Andrea Thominot
on a peur mais ça va
on respire. on fait ce qu’on peut.
on respire
légèrement moins qu’avant,
on respire mal.
on saisit l’air on le met sous la langue
on en garde un peu de côté
pour l’heure du soir où l’on retient son souffle.
oui mais
l’air ne se respire plus vraiment
c’est une distance
qui sert à mesurer le vide.
ici, l’air se lape, se lèche
c’est une blessure ouverte.
***
il y a des choses dont on ne sait pas parler.
par exemple, comment dire
qu’un jour on se réveille, on ne sait plus comment
on se réveille
dans plusieurs corps
on bouge le bras et plusieurs bras se lèvent, on ressent
ici une douleur et là une grande joie
on apprend à marcher avec tous nos corps
à sentir tomber une partie de soi, à se sentir
des voix des visages et des gestes.
comment perdre l’idée qu’on ne fait que son ombre.
***
comment dire plusieurs cœurs, plusieurs langues
qui s’épuisent
comment dire le regard partout
les yeux qu’on ne peut plus compter et qui sont des vertiges.
comment dire la surprise
d’être un peu plus que ce qu’on a été.
on se ressent tour à tour. On
se ressent le cœur, la bouche le ventre le nombril
c’est quelque chose
qui naît dans les poumons et s’encourage
dans la respiration.
comme si un matin
on ne savait plus se répartir les corps.
***
on attend l’étincelle
mais ce n’est
qu’un éclat de voix
comme une très petite écharde.
on ne voit pas le bois qui se glisse
sous la peau, on ne voit qu’après
l’auréole
rouge, chaude, douloureuse.
on peut suivre la voix comme sur un fil
et la voir se briser, au milieu de la pièce.
on peut voir l’endroit exact
où la fissure se forme.
elle restera longtemps,
même la nuit quand on ne voit plus.
***
on se pose des questions qui ne savent pas trop
ce qu’elles cherchent
est-ce qu’on peut épuiser les vagues
est-ce que la mer déborde quand il pleut
est-ce qu’on sait seulement ce que la mer nous cache
pas seulement des carcasses
de bateaux de poissons de créatures
géantes microscopiques.
on plonge la tête, à peine
on veut juste que l’eau nous voie
on aimerait être pris
pour de l’eau nous aussi.
on plonge
chaque fois un peu plus
on
plonge
si l’on continue à descendre
est-ce qu’on trouvera ce qu’il reste de chute.
Extraits de : On a peur mais ça va / Andrea Thominot – Cheyne, 2023
J’ai quitté mon appartement
Je suis allé rejoindre
Les fous sous le volcan
Qui ne dorment jamais
Que dans le sens du vent
Leurs mots ne sont pas d’ici
Ils regardent trop loin
Je suis allé rejoindre
La mer à la montagne
La montagne à la mer
J’y ai retrouvé les oiseaux
Les constellations le
Silence
Voici le premier jour
Qui recommence enfin
Juste en dessous du ciel
Je laisse les étoiles
Dormir sous mes paupières
Comme d’autres laissent venir les rêves
Je n’ai plus honte
Des forces qui m’animent
Des faiblesses j’ai
Changé de sang changé de souffle
Mon nom sera celui
Que je me suis donné
Ma voix sera le feu
Qui hurle au reste de la meute.
Extraits de : J’habite désormais juste en dessous du ciel / Andrea Thominot – 10 pages au carré, 2021
Biographie
Andrea Thominot est né en 1996. Il vit à Strasbourg. Il écrit des poèmes quand tout le monde a le dos tourné, au travail ou en soirée. Il fouille, contourne et étire sa poésie pour faire un peu de place. De la place, il en faut pour prendre forme, celle que l’on veut, celle qui nous donne le plus de chaleur – celle qui nous tient au corps.
Bibliographie
On a peur mais ça va / Andrea Thominot – Cheyne, 2023 - Prix de la Vocation 2023
J’habite désormais juste en dessous du ciel / Andrea Thominot – 10 pages au carré, 2021
Coup de coeur d'Andrea - Poésie 1
L’enfer musical / Alejandra Pizarnik - Ypsilon, 2012
L’Enfer musical, dernier livre publié par Alejandra Pizarnik (1936-1972), paraît en 1971 à Buenos Aires. Issu de plusieurs années d’écriture et de réécriture, il n’aurait pas dû être son chant du cygne, mais une nouvelle étape de sa recherche obstinée de la transformation d’une forme de vie par une forme de langage.
« À la cime de la joie je me suis prononcée sur une musique jamais entendue. Et quoi ? Puissé-je ne vivre qu’en extase, faisant de mon corps le corps du poème, rachetant chaque phrase avec mes jours et mes semaines, insufflant mon souffle au poème à mesure que chaque lettre de chaque mot aura été sacrifiée dans les cérémonies de vivre. »
Coup de coeur d'Andrea - Poésie 2
Le don / Kristina Gauthier-Landry - La Peuplade, 2024
Quelque part sur une île qui n’en est pas une, une femme possède tous les dons sans le savoir, car personne ne le lui a dit : le silence, la souplesse, les souvenirs, et surtout, l’amour. Un jour naît la fille qu’elle attendait depuis longtemps. L’enfant apprend à lire le monde et à déjouer le sort sur cette terre impossible, où elle se voit confier par sa mère les clés d’une langue indisciplinée. Devenue grande, ayant pris le large vers la ville où elle vit pour deux, la fille donne à son tour naissance à sa mère en racontant leur histoire. Dans une adresse à celle qui lui a tout donné, Kristina Gauthier- Landry offre un récit indocile et lumineux. Tissant des liens entre des générations de femmes discrètes, elle tente un cri à fendre les eaux, prête à tout remuer pour vivre sa vie et laisser la preuve qu’elle existe.
Coup de coeur d'Andrea - Cinéma
Chungking Express – Wong Kar-Wai
Comédie, policier, drame de 1995
De Wong Kar-Wai
Par Wong Kar-Wai
Avec Brigitte Lin Ching-hsia, Tony Leung Chiu-Wai, Faye Wong
Synopsis :
Deux flics sont lâchés par leur petite amie. L’un se promet de tomber amoureux de la première femme qui entrera dans un bar à Chungking House, où il noie son chagrin. L’autre, passe chaque soir au Midnight Express, un fast-food du quartier acheter à la jolie serveuse Faye une "Chef Salad" qu'il destine à son amour idyllique, une hôtesse de l'air.
https://www.youtube.com/watch?v=OPCug9jyG9k
Coup de coeur d'Andrea - Théâtre
Services – Quai n° 7
Cinq femmes arrivent sur scène. Elles sont techniciennes lumière, son, plateau… Le spectacle a joué la veille et il est temps de nettoyer et remiser celui-ci afin de préparer la représentation du soir. Au fur et à mesure du rangement, la question du « qui fait quoi ? » dans l’équipe va être soulevée, amenant avec elle bon nombre d’autres questionnements liés à la notion de servitude. De leurs échanges et de leurs gestes vont naître des fictions, des jeux de rôles et de masques qui interrogent les rapports dominant·e·s / dominé·e·s : interprétation libres et décomplexées du spectacle du soir, Les bonnes de Jean Genet. Elles fabriquent des sons, des outils, des costumes et des éléments de décor à partir d’un spectacle leur servant de matière première. Le plateau à ranger et nettoyer devient le lieu de rituels cathartiques permettant une mise en lumière des mécanismes d’asservissement qui régissent leur équipe. Alors que les cinq femmes font du plateau un lieu de l’expérience d’un modèle de liberté, certains mécanismes de prise de pouvoir viendront-ils rendre la tâche difficile ?
Coup de coeur d'Andrea - BD
Adieu triste amour / Mirion Malle - La Ville brûle, 2022
Nous suivons le parcours de Cléo, jeune autrice de BD qui quitte tout du jour au lendemain : une grande ville (Montréal), un amour dont elle doute et une vie à laquelle elle se sent étrangère. De l’hiver au printemps, du festival d’Angoulême à la Gaspésie, en passant par Montréal, nous la suivons et nous assistons à la naissance d’une nouvelle Cléo, libre de créer, de vivre, d’aimer et d’être tout simplement elle-même. Comme toujours, Mirion Malle nous entraîne au plus près de son héroïne et de ses émotions au fil de pages superbes réhaussées d’une mise en couleurs remarquables. Les thèmes de
prédilection de prédilection de Mirion Malle sont là (la sororité, le soutien, l’écouter) et sont traités avec finesse et sensibilité. Tout cela fait de Adieu triste amour un roman graphique aussi fort que joyeux et une superbe histoire d’émancipation que viennent éclairent les prémisses et la promesse d’un nouvel amour.
Coup de coeur d'Andrea - Littérature
Ultramarins / Mariette Navarro - Quidam, 2021
Ils commencent par là. Par la suspension. Ils mettent, pour la toute première fois, les deux pieds dans l'océan. Ils glissent dans l'eau. À des milliers de kilomètres de toute plage. À bord d'un cargo de marchandise qui traverse l'Atlantique, les marins décident un jour, d'un commun accord, de s'offrir une baignade en pleine mer. Seule la Commandante reste sur le bateau. Mais quand ils remontent à bord, tout est transformé. Ultramarins est le récit d'une perte de repères, d'une perte de contrôle, d'une brèche dans le cours des choses. L'irruption du mystère lors d'un trajet pourtant connu par coeur. Une traversée de la brume.
Coup de coeur d'Andrea - Musique 1
Abracadabra / Klô Pelgag
Klô Pelgag est une auteure, compositrice, interprète et musicienne québécoise acclamée par la critique française et internationale. Dans les dernières années, elle a reçu un prix Juno, un prix Polaris, le prix Barbara de Ministère de la Culture Français et le Grand Prix de la Francophonie, pour n’en citer que quelques-uns. Chaque nouvel album de Klô Pelgag réitère la place unique qu’elle occupe dans le paysage culturel francophone. Son quatrième opus, Abracadabra, n’y fait pas exception. Dès les premiers instants de musique, on constate que les contrastes qui ont toujours fait partie de l’œuvre se sont davantage affinés encore. Entre fragilité et complexité, les envolées mélodiques se fragmentent pour réapparaître transfigurées. Les pièces font place à toute l’élégance de la voix de Klô Pelgag et témoignent d’une véritable recherche exploratoire par les diverses façons dont elle en fait usage. La magie s’exerce dans cette capacité à surprendre et dans ce refus apparent de stagnation créative. Avec Abracadabra, Klô Pelgag espère qu’une simple formule puisse adoucir ce monde. C’est un album qui réaffirme ses phénoménales capacités comme compositrice, arrangeuse et instrumentiste et qui fait d’elle l’une des forces créatrices les plus uniques de sa génération.
https://www.youtube.com/watch?v=nOpJmflcZNw&list=OLAK5uy_ncRZpcXG_ZTIG6xVnNkEipTyotWH7YNTQ
Coup de coeur d'Andrea - Musique 2
Clube da Esquina / Milton Nascimento & Lô Borges
Clube da Esquina est un album double du collectif du même nom paru en 1972 et crédité à Milton Nascimento et Lô Borges. Le magazine Spin situe l’album à la 19ème place des meilleurs albums de 1972 et le considère comme un des albums les plus influents et ambitieux de la musique brésilienne. L’édition brésilienne de Rolling Stone le place 7ème meilleur album brésilien de tous les temps. En 2022, un panel de 162 spécialistes l’élit meilleur album de musique brésilienne.