Hélène Gelèns
net beginnen bij het hoofd
niet bij de voet
niet bij de hand
niet bij de pink
van de linkerhand van meneer herbert
beginnen bij vingertoppen
niet bij de
niet bij mijn – besmeurd met inkt
beginnen bij toevallige : die virginale
vingertoppen van een aangestaarde
wier ogen en tong haar verraden :
niet bijdehand niet bij de pinken
bij vingertoppen die glijden zoals
ze zouden glijden en prikken
zoals ze zoudent en kittelen
ze trekken een krullende lijn in de lucht
haar blik kleft erachter erboven eronder
beginnen bij haar zin
in vingertoppen tintelt gemis
over naar mijn vingertoppen
ze tintelen
tot ik tast
ne pas commencer par la tête
pas par le pied
pas par la main
pas par le petit doigt
de la main gauche de monsieur herbert
commencer par le bout des doigts
pas par le
pas par mon – maculé d’encre
commencer par accidentellement : ce bout
des doigts virginaux d’une dévisagée
que les yeux et la langue trahissent :
pas éveillée pas émerveillée
par le bout des doigts qui glissent comme
ils glisseraient et piquent
comme ils le feraient et chatouillent
ils tracent une ligne ondulante dans l’air
son regard colle derrière au-dessus en dessous
commencer par sa phrase
dans le bout des doigts picote le manque
retour au bout de mes doigts
qui picotent
jusqu’à ce que je tâte
in jouw tijd was dat anders
was het anders ? alles is altijd anders maar
in mijn tijd zou dat zijn geweest ?
ha hoezo in mijn tijd was ?
je verdoet nu mijn tijd
dat is mijn tijd
& wellicht
ligt mijn
beste tijd
nog voor mij
dus in mijn tijs is !
en in mijn tijd zal !
mijn tijd komt nog wel
jouw tijd ongetwijfeld ook
pas in onze tijd zal het anders zijn
dans votre temps c’était différent
c’était différent ? tout est toujours différent
mais cela l’aurait été dans mon temps ?
comment dans mon temps était ?
c’est maintenant mon temps
ceci est mon temps
& peut-être
que mon
meilleur temps
est encore à venir
dans mon temps est !
et dans mon temps sera !
un jour mon temps viendra
votre temps sans doute aussi
seulement dans notre temps ce sera différent
Extraits de : Prends ton élan et plane – Hélène Gelèns ; traduit du néerlandais (Pays-Bas) et préfacé par Jan H. Mysjkin – Tétras Lyre, 2026 – collection De Flandre
Biographie
Hélène Gelèns est née le 6 mai 1967 à Bergschenhoek, une commune au nord de Rotterdam. Elle a fait des études d’astronomie, de néerlandais, d’histoire et de philosophie à Leyde et à Amsterdam, mais a seulement terminé cette dernière discipline à Amsterdam. Son premier recueil, niet beginnen bij het hoofd (ne pas commencer par la tête - 2006) a été nominé pour le Prix C. Buddingh’ au festival Poetry International à Rotterdam. Après avoir écrit en 2007 le libretto pour l’oratio Voices du compositeur André Arends, elle publie un deuxième recueil, zet af en zweef (prends ton élan et plane - 2010), couronné du Prix Jan Campert.
Dans ses remerciements, elle précise le fondement de sa poétique : « Je chéris l’audace de laisser miraculeux le processus miraculeux de la poésie, de ne pas développer des habiletés, une méthode d’écriture. En grande partie je laisse arriver, je suis les sons, le rythme, le ton et la logique du poème qui se produisent en écrivant. » et de dire aussi « Sur le plan du contenu, l’introspection est pour moi un moteur essentiel. Dans ne pas commencer par la tête, je ne voulais absolument pas être philosophe dans mes poèmes. Mais je suis quelqu’un qui réfléchit constamment sur moi-même et sur la réalité. Il me semblait trop forcé d’exclure cette part de moi de la poésie. »
Bibliographie
Prends ton élan et plane – traduit du néerlandais (Pays-Bas) et préfacé par Jan H. Mysjkin – Tétras Lyre, 2026 – collection De Flandre
Niet beginnen bij het hoofd (ne pas commencer par la tête) – 521 Uitgevers, 2006
Zet af en zweef (prends ton élan et plane) – Cossee Uitgeverij, 2010
Applaus vanuit het donker (applaudissements depuis l’obscurité) – Cossee Uitgeverij, 2014
Beginnen voor gevorderden (commencer pour faux-débutants) - Cossee Uitgeverij, 2022
Coup de coeur Poésie 1
Alfabet
Inger Christensen
trad. du danois par Janine & Karl Poulsen
Ypsilon, 2014
Première édition 1981
Inger Christensen publie Alfabet en 1981. Ce livre peut être considéré comme le centre et la clé de son œuvre, d’où (re)commencer à découvrir cette écriture d’une complexe simplicité.
Par sa construction basée à la fois sur une structure mathématique, la suite de Fibonacci, et la structure la plus connue de la langue, l’alphabet, Inger Christensen définit son lieu d’invention et de représentation, inséparables, de la vie : le poème. Dans Alphabet, sa vision du monde et du langage prend corps dans le vortex qui entraîne irrésistiblement la formation des poèmes. L’existence de toute chose est une apparition à chaque fois qu’un dire singulier en saisit l’universalité. [note de l’éditeur]
« Ce livre est une prière universelle pour la préservation de tout ce qui est beau, précieux, savoureux et parfumé, mais aussi une malédiction lancée contre les phénomènes destructeurs » Hélène Gelèns
Extrait :
l’automne existe ; l’arrière-goût
et la réflexion / existent ;
et le seul à seul existe ; les anges
/ les esseulés et l’élan existent ;
les détails / existent, la mémoire
la lumière de la mémoire ;
Coup de coeur - Poésie 2
Ça : œuvres poétiques
Inger Christensen
trad. du danois et préface par Janine Poulsen
La Rumeur libre, 2026
Première édition 1969
Avec ça, Inger Christensen se lance le défi d’écrire la Genèse en mots-cellules qui se multiplient, se génèrent du rien (néant) à l’avènement de la vie et donc de l’œuvre.
(...) Le critique H. J. Nielsen résume ainsi cette œuvre cathédrale qu’est devenue ça : « C’est la folie et la sauvagerie de la rébellion, de l’amour et de l’érotisme, de la résistance et de l’impuissance de la jeunesse, qui, chez Inger Christensen, est mise en mots dans un long récit étourdissant de la Genèse.» [note de l’éditeur]
« Cet ouvrage poétique passionné s'étend sur des centaines de pages consacrées au changement et à la transformation du monde. Il évoque un monde différent, plus humain, un monde dans lequel l'homme se sent à nouveau en harmonie avec la nature. Cet ouvrage présente lui aussi une composition complexe et, comme dans Alphabet, la forme renforce le contenu. » Hélène Gelèns
Extraits :
Ça. C’était ça. Ça a commencé. Ça est. Ça continue. Ça bouge. Ça continue. Devient. Devient ça et ça et ça. Va plus loin que ça. Devient autre chose. Devient plus. Combine quelque chose d’autre à plus pour continuer à devenir quelque chose d’autre et plus. Va plus loin que ça. Devient quelque chose d’autre que autre et plus. Devient quelque chose. Quelque chose de nouveau. Quelque chose de toujours plus nouveau. Devient dans le maintenant qui suit aussi nouveau qu’il peut le devenir maintenant. S’avance. Flâne. Effleure. Est effleuré. Saisit une matière diffuse. Grandit de plus en plus. Prend de l’assurance en existant en tant que plus que soi-même, prend du poids, prend de la vitesse, saisit plus en prenant de la vitesse, devance autre chose, dépasse autre chose, à son tour ramassé et englouti, vivement chargé par ce qui est arrivé en premier, commencement si fortuit. C’était ça. Tellement différent maintenant que ça a commencé. Tellement transformé. Déjà une différence entre ça et ça puisque rien n’est comme c’était. [note de l’éditeur]
Coup de coeur Poésie 3
Supercortemaggiore
Monica Rinck
trad. de l’allemand par Tom Nisse
maelstrÖm, 2009
collection Bookleg
Extrait :
les hommes étaient de mauvais poètes
et leurs filles couvaient des bâtards énormes.
c’est la fin, décida dieu au ciel.
et pas une étincelle de bonté n’éclaira
la digue profondément noire. les eaux s’écroulèrent.
(plus d’un se disait:
plutôt que de former des couples
de tous les animaux et de les embarquer,
je préfère sombrer.)
Mais aussi...
Hélène Gelèns tient à mentionner les traductions de Jan Mysjkin qui l’a traduite en français.
« Il a un flair certain pour les œuvres originales et ludiques. Il a traduit plusieurs poètes néerlandais qui ont profondément influencé mon œuvre, tels que Paul van Ostaijen et Gerrit Kouwenaar. », nous dit Hélène Gelèns.
Coup de coeur Musique 1
Counting fives
Tom Johnson
Counting Fives (2006) est une pièce minimaliste et conceptuelle du compositeur américain Tom Johnson. Dans cette œuvre, un récitant ou interprète compte simplement jusqu'à cinq sur plusieurs niveaux. Une oeuvre qui illustre l'approche mathématique et formelle caractéristique de l'œuvre de Johnson, durant un temps indéterminé. Cette musique a fortement influencé l’utilisation du rythme, de la mélodie, de la structure et de la composition dans la poésie de Hélène Gelèns.
https://www.youtube.com/watch?v=KDE1bfPxF3I
Coup de coeur Musique 2
Tuning time : Orchestral works
Annelies van Parys
Ce premier album-portrait consacré à Annelies Van Parys révèle une voix singulière dans la musique européenne contemporaine. S'inspirant du spectralisme, elle construit des textures orchestrales lumineuses qui unissent l'exploration des timbres à une architecture musicale limpide et à une dramaturgie puissante. La cheffe d'orchestre Marit Strindlund remarque : "Je trouve Van Parys parmi les compositrices européennes contemporaines les plus intéressantes... une voix artistique unique et personnelle transparaît toujours dans sa musique."
https://www.youtube.com/playlist?list=OLAK5uy_klgpgJPlYUOp1phjwHJ7Miy1A56XypRAg
Coup de coeur Expo
Leonora Carrington
Exposition au Musée du Luxembourg – Paris
Du 18 février 2026 au 19 juillet 2026
Artiste, féministe et écologiste d’avant-garde, femme, mère, migrante, touchée par la maladie mentale et chercheuse spirituelle en constante évolution, Leonora Carrington a laissé derrière elle un héritage aussi extraordinaire que radical.
Née en 1917 dans le Lancashire en Angleterre, Leonora Carrington s’est construite à travers le voyage, qu’il soit intérieur ou extérieur. De Florence à Paris, du Sud de la France à l’Espagne, jusqu’au Mexique où elle est devenue une figure culte, son parcours hors du commun a nourri une œuvre à la croisée du surréalisme, de la mythologie et de l’ésotérisme.
Cette exposition, rassemblant 126 œuvres, était la première d’envergure en France consacrée uniquement à l’œuvre de Carrington. Elle présentait Carrington comme une "Femme de Vitruve" : une artiste totale, représentant un modèle en terme d’harmonie et d’innovation. Ses créations fusionnent humain et animal, masculin et féminin, donnant forme à un monde où métamorphoses et symboles se répondent. À travers une approche chronologique et thématique, ainsi qu’une présentation inédite de ses créations visionnaires diverses, le parcours explorait les thèmes et centres d'intérêts principaux de l’artiste : découverte de l’art classique italien à Florence durant l’adolescence, fascination pour la Renaissance, origines celtiques et post-victoriennes, ou encore participation au surréalisme pendant son séjour en France. L’exposition mettait ainsi en lumière l’héritage exceptionnel de cette voyageuse perpétuelle, toujours en quête de connaissance d'elle-même.
https://www.youtube.com/watch?v=VeI-sM04uag
Coup de coeur - Festival
Gent Jazz
sur le site de Bijloke à Gand
du 2 au 18 juillet 2026
Un voyage vers les sons et les couleurs de la musique live au festival le plus chaleureux de Belgique. La 24e édition de Gent Jazz se déroulait du 4 au 19 juillet sur le site historique et magnifique de la Bijloke, au cœur de Gand. Gent Jazz se veut une vitrine de la diversité de la musique jazz avec une programmation d'artistes légendaires et de jeunes talents. Au Gent Jazz, la musique est une expérience à la fois personnelle et partagée. Un mélange vibrant de grands airs, de nouvelles rencontres et de surprises inattendues.
La musique a toujours joué un rôle important pour Hélène. Elle a commencé à jouer du piano dès son plus jeune âge et, adolescente, chantait les poèmes qu’elle écrivait. La musique a fortement influencé son utilisation du rythme, de la mélodie, de la structure et de la composition dans sa poésie.
Son tout premier « coup de cœur » a sans doute été la bibliothèque. Enfant, elle allait tous les samedis avec sa mère à la bibliothèque de la ville pour emprunter de nouveaux livres. De nouveaux mondes s’ouvraient à elle. Elle lisait des centaines de livres par an. Plus tard, elle a commencé à y aller seule chaque semaine. Aujourd’hui encore, les bibliothèques la rendent heureuse ; elle aime s’y aventurer.