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Philippe Lekeuche

© Fabien Abrassart
© Fabien Abrassart

Inédits

 

Sans mesure

Aucune voile, aucun poème en vue sur la mer :
Des singes avec leurs grelots d'or, des bonnets rouges
L'hallucination voit ce que la raison voile

La raison embrume, elle rend fou parfois
Devant ce qui échappe à tout calcul
L'incalculable qui fait l'amour et la poésie

Le chant est incalculable, les grands hêtres aussi
Je vois maintenant ma poésie qui arrive au loin
Dans un espace où la mesure n'est pas mesurable

*** 

Au commencement

Coup de tonnerre, c’était silencieux, on ne vit
Ni l’éclair, ni sa déchirure, apparemment rien
Ne s’était passé, pourtant il y eut en toi
Cette catastrophe inaperçue, ta vie fut fracturée
Mais tu vivais comme avant, sans rien ressentir
Et les hommes eux aussi ne voyaient rien

*** 

L’évasion

Dans la chambre, le rêve, le dédale du désir
Je cherchais la Porte : sortir de l’enclos, passer outre
Il eût fallu que, du Dehors, tu me reviennes       
M’emmènes loin des spectres du labyrinthe
Me sauves des nœuds de cet espace
Qu’un horizon se lève hors des couloirs
Une échappée ! Oh, moi qui suis sans force
Et me perds en moi-même …

Une question

Plein de trous, qui donc est l’homme, est-il
Un fantôme à la chair en bribes
Errant dans son crépuscule
À la recherche du Vivant ? 

Et, par la nuit, les sous-bois de la raison
Pris aux fourrés du sens, flairant les traces
De sa présence, en quête de lui-même
Est-il ou point encore ? 

Est-il promesse ou chimère, ange mécanique
Automate aux divines pannes ? 
Je ne sais pas, je vais ma vie abîmée
Avec parfois ce mot étrange : amour…

D’où me vient-il ? Non de mon corps
Qui toujours se corrompt (cruel est l’âge !)
Ni de mon cœur gros de démons
Je l’ignore et rends grâce… 

Extraits de : Une poésie de vingt ans : anthologie de la poésie en Belgique francophone (2000-2020) / choix anthologique et préface de Gérald Purnelle – Espace Nord, 2022

***

Les grands bateaux s’enfoncent dans l’adieu, ceux qui 
demeurent restent les yeux ébahis, songeurs, se cherchant
dans le lointain, mais la clameur seule de la mer bat
son plein, les appelle, balance leur rêve un instant
suspendu, perdure, perdure infiniment le spectacle de 
ne rien voir, de tout regarder, d’être invisiblement
jeté à mille lieues de soi, plongé dans la sidération de 
l’absence, quoique nulle tristesse n’assombrisse alors
l’âme en éveil, juchée à la pointe ultime de l’attente,
sans espoir, sans pleurs non plus, seulement dans le 
silencieux vacarme du grand vague. 

Extraits de : Piqués des vers ! : 300 coups de cœur poétiques / sous la direction de Colette Nys-Mazure et Christian Libens – Espace Nord, 2010

 

Par-delà moi

Parfois mon nom s’envole,
J’oublie celui-là que je suis,
Que je poursuis,
Élevé dans l’attente. 

Ô ouvre-toi, Douleur, perle crépitante, 
Ton abîme je l’ai sondé, 
Aux aguets, oui, 
Par les mystères,
Me promenant

*

Séparation

Maintenant que les anges de la Mort
Sur nous s’effondrent,

Que nos blessures, de partout, parlent,
Se font bouches
Tremblements de misère,
Maintenant que ta face se dépeuple,
Se défait de toi,
Prenant l’allure des éternités naissantes,

Ta main parfois sur moi se pose comme rien,
Ta main qui m’enfantôme,
Alors je te deviens,

Puis à nouveau l’obscur nous ressasse,
Nous saisit à la gorge,
Et les larmes, et les chagrins,

Tout nous revient,
Dans le semblant d’être là ensemble,
Abasourdis en ce compagnonnage vain,

Tandis que nous sépare cela même qui nous retient. 

Extraits de : Celui de rien / Philippe Lekeuche – Les Éperonniers, 1993 – Prix Triennal de Poésie de la Communauté française 1995

Nous allions vers les abîmes de l’ombre et de la clarté
sans voir
de ces éclatants feux qui nous venaient
l’apogée

tout était dans la gloire
les monstres très doux en cette aube
en ces alleluia de palpitants ramages

mais le malheur
plus beau que jamais nous était fidèle
ne nous trahissait pas

Extraits de : Si je vis / Philippe Lekeuche – Les Éperonniers, 1988

© Fabien Abrassart
© Fabien Abrassart

Biographie

 

Philippe Lekeuche est né à Tournai en 1954. Il commence à écrire de la poésie en 1966 pour ne jamais cesser. Âgé de douze ans, il découvre l’œuvre poétique de Charles Péguy auquel il voue une passion toujours vivante. Puis viendront les grands poètes français du XIXième siècle ; il sera surtout bouleversé par l’œuvre de Baudelaire. Alors âgé de seize ans, Maurice Carême le reçoit chez lui à Bruxelles en 1970 et lui suggère de renoncer à son pseudonyme de l’époque et d’écrire sous son nom.

En 1973, il entame des études de psychologie à l’Université de Louvain qui aboutiront à son doctorat en mai 1987. Il est ensuite nommé Professeur en psychologie clinique, psychanalyse, phénoménologie clinique en cette même université. Parallèlement il poursuit sa pratique clinique dans le traitement des grands toxicomanes et des schizophrènes. Il devient Professeur émérite en 2019. Au cours de ses études, il lit découvre, dans le texte original Freud, Hölderlin et Rilke. Il entretient depuis un lien profond avec la culture, la philosophie et la poésie allemandes. Très marqué aussi par l’œuvre d’Emily Dickinson et celle du poète anglais Keith Douglas.


Durant ces années, il poursuit sa création poétique et publie de nombreux recueils. En 1985, suite à l’envoi de poèmes dactylographiés, Maurice Blanchot lui écrit deux lettres, dans l’une d’elle il écrit : « Ne vous laissez influencer par personne, pas même par Dieu ». Alain Bosquet publie son poème « L’étranger » dans le quotidien « Le Figaro » le 19 janvier 1994.


Il obtient le Prix Triennal de poésie de Belgique en 1995. André Velter le reçoit dans « Poésie sur parole » (France Culture) en 2008 pour la parution de « Le plus fou des hommes » et « Le feu caché ».
En 2015, le numéro 57 de la revue « Nu(e) » lui est consacré, coordonné par Myriam Watthee-Delmotte, directrice de recherches au F.N.R.S. Il collabore régulièrement à « Les Lettres françaises » et est membre du comité éditorial de la revue belge « Le Journal des poètes ». Il est élu à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique en 2017, au fauteuil 12, pour la succession de Liliane Wouters.

Bibliographie

 

*** nouveauté *** Élégies / postface de René de Ceccatty - L’herbe qui tremble, 2025
L’épreuve - L’herbe qui tremble, 2022
Poème à l’impossible - Le Taillis Pré, 2018
L’éclat noir du désir : Poèmes 1988-1998 - Le Taillis Pré, 2015

Une vie mélangée - L'herbe qui tremble, 2014
Le jour avant le jour / préface de Liliane Wouters - Le Taillis Pré, 2013
L’éperdu - L’herbe qui tremble, 2010
Le feu caché - Éditions des Vanneaux, 2007
Le plus fou des hommes - Le Taillis Pré, 2007
Cette maladie au nom perdu - Éditions Jacques Brémond, 2005
L’homme traversé - Sonnets de la passion - Cadex, 2003
Solaire - Cadex, 1999
L’État rebelle - Les Éperonniers, 1998
L’existence poétique - Cadex, 1995
Celui de rien - Les Éperonniers, 1993
Quatre écoutes du Tonnerre - Cadex/Les Éperonniers, 1990
Si je vis - Les Éperonniers, 1988
Le chant du destin / préface de Jacques De Decker - Cadex, 1987

 

Cousu, décousu, profil perdu / Françoise Le Bouar - L’herbe qui tremble, 2024

 

Cousu, décousu, profil perdu, deuxième livre de Françoise Le Bouar, se compose de quatorze « séquences », quatorze déambulations poétiques de l’auteure sur les traces de quelques gestes quotidiens et celles de la pensée. Traversé quelquefois d’idées noires, de colères, mais surtout animé de fantaisie, tout son être cherche une voie où bien garder « les pieds sur terre ». L’auteure n’a pas peur de dire je, mais elle le fond dans les mots des poètes, ses compagnons de tous les jours, asiles autant qu’invitations à avancer. Françoise Le Bouar nous emmène dans un livre étonnant où circule un peu de folie et, aussi, un peu de sagesse.

 

« Il y eut jadis, tu l’avais oublié,
ces monologues sans appel
de prophètes aveugles, vieilles échevelées
sur une estrade vociférant, tous
clamant leur douleur entre guillemets.
Nous n’en sommes plus là.
Mais bien plutôt à chercher un
petit mot qu’on pourrait formuler
dans les profondeurs de son esprit,
c’est tout mais, allez, c’est beaucoup.
L’élan comme replié,
empaqueté dans ce petit mot-là,
d’une ou deux syllabes, pas plus.
Ou bien encore, te voilà
frappant dans les mains
pour chasser les idées noires.
Inventant de petites injonctions,
recettes, combines : pense
à ces deux touffes de lichen
vert tendre rapportées
de ton dernier séjour, mais
comme on est loin du
s’accorder au cours des choses,
être libre comme les nuages
et les eaux, parlons-en, ah oui. »

 

 

 

 

Bloody Mary : road movie pour Marilyn Monroe / Éric Brogniet - Le Taillis Pré, 2019

 

Éric Brogniet a commencé l’écriture de Bloody Mary en 2010, dans la continuité d’un livre précédent, Nos lèvres sont politiques, consacré à deux figures féminines emblématiques des années 90 : Semira Adamu, la jeune ressortissante nigériane étouffée par des policiers belges dans l’avion qui devait le reconduire de Bruxelles à Lomé, au Togo, et Monica Lewinski, stagiaire à la Maison Blanche sous la présidence de Clinton. L’artiste liégeois Thierry Wesel, qui avait déjà dialogué avec les textes de Nos lèvres sont politiques, apporte encore une fois sa contribution à ce road movie poétique dénonçant toute l’ambiguïté d’un star system auquel nous alimentons nos imaginaires captifs de représentations sans transcendance et avides d’émotions, mais particulièrement aptes à générer des bénéfices financiers colossaux et dont la femme est la victime équivoque. Le poète et le plasticien vous invitent à un voyage à travers l’Amérique des années soixante, matrice louche d’un nouveau paradigme culturel, à travers le destin emblématique de l’une de ses figures les plus tragiques : Marilyn Monroe. 

Francis Bacon (dont le tableau La crucifixion)

 

Francis Bacon, né le 28 octobre 1909 à Dublin et mort le 28 avril 1992 à Madrid, est un peintre britannique réputé pour ses triptyques dont l'un est le plus cher du monde, Trois études de Lucian Freud. Peintre de la violence, de la cruauté et de la tragédie, son esprit est hanté, selon ses dires, par le vers d'Eschyle « l'odeur du sang humain ne me quitte pas des yeux ». L'œuvre de Bacon se déploie en grands triptyques mettant en scène sa vie, ses amis, son admiration pour Diego Vélasquez, Vincent Van Gogh ou Pablo Picasso, ou en portraits torturés, comme pliés dans la texture de la toile, de ses amis Michel Leiris, Mick Jagger, etc. Inclassable, il s’affirme comme un peintre solitaire. Francis Bacon a également affirmé qu’il était autodidacte et ne travaillait jamais à partir du réel mais à partir de documents photographiques. Le thème de la crucifixion est un thème qu’il exploite. Sa Crucifixion qu’il réalise en 1944 va véritablement le propulser sur la scène artistique. Il cesse alors, de détruire ses œuvres.

Rembrandt (dont La ronde de nuit)

 

Peintre majeur de l'école hollandaise du XVIIe siècle, Rembrandt (1606-1669) est l'une des grandes figures du baroque. Peintre et graveur, réputé solitaire et indépendant, il a peint sans fard ses contemporains, se rendant célèbre par son traitement de la lumière que l'on nomme « clair-obscur ». Rembrandt a accompagné l’essor du protestantisme et a contribué à renouveler l’image du Christ, humble et humain, tout comme le genre de l’autoportrait et du portrait de groupe. La ronde de nuit (1642), qui est l’une de ses œuvres majeures, a été réalisée à la demande de la compagnie des arquebusiers pour décorer une des salles de leur siège. Cette commande de prestige lui a valu une rémunération conséquente. Il ne s’agit pas réellement d’une scène nocturne en dépit de son titre attribué au XVIIIe siècle, en raison de son encrassement. La toile, de grandes dimensions, représente une milice composée de gardes civils chargés d’assurer la sécurité en ville. L’œuvre est frappante de réalisme, mais l’événement immortalisé reste imprécis. La scène demeure également énigmatique, en raison de la présence de personnages qui n’ont rien à y faire – comme la petite fille en robe jaune – et e sa composition particulièrement complexe. Il fut reproché à Rembrandt d’avoir placé certaines personnalités éminentes à l’arrière-plan. 

 

Variations Goldberg – Jean-Sébastien Bach par Glenn Gould

 

Les Variations Goldberg ou Aria avec quelques variations pour clavecin à deux claviers, sont une œuvre pour clavecin composée par Jean-Sébastien Bach portant le numéro 988 dans le catalogue BWV. Composée au plus tard en 1740, cette œuvre constitue la partie finale de la Clavier-Übung publiée à Nuremberg par Balthasar Schmidt. Elle est un exemple accompli de la forme « thème avec variations », et une des pièces écrites les plus notoires. L’œuvre comprend un grand nombre de formes, d’harmonies, de rythmes et de raffinements techniques. Écrite vers le début des dix dernières années de la vie de Bach, elle est initialement écrite pour un clavecin à deux claviers, l’usage fréquent de croisements de mains rendant son interprétation difficile sur un seul clavier. 

https://www.youtube.com/watch?v=Cwas_7H5KUs

Threnody to the victims of Hiroshima / Krzysztoff Penderecki

 

Therenody to the victims of Hiroshima (en français Thrène à la mémoire des victimes d’Hiroshima) qui, à l’origine devait s’appeler 8’37, est une composition musicale de 52 instruments à cordes (24 violons, 10 altos, 10 violoncelles, 8 contrebasses) composée en 1959 par Krzysztof Penderecki, compositeur polonais qui a reçu le troisième prix au concours « Grzegorz Fitelberg » à Katowice en 1961. La composition a remporté le prix Tribune Internationale des compositeurs Unesco la même année. L’œuvre est créée en mai 1961 à la Radio de Varsovie. Dans cette œuvre qui reprend la thématique du thrène de la Grèce antique, Penderecki rend hommage aux victimes de la bombe atomique de la ville japonaise Hiroshima, ville bombardée par les Américains à la fin de la Seconde Guerre mondiale. 

https://www.youtube.com/watch?app=desktop&v=Dp3BlFZWJNA&gl=UG