Joseph Brodsky, Charles Bukowski ou l’absurdiste Alexandre Vvedenski. Elles ont également repris le sonnet 35 de William Shakespeare dans le morceau Rozy / Donabss, ce qui les a fait connaître à un plus large public.  Elles s’inscrivent dans l’héritage du cabaret punk ou freak-cabaret tout en incluant des éléments de rap ou de musique traditionnelle ukrainienne. Plusieurs membres de Dakh Daughters font aussi partie du projet DakhaBrakha.

https://www.youtube.com/watch?v=6wCgZh-nczY

Lau Nau

 

Lau Nau (Laura Naukkarinen) est une musicienne finlandaise qui collabore souvent avec d’autres artistes. Elle écrit, inerprète et enregistre des chansons expérimentales et réfléchissantes qui mélangent des éléments de folk, de musique de chambre et de post-rock armosphérique. Son premier album, Kuutarha, sorti en 2004, a été édité aux États-Unis par Locust Music, qui a également produit le suivant, Nukkuu, en 2008. Son troisième album, Valohiukkanen, est sorti sur le label finlandais Fon en 2012 et a été nominé pour un prix Teosto, qui reconnaît la musique innovante finlandaise. 

 

https://www.youtube.com/watch?v=NXDKO9v8hSc&list=PL7UNPNPhMJn_wG3mfhmWmokvuVKxBoA7m&index=7