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Chantal Ringuet

© P.Anctil
© P.Anctil

 

 

 

 

 

Chantal Ringuet

 

une pluie torrentielle s’abat sur Reykjavik

 

une pluie torrentielle efface

les relents de ton parfum sur ma peau

les traces de ton corps sur le mien

 

dans le taxi

le battement des essuie-glaces rythme

la course

 

à la radio

des airs connus masquent le vide

creusé par ta fugue-miroir

 

comme la brume ne laisse aucune cicatrice

sur la colline vert foncé

ainsi mon corps ne laisse aucune cicatrice

sur toi et ne le fera jamais[1]

 

*** 

 

chaque matin d’octobre

un arbre se faufile

dans mes rêves et raconte

l’histoire du bois flotté

 

les milliers de kilomètres parcourus

depuis la Sibérie

le long trajet en mer avant d’atteindre

la terre ferme

où un tapis de vent s’éleva

 

quand l’île rendit leur liberté

aux épinettes, aux pins et aux mélèzes

qui s’étaient perdus au large

 

la lune montait sur les pâtures

du haut plateau

 

les troupeaux broutaient 

dans un rectangle de pierres

 

*** 

 

et si vivre se résumait à ça

s’abandonner

apprendre à jouer

un air de violon

avant la fermeture des bars

et des théâtres

avant la délivrance

la rédemption

 

***

 

qu’as-tu fait de tes ailes

un matin froid de novembre

sans hôtel sans amour

la solitude amère

le cuir de tes gants

craquelé

 

le ciel ne s’en remettra pas

 

***

 

je dépose sur la table de l’histoire

nos débris d’os et de verre

ultimes poussières réunies

dans l’ordre du temps

 

végétaux et fossiles se rassemblent

pour une dernière cérémonie

 

une musique se moque

de tes bravades

 

la matière résiste

à nos cruautés

 

Extraits de : 

Sans toi jusqu’à la cime des arbres 

Chantal Ringuet ; photos de Didier Goupy

L’Ail des ours, 2025

Collection Grand ours


 
[1] Extrait de la chanson True Love Leaves No Traces de Leonard Cohen

il y a longtemps que 

ta langue indéchiffrable

s’est installée

dans chacun de ses plis

du sommet hanté d’une croix

scintillante

jusqu’au parc

 

il y a longtemps que 

l’homme qui parcourait

les continents et les océans

ne t’embrasse plus

ton désir de lui

est archivé dans les ronces

 

***

 

la forêt te dessine

une chambre

 

sur la pointe des pieds

le soir s’avance jusqu’à ta porte

les arbres te tiennent la main

 

***

 

tu cherches la source du vent

 

couds l’incertitude des jours 

avec tes larmes non séchées

 

les feuilles végétales

se collent au papier vélin

 

un herbier des jours simples

 

***

 

et quand tu réalises

que tant d’amis ont disparu

une averse de calamités

et de grêle

emporte au loin

tes bénédictions

 

tu ne parviens qu’à

bégayer : 

 

combien de souffrances encore ? [1]

 

***

 

tu vrilles le silence de tes yeux noirs – cherche des éclaircies [2] – par-delà le fleuve – tu pries – fléchis les jambes – regarde le soleil qui enivre puis écrase

 

***

 

tu apprends à nager

dans une mer d’incertitudes

 

-         la lune s’évide de son chagrin – 

 

ta maison – ton haym – est maintenant

ceinte de passages suspendus

 

des échassiers volent

parmi les herbes hautes

 

***

 

je résiste 

au fleuve

 

à la basse mer

à la mer creuse

 

aux flots sanguinaires

qui me consacrent guerrière

 

aux vagues roulantes

au voyage           à l’absolu             à la débâcle

 

je résiste 

au sacrifice

 

Extraits de : 

Forêt en chambre

Chantal Ringuet ; photos de Marc-André Foisy

Le Noroît, 2022


 
[1] combien de souffrances encore ? : extrait d’un poème de Rachel Korn intitulé Job.
[2] tu cherches des éclaircies : allusion aux vers du poète Cajetan Larochelle.

Biographie

 

Chantal Ringuet construit un univers habité par l’archive et le vivant, où l’écriture dialogue intimement avec la matière. Écrivaine, poète et traductrice littéraire née à Québec, elle a longtemps vécu à Montréal avant de s'installer à Austin, dans les Cantons-de-l'Est. Autrice de quatre recueils de poésie, d'essais littéraires, de récits, d'anthologies et de traductions, elle développe une œuvre à la croisée de la mémoire, des langues et des territoires.

Depuis 2022, sa pratique s'est ouverte à une approche éco-poétique où l'écriture s'ancre dans l'observation du vivant, la broderie d'art, la gravure et le livre d'artiste. Les étoffes, les empreintes et les fibres végétales deviennent à leur tour des formes de langage. Sa poésie, attentive aux traces, aux paysages et aux gestes de transmission, suit les chemins sensibles par lesquels les récits circulent entre les générations, les matières et les espèces.

Traductrice d'œuvres d'Adrienne Rich, Rachel Korn et Marc Chagall, elle est également spécialiste de Leonard Cohen. Son parcours l'a menée à trois reprises en Islande, où elle a inauguré en 2019 la résidence d'écriture Gröndalshús de Reykjavík, un séjour qui a inspiré son recueil Sans toi, jusqu'à la cime des arbres. En 2025, elle a cofondé avec le poète Antoine Boisclair la revue de poésie Arrêt sur image.

Son travail se déploie aujourd'hui entre poésie, essai littéraire, traduction et arts du livre, dans une pratique où se rejoignent recherche et création.

En savoir plus : https://www.chantalringuet.com/fr

 

Bibliographie

 

Sans toi jusqu’à la cime des arbres / ill. de Didier Goupy – L’Ail des ours, 2025 – collection Grand ours

Le chant d'Odessa - Atelier-Galerie A. Piroir, 2023

Forêt en chambre - Éditions Le Noroît, 2022

Leonard Cohen dans Chanteurs poètes – Plon, 2021

 

Traduction : 

Plonger dans l’épave (Diving into the Wreck) : poèmes 1971-1972 / Adrienne Rich - Éditions du Noroît, 2024

 

Habiter, traces et trajets

Sereine Berlottier & Jérémy Liron

Les inaperçus, 2019

 

Habiter, ce sont cinq textes très différents, pour explorer, par les voies du poème et de la prose, des manières d’habiter, d’investir l’espace, de le rêver, de le penser et de s’en souvenir. « Lieu favorable » trame des souvenirs, les images ténues, crépusculaires parfois, venues de l’enfance. On y devine une vieille ferme, une « maison de paille » disparue, des silhouettes enfantines. Dans « l’annonce », une quête impossible déploie ses questions, dans l’énergie d’un inventaire sans fin, celui d’un lieu où l’on pourrait vivre. Les « 144 fragments pour habiter » s’ouvrent comme une rêverie accompagnée, tissée de micro-récits, de lectures, de voix citées, traces & trajets, pour explorer ce qu’habiter engage. « Ailleurs » offre le portrait d’une maison perdue dans les arbres, en écho à l’impossible quête qui fut celle de H.D. Thoreau et « la cabane », poème qui clôt le livre, suggère l’horizon pacifié d’une forme souple, légère, amicale : la cabane où respirer, jouer avec les formes, défaire, reprendre et continuer. En écho, l’ouverture des façades et des paysages de Jérémy Liron, l’intensité de leur couleur, relance et déplace les points de vue. De césures en reprises, l’obstination du regard approfondit l’enquête. Dans l’espace du livre, habiter ne s’invente pas seul. [note de l’éditeur]

Extrait : 

d’abord, il y a très peu de choses

le dessin est flou

ça se précise

les murs : pierre et bois

la marque du crayon de papier sur le bois

de mémoire, presque rien : 

une mare

une certaine sécheresse de la voix au détour du chemin

c’est une petite route

tu ne conduis pas

les arbres sont fins de ce côté-là

cerclés d’espérance

Aller aux corps

Laurence Veilleux

Le Noroît, 2024

 

« Petite, j’accompagnais souvent mon père lorsqu’il allait aux corps. Dans le sous-sol de la salle paroissiale de Saint-Benjamin, on s’asseyait sur les chaises placées devant le cercueil ouvert, et on prenait des nouvelles du monde au village. Inspirée par les rites funéraires familiaux, Laurence Veilleux poursuit, dans Aller aux corps, une mythologie toute personnelle en secouant ses fantômes pour en récupérer la parole. À travers une poésie qui donne corps à la mémoire, une enfant confronte la mort en évoquant celle de son père, de sa grand-mère et d’Aurélienne, la première épouse de son père qu’elle n’a jamais connue, mais autour de laquelle gravitent blessures intouchables et non-dits. En déjouant l’univers hérité de sa famille sous le signe de la religion catholique et celui de la chasse, la poète dessine une nouvelle filiation, celle des insoumises, celle des sorcières qui entrent dans les cercueils et transforment la peur en matière vivante. » [note de l’éditeur]

Extrait : 

« à quoi ressembles-tu maintenant ? / souvent j’y pense je ne veux pas y penser // ta peau s’efface à mesure / que tes dents noircissent et tombent // ce sera mon dernier portrait de toi / une mâchoire ouverte »

 

Le dépaysement : voyages en France

Jean-Christophe Bailly

Seuil, 2011

 

« Le sujet de ce livre est la France. Le but est de comprendre ce que le mot désigne aujourd’hui et s’il est juste qu’il désigne quelque chose qui, par définition, n’existerait pas ailleurs. » Ainsi commence Le dépaysement. Mais pour répondre à cette question d’identité, l’auteur, au lieu d’écrire un essai, a pendant trois ans parcouru le territoire, prélevant dans le paysage lui-même, sur le motif, les éléments d’une possible réponse.  Les frontières, les rivières, les montagnes, les écarts entre nord et midi, mais aussi les couches de sédimentation de la conscience historique, ce sont tous ces éléments rencontrés en chemin qu’il restitue au sein d’un livre qui veut avant tout la description d’un état de choses, à un moment donné. Cette « coupe mobile » fera donc passer le lecteur par une grande variété de lieux, des plus marqués par l’Histoire aux plus discrets, en même temps qu’il croisera quantité de noms et verra, mais sur pièces, se tendre les enjeux d’une question que l’actualité politique récente a fait resurgir, mais en la défigurant. [note de l’éditeur]

Cartographie radicale : explorations

Nepthys Zwer, Philippe Rekacewicz

La Découverte, 2021

 

Il est des cartes qui disent non. Des cartes radicales, qui dévoilent et dénoncent, qui protestent. Pour comprendre ces cartes rebelles, leur fonctionnement, leurs forces, leurs possibilités, ce livre entreprend un voyage d'exploration au cœur de la création cartographique. Que se passe-t-il exactement quand nous élaborons une carte, qu'elle soit radicale, expérimentale (on parle aussi de cartographie critique ou de contre-cartographie) ou conventionnelle ? Quelles intentions président à sa fabrication et à sa mise en œuvre ?


La première fonction des cartes est de nous aider à nous repérer dans l'espace et à nous déplacer d'un point à un autre. Elles permettent aux bateaux de naviguer et aux avions de voler. Avec des cartes, on fait la guerre, puis éventuellement la paix. Elles sont aussi de formidables machines à rêves, qui façonnent notre image du monde, en fixent la mémoire et finissent par fabriquer notre réalité. Qu'est-ce qui motive cet acte très particulier de mise en forme symbolique du monde, de Strabon à l'anarchiste Élisée Reclus, de la bénédictine Hildegard von Bingen à l'explorateur Alexander von Humboldt, des portulans à la carte d'état-major ? Quelle part de fantaisie créatrice, quelle part de fantasme faustien d'une possible maîtrise de notre environnement, quelle part de sincérité scientifique sont-elles à l'œuvre ? [note de l’éditeur]

 

Maria Lai

 

Maria Lai (1919-2013) est une artiste italienne d’origine sarde. Considérée comme une pionnière de l’art relationnel en Italie, elle est connue pour son chef-d’œuvre, Legarsi alla montagna (se lier à la montagne) pour lequel elle décide « d’attacher ensemble » les maisons d’Ulassai, village de sa terre natale, dans l’arrière-pays sarde. Dans cette œuvre, elle fait appel aux citoyens afin de relier les habitations avec un ruban ensuite fixé à la montagne en guise de symbole de complicité entre les hommes en relation avec la nature et l’art. 

Depuis l’enfance, Maria Lai montre un talent artistique certain. En 1971, elle expose les premiers métiers à tisser, un cycle qui caractérise les dix années suivantes et la rapproche des thèmes de l’art pauvre. Dans les années 80, elle se consacre aux premières opérations sur le territoire qui lui vaudront les résultats les plus brillants de sa carrière. 

https://artsupp.com/fr/artistes/maria-lai

 

 

Fumi Imamura

 

Fumi Imamura (1982) est une artiste contemporaine qui utilise le collage et l’aquarelle sur papier pour créer des œuvres florales brillantes et froissées. Ses créations délicates, composées de plusieurs couches, ressemblent à des fleurs séchées pressées entre les pages d’un livre mais à l’échelle murale. 

Ses collages sur papier semi-transparent présentent de délicats motifs botaniques inspirés des paysages de sa région natale d’Aichi, au centre du Japon, ainsi que du folklore japonais. Ces éléments floraux sont disposés selon des formes surréalistes que l’artiste emprunte à la nature pour exprimer son corps et son esprit et imaginer un monde empreint d’une liberté organique. 

https://lyndseyingram.com/artists/129-fumi-imamura/

Chiharu Shiota

 

Chiharu Shiota (1972) est une artiste japonaise qui vit et travaille à Berlin depuis 1997. Usant de fils tissés, elle combine performances, art corporel et installations dans un processus qui place en son centre le corps. Sa pratique protéiforme explore les notions de temporalité, de mouvement, de mémoire et de rêve et requièrent l’implication à la fois mentale et corporelle du spectateur. 

Ces dernières années, Chiharu Shiota a été exposée à travers le monde, notamment au P.S.1 Contemporary Art Center, New York (2003), au New Museum of Jakarta, Indonésie, au SCAD Museum of Art, États-Unis (2017), au K21 Kunstsammlung NRW, Düsseldorf (2014), au Smithsonian, Washington DC (2014) et au Kochi Museum of Art, Japon (2013). En 2015, Chiharu Shiota a représenté le Japon à la Biennale de Venise avec son installation The Key in the Hand. En 2018, elle expose au Museum of Kyoto; et en 2019 exposa au Mori Art Museum de Tokyo à travers une exposition illuminant toute l'oeuvre de l'artiste. [site web de l’artiste]

https://www.templon.com/fr/artistes/chiharu-shiota/

Sarah Bertrand-Hamel

 

Sarah Bertrand-Hamel vit et travaille à Montréal. Elle est titulaire d’un master en Beaux-Arts de l’université Concordia. Curieuse et attentive aux matériaux qu’elle utilise, ses recherches l’ont amenée à fabriquer son propre papier. Chaque feuille étant différente, chaque lot possède ses spécificités et inspire le travail qui s’ensuit. Fascinée par l’éphémère et la singularité, l’artiste crée des images qu’elle répète et réinterprète, fragmente et recompose. Elle s’intéresse aux transitions et aux glissements de ces images. Elle trace le changement, cherche à rendre le temps visible. 

En 2017, elle a remporté le premier prix du Valcellina Award (Italie) et de l’exposition annuelle « Paper in Particular » (États-Unis). Son travail a été exposé au Canada et à l’international, récemment au Japon où elle a également étudié la fabrication du papier japonais dans le cadre de deux résidences d’artistes. Ses œuvres font partie de collections publiques et privées, notamment celles du musée national des Beaux-Arts du Québec (Canada) et du Museo nacional de la cerámica (Mexique). 

http://www.sarahbertrandhamel.com/

Anne Teresa De Keersmaeker 

Quatuor 4

 

Anne Teresa De Keersmaeker (1960) est née à Malines (Belgique). Danseuse et chorégraphe, elle est l’une des figures majeures de la danse contemporaine belge et mondiale. Elle s’est imposée au début des année 80 en renouvelant les liens entre danse et musique. En 1983, elle crée la compagnie Rosas au sein de laquelle elle développe son langage chorégraphique propre avec plus de soixante chorégraphies à son actif à ce jour. Elle assure la direction chorégraphique du théâtre de La Monnaie à Bruxelles de 1992 à 2007. En 1995, elle fonde P.A.R.T.S., une école de danse contemporaine reconnue internationalement.                                                                                                

Créé en 1986, le Quatuor n°4 relève du premier style d’Anne Teresa De Keersmaeker : une combinaison de courts motifs, déployée avec humour et insolence par un quatuor de jeunes filles à la féminité adolescente et à l’irrésistible énergie. [Numéridanse]

https://www.youtube.com/watch?v=JYxjQPrTKuY&t=358s

 

 

Wild God

Nick Cave & The Bad Seeds

 

Wild God est le dix-huitième album de Nick Cave & The Bad Seeds.

« Comme un retour à l’optimisme et à la lumière après leurs derniers disques aux ambiances éthérées et aux textes mystiques. » [France culture]

https://www.youtube.com/watch?v=uAgsn7la3jg

Le chœur de l’aube

Salomé Perli

 

« Les Chants de l'Âme de Salomé Perli incarnent une fusion artistique originale, mêlant avec finesse la pop expérimentale et le jazz contemporain. Ce cycle vertueux de compositions semi- écrites et semi-improvisées se distingue par ses contrastes subtils et sa propension à prendre des risques. Tel un périple captivant au cœur de nos émotions, les paroles de Salomé accompagnent une quête spirituelle profonde, celle de la transformation intérieure. En passant à travers des émotions aussi humaines que l’anxiété, la jalousie et la culpabilité, Salomé choisit d’explorer ses propres failles et faiblesses en les illustrant musicalement. (…) Une immersion dans une expérience méditative. » [site web de l’artiste]

https://www.salomeperli.com/

https://www.youtube.com/watch?v=kdb2zM8f9oA