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Violaine Lison

©Ornella Somma
©Ornella Somma

 

 

mardi 19 décembre

Lendemain de nuit noire.
Seuil. Matin. Chez vous. Sans vous. 
Thorax sanglé. Nœuds dans la langue. 

La forêt s’est habillée de givre. 
Deux pics épeiches. Un chevreuil.
Ablutions de soleil.

Le ciel lessive ses draps. Immense champ de fuir pour
oiseaux traversiers. Leurs ailes fusent, tranchent de longues
sentes à démêler, à déchiffrer. Le jour a lâché ses faucilles. 
Tout est à quadriller.

 

 

La maison est vide, le jardin, en congé. La machine à coudre
se tait. 
Vous n’êtes pas là. Mais je vous entends. Votre voix. Votre
Feuillage. Vos pas de mousse dans l’escalier. 

J’entends vos mots, votre chant, votre langue. Vos silences
aussi.

Vous disiez alezan pour vélo. Valse pour bateau.
Et tambour pour maison. Vous disiez danser pour vivre. 
Rouler pour avancer. Et rentrer pour mourir. 
Vous disiez « Je serai toujours à vos côtés. » Vous disiez « vive la vie ! ». Vous disiez
Vous disiez « Allez bien… » Vous disiez source pour naissance. Lumière
pour néant. Chance pour accident. Vous aviez la voix du
monde. Le monde avait votre parole ; Pas de points. Pas de 
virgules. Seulement le pouls vibrant des bulbes et des saisons.
Moi, je vous écoutais. Jusqu’à la nuit. Jusqu’à la mie. 
Jusqu’à être de votre pays.
Ici, devant la maison vide, je vous écoute encore. 

Je vais rester devant chez vous. Et je vais attendre. 
Pas que vous reveniez. Vous ne reviendrez pas. 
Mais que je me revienne. 

Extraits de : Vous étiez ma maison / Violaine Lison ; ill. de Manon Gignoux – Esperluète, 2022

Tu perds les jours les gestes les visages.
Tu perds les mots les mondes les armures.
Tu oublies tu sèmes tu disperses.
Tu vides tes poches et ta mémoire.

Tu dénoues et délivres. 
Des vagues de soupirs.

Tu abandonnes tes pelures tes écailles.
Tu mues. 
Tu lâches. 
Tu déblaies et décombres.
Tu vides les cales et les cases.

Tu ne gardes que le vrai le vital
Le pain le sucre le café noir.
La voix les voiles. 
Et ton regard qui s’échappe par l’échancrure 
de la fenêtre.


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Depuis que tu es ici, tu n’as pas parlé de lui.
Pas même prononcé son nom.
Lui, l’homme de ta longue vie.
Mort avant toi.
Son visage est affiché dans ta chambre mais il 
échappe à ton regard.
Ou plutôt est-ce ton regard qui s’échappe.
Peut-être ne l’as-tu simplement pas emmené 
avec toi.
Peut-être n’est-ce pas ici sa place.


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Entre ces murs, ton passé tient dans une valise.
Du linge. Deux tableaux. Un vase. Quelques 
photos.
Mais lui n’est pas avec toi. Tu l’as lâché et 
il s’est élevé au lointain, comme un ballon 
d’hélium.
Tu l’as lâché. 
Sans doute pour mieux le rejoindre.
On ne peut retrouver que ce qu’on a su perdre

Extraits de :  Ce soir on dort dans les arbres / Violaine Lison ; ill. de Valérie Rouillier - Esperluète, 2021

©Ornella Somma
©Ornella Somma

Biographie

 

Violaine Lison vit à Tournai. Elle écrit depuis l’enfance mais il lui a fallu du temps pour trouver sa langue qu’elle se plaît à chercher comme on cherche un chemin. À travers la poésie, le théâtre ou encore la nouvelle. Romaniste de formation, elle enseigne le français au Collège de Tournai (option littéraire), amenant ses élèves à explorer leur créativité littéraire et à cultiver leur curiosité, leur sens du partage ou encore leur audace. Elle tente de leur transmettre sa passion des lettres et de l’art. Avec eux, elle écrit aussi des poèmes et des pièces de théâtre qu’elle met en scène (Hors-la-vie -Éditions Lansman, 2015). La forêt, la mémoire, le tracé, l’inattendu sont ses compagnons de marche. Avec eux, elle se crée et se creuse une langue où habiter. 

Bibliographie

 

Monographies 

Vous étiez ma maison / Violaine Lison ; ill.de Manon Gignoux – Esperluète, 2022
Ce soir, on dort dans les arbres / Violaine Lison ; dessins de Valérie Rouillon – Esperluète, 2021

Mais aussi…

Publication de poèmes dans Le Journal des poètes – Le Taillis Pré, 2021
Tombe l’été (nouvelle) dans L’Enveloppe – Ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles, 2018
Hors-la-vie (théâtre) dans La scène aux ados 12 – Lansman Éditeur, 2015
Le saule veilleur (nouvelle) dans Sol’air (n°7), 1995
Poèmes (extraits de Lui, l’enfant) dans Jeunes poètes francophones de Belgique – L’Arbre à paroles, 1995
Lettre à l’enfant dans Jeunes auteurs 1994 – Éditions de l’Hèbe, 1994 – collection Le théâtre et la lettre
Quai des écluse (nouvelle) dans Espaces Jeunes auteurs, 1993
Tu marches dans mes traces (poésie) dans Espaces Jeunes auteurs, 1992

À bas bruit, les instants / Paul André ; ill. de Alain Winance - Esperluète, 2007 - Collection L’Estran


« Ce poids des jours qui n’en peuvent mais. Jours d’ahans lancinants sur lentes glaises et cailloux durs. Ce poids pendulaire arrêté au cadran du premier gel. Tous les Saints du pays s’emmitouflent dans les toiles d’araignées de leurs chapelles, niches, potales. Bénissent, la main roide, les pèlerins absents. Le soleil s’est perdu dans les bois. Nuages ternes passant la frontière pour aller voir ailleurs s’ils peuvent s’épandre en pluies maigrichonnes et si les gens des basses terres allument déjà leurs premiers feux. Oies sauvages. Vos battements d’ailes, vos cris lents au ras des toits. Laissez-nous votre aimantation.”

Des corps poussés jusqu’à la nuit / Ada Mondès - Les Carnets du Dessert de Lune, 2022 - Collection Pleine Lune

Un souffle puissant et revigorant
Un appétit du monde qui nous rappelle un certain Blaise Cendrars
La quête du beau jusque dans les enfers qui nous rapproche de Baudelaire
Une poésie qui s’inscrit dans l’histoire et qui n’a pas peur de lui tenir tête


(note de l’éditeur)

La Double vie de Véronique

 

De Krzysztof Kieslowski
Par Krzysztof Kieslowski, Kryzsztof Piesiewicz
Avec Irène Jacob, Aleksander Bardini,, Halina Gryglaszewska 

Synopsis : 

Il y a 20 ans dans deux villes différentes (en France et en Pologne) naquirent deux petites filles pareilles. Elles n'ont rien en commun, ni père, ni mère, ni grands parents, et leurs familles ne se sont jamais connues. Pourtant elles sont identiques : toutes deux gauchères, aiment marcher les pieds nus, et le contact d'un anneau d'or sur leurs paupières. Et surtout, toutes deux ont une voix magnifique, sublime, un sens musical absolu, et la même malformation cardiaque difficilement détectable. L'une profitera des expériences et de la sagesse de l'autre sans le savoir. Comme si chaque fois que la première se blessait avec un objet la seconde évitait le contact de ce même objet. C'est une histoire d'amour, simple et émouvante. L'histoire d'une vie qui continue, quittant un être pour se perpétuer dans le corps et l'âme d'un autre être.

 

Loin de Linden

Veronica Mabardi et Giuseppe Lonobile
Avec : Valérie Bauchau, Véronique Dumont et Giuseppe Lonobile

Un homme convoque sur scène ses grands-mères, Eugénie et Clairette. La première, néerlandophone, est fille du garde-chasse. La seconde, francophone et cosmopolite, est la fille du Général de Witte. Leurs destins se sont croisés au Château de Linden. Le petit-fils questionne ce qu’il s’est passé lors de leur seule rencontre, cet hiver de 1960 : ce qu’elles se sont dit et, surtout, ce qu’elles ne se sont pas dit. Avec tendresse, Veronika Mabardi puise dans son histoire personnelle et évoque la Belgique telle qu’elle était il y a deux générations : ses souvenirs de guerre, ses conflits linguistiques, ses anecdotes savoureuses, cocasses et touchantes. Pour en faire une œuvre intime à vocation universelle, à la fois charnelle, autobiographique et historique.

 

Francisco de Goya

Francisco de Goya (Fuendetodos, 1746 –Bordeaux, 1828) est un peintre néo-classique, largement considéré comme l'un des grands Maîtres anciens de l’art en Europe. Goya quitte le nord de l’Espagne pour s’installer à Saragossa où son père travaille en tant que doreur. Son vif intérêt pour le style décoratif rococo, proéminent à cette époque, le pousse à faire un apprentissage avec Jose Luzan Martinez, un peintre local ayant étudié l’art à Naples sous l’égide du célèbre artiste Giuseppe Mastroleo. Goya, en avance sur son temps, trouve l’inspiration dans les œuvres des maîtres comme Diego Rodriguez de Silva y Velasquez et Rembrandt Van Rijn.

Désireux d’en savoir toujours plus, Goya déménage à Rome pour une courte période autour de 1771, retournant chez lui une année plus tard. À cette époque, il commence à travailler pour les frères Bayeu y Subias, Francisco et Ramon dans leur studio à Madrid dont il épousera plus tard la sœur. Son adhésion à la Royal Academy of Fine Arts l’aide à trouver un travail stable en tant que dessinateur à la Royal Tapestry Factory. 

Le talent de Goya devient évident pour l’aristocratie royale de cette époque et il devient par conséquent peintre de la cour en 1786. Il atteint alors le sommet de sa carrière, certaines de ses célèbres œuvres réalisées au cours de cette période comprennent Le Duc et la Duchesse d’Osuna, Les portraits du Roi Charles IV et Le Comte de Floridablanca. La noblesse espagnole se prend d’affection pour le peintre et lui commande des centaines de portraits, notamment de la Duchesse d’Albe, du 9e Duc d’Osuna, du 15e Duc de Medina Sidonia et de la Marquise de Pontejos. Cependant, l’artiste développe une maladie entre 1792 et 1793 qui le rend sourd, il se renferme et se retire de la société. Parmi ses peintures religieuses, l’artiste sourd entreprend une série de peintures sombres expérimentales publiées en 1799 sous le titre Les Caprices. La carrière de peintre de Goya décline après l’invasion française de l’Espagne, la réappropriation des terres par le nouveau roi espagnol Ferdinand VII n’améliore pas sa situation puisque le roi n’apprécie pas particulièrement son travail. Ses œuvres réalisées après l’invasion française incluent Les Désastres de la Guerre, La Charge des Mamelukes, Santa Justa, Santa Rufina et les Peintures noires. Après cette période, Goya devient plus méfiant vis-à-vis de la royauté espagnole. Il déménage à Bordeaux où il succombe d’une crise cardiaque en 1828, laissant derrière lui une collection de peintures qui restent évocatrices et poignantes encore aujourd’hui.

Source : https://www.artnet.fr/artistes/francisco-de-goya/biographie

Parmi les œuvres  suggérées par Violaine : 
El aquelarre o El gran cabron (Le Sabbat des sorcières)

https://www.beauxarts.com/vu/goya-a-lecole-des-sorcieres/

Egon Schiele

Egon Schiele (Tulln an der Donau, 1890 – Vienne, 1918) est une figure majeure de l’expressionnisme autrichien. Malgré une courte carrière, le travail prolifique de Schiele a ouvert la voie à la modernité. Il est surtout connu pour ses œuvres figuratives, ses autoportraits et ses portraits qui expriment une esthétique profondément personnelle et radicale. 

Schiele commence sa carrière artistique à l’Académie des Beaux-Arts de Vienne en 1906 qu’il quitte en 1909 pour former le Neukunstgruppe, le Groupe pour le nouvel art, avec des camarades de classe qui partagent son mépris à l’égard du programme de l’Académie. C’est durant cette époque qu’il fait la connaissance de Gustav Klimt (autrichien, 1862-1918), futur mentor et soutien de Schiele ; Klimt aide Schiele à participer à la Vienna Kunstschau (Exposition internationale des Beaux-Arts de Vienne) en 1909. Grâce à cet événement et à des expositions ultérieures, Schiele rencontre d’importants marchands d’art, critiques et mécènes qui contribuent au développement de sa carrière. Durant cette période, les œuvres de Schiele deviennent plus expressifs et exagérés. De plus, ses autoportraits et ses portraits sont teintés de sous-entendus psychologiques et sexuels.

Les modèles de Schiele, souvent esquissés puis remplis d’encre ou de couleurs, sont tantôt dynamiques tantôt tourmentés et ouvertement grotesques et érotique. En 1911, l’artiste organise sa première exposition solo à la galerie Miethke à Vienne en Autriche, puis à la galerie Hans Goltz de Munich en Allemagne. Schiele ouvre un studio à Vienne en 1912. Il est très productif durant cette période, ses expositions ont une portée nationale et internationale, la plus significative ayant lieu en 1914 à la galerie Guido Arnot à Vienne. Après seulement une dizaine d’années sur le devant de la scène, Schiele succombe à la grippe espagnole, mais après la Sécession viennoise de 1918, qui met avant plus de 50 œuvres d’art et lui amène le succès et la reconnaissance. En 2011, la peinture de Schiele intitulée Häuser mit bunter Wäsche (Vorstadt II) (1914) se vend 40 millions de dollars lors d’une vente aux enchères chez Sotheby’s, l’œuvre d’art la plus chère de l’artiste autrichien. De nos jours, les plus grandes collections de son travail peuvent être vues au musée Egon Schiele à Tulln, au musée Leopold et à l’Österreichische Galerie Belvedere à Vienne. 

Ma maison – Barbara

« Je m'invente un pays où vivent des soleils
Qui incendient les mers et consument les nuits
Les grands soleils de feu, de bronze ou de vermeil
Les grandes fleurs soleils, les grands soleils soucis
Ce pays est un rêve où rêvent mes saisons
Et dans ce pays-là, j'ai bâti ma maison »

https://www.youtube.com/watch?v=rf3RSjMWEGE

Vedro con moi diletto – Vivaldi parJakub Jozef Orlinski

 

Issu de l’opéra Giustino, composé en 1724, cette aria correspond au passage où Anastasio, défié par l’armée de Vitaliano, se prépare à la guerre et au moment du départ fait ses adieux à Arianna qu’il vient d’épouser et dont l’absence future lui pèse déjà.

 

«  Vedro con mio diletto
l’alma dell’alma mia
il cor del mio core
pien di contento.
E se cal caro oggetto
lungi convien che sia
sospirero penando
ogni momento.

Je verrai avec joie
l’âme de mon âme,
le coeur de mon coeur
rempli d’aise .
Et s’il me faut m’éloigner
du cher objet,
je soupirerai en souffrant
à chaque instant. »

https://www.youtube.com/watch?v=CzF11RsxcWg