Jordi Gallizia
il faut des braises
des pierres pour soutenir les grilles
y déposer les moules à même les flammes
à même les rires embaumés par l’anis
une bonne marinade résout tous les drames nocturnes
et ça ne coûte pas grand-chose au monde
se laver à l’enfumade, les histoires d’antan
les récits crasseux, tout ce qui se noie dans la sauce
à vif
j’allume un grand feu
***
ton carillon à toi s’est éteint en juillet
bien sûr que les moules étaient inquiètes
la maison-cabanon,
la véranda,
l’étang, l’étendue jaunie
au petit matin dans le jardin, le chiendent a hurlé entre les dalles
à l’aide d’un arrosoir, je suis allé chercher un peu d’eau claire
pour soulager les plantes vivaces
adresser à ton patois toutes mes condoléances calcaires
***
sur des airs d’accordéon, je valse
des restes de mémoire collés au bout des doigts, je pianote
j’invoque l’estrambord[1]
il n’existe pas meilleure manière pour dire l’enthousiasme
à l’étang qui t’accueille, désormais
le soufflet,
le souffle coupé,
la langue entaillée,
comment dire ça sans écorcher en retour ?
***
l’oreille en boussole, j’écoute ces mélodies
les récits, les voyelles rondes de rires
tes milliards d’histoires rugueuses, en déchirures
tes envolées dans les silences
d’autrefois
entre tes chicots, j’attrape le sens d’une vie cassée
en mille morceaux
je ronge le temps des drames
***
je n’ai rien fait pour empêcher l’illusion
pour une fois qu’ils s’autorisent
le retour,
le chant,
les mélodies de carcasse,
la mòrt l’avèm faita dansar, lo bal al cementèri[2]
le lendemain, je me suis réveillé avec un curieux mal de tête à tête
[1] l’estambord : enthousiasme débordant, gesticulation d’excitation.
[2] La mòrt l’avèm faita dansar, lo bal al cementèri : « la mort nous l’avons faite danser, le bal du cimetière ! »,
parole d’une chanson « Cal es que ten » du groupe polyphonique occitan du Bartas (2013 ; paroles de Laurent Cavalié).
Extraits de : Brasucade / Jordi Gallizia - Cheyne éditeur - collection Prix de la Vocation, E. O. 2025
Biographie
Jordi Gallizia a grandi dans l’Hérault avec l’occitan comme langue maternelle. Né en 1999, il est en formation à l’ESNAM, au sein de la 14ème promotion de l’École Nationale Supérieure des Arts de la Marionnette pour devenir marionnettiste manipulateur et constructeur. Brasucade est son premier livre publié.
Bibliographie
Brasucade / Jordi Gallizia - Cheyne éditeur, 2025 - collection Prix de la Vocation
Coup de coeur Poésie 1
Œuvres. 1 / Alejandra Pizarnik ; traduction de Jacques Ancet - Ypsilon, 2022
Ce volume réunit les titres de la poétesse parus de son vivant à savoir : La dernière innocence, Les aventures perdues, L’Arbre de Diane, Les travaux et les nuits, Extraction de la pierre de folie, La comtesse sanglante et L'enfer musical.
Coup de coeur Poésie 2
D’una lenga l’autra / Marcela Delpastre - Edicions dau chamin de Sent Jaume, 2001
Tous les poèmes que Marcela Delpastre écrivit en dehors de la forme du psaume, dans la langue « que tant me platz », disait-elle, ou dans les deux langues mêlées : des poèmes qui vont d’une langue à l’autre non pas comme simple traduction, mais dans une progression dramatiquement efficace. [note de l’éditeur]
Coup de coeur Danse
May B / Maguy Marin
May B est une pièce chorégraphique de Maguy Marin créée en 1981 au Théâtre municipal d’Angers, inspirée des textes de Samuel Beckett. Elle se rattache au mouvement de la danse-théâtre et est écrite pour dix interprètes (cinq hommes et cinq femmes), grimés d’argile sur le visage pour leur donner un aspect sale, malade, loqueteux. Les musiques de scène (Franz Schubert, Gilles de Binche, Gavin Bryars) viennent rythmer la pièce, par ailleurs muette à l’exception d’une réplique issue d’une pièce de Beckett et de quelques onomatopées qui viennent appuyer la danse.
Coup de coeur Théâtre Marionnettes
Ilka Schönbein
Ilka Schönbein est une artiste d’origine allemande. À la fois marionnettiste, danseuse, contorsionniste et conteuse, c’est dans la rue qu’elle a forgé son art expressif, un art qui passe par les métamorphoses de son corps filiforme et élastique. En utilisant une technique qu’elle appelle la technique du masque du corps, elle trouble au cours de ses spectacles notre perception rationnelle de la réalité du monde. Ilka Schönbein ne possède pas une seule identité corporelle, elle est capable au travers de la manipulation de marionnettes et de masques, fabriqués maison, mais aussi d’attributs d’animaux qu’elle vient poser comme des prothèses sur différentes parties de son corps : fesse, bras, jambes, visage… de devenir une autre, une créature issue des rêves ou des mythes… Elle vient toujours nous surprendre en révélant des images d’elle-même insoupçonnables. Par sa capacité à explorer la diversité des représentations corporelles mi-humaines, mi-bestiales, elle met à mal tous les stéréotypes sur ce qu’est la beauté ou la laideur, dans une recherche permanente d’images enfouies d’elle-même.
https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/permission-de-sortir/la-vieille-et-la-bete-9622520
Coup de coeur Musique 1
Travèrsas / Barrut
Barrut concrétise ici un projet préparé depuis quelques années : un album a cappella. Travèrsas, c'est un enracinement fertile. Les voix de ces femmes et de ces hommes a cappella nous transmettent la force et la profondeur de nos vies, font parler les ancêtres, et chantent en occitan les révoltes. Une poésie puissante, émanant d'un imaginaire commun, d'histoires vécues à cœur ouvert, de joies et de peines ou d'injustices, dans une harmonie subtile et savante.
Coup de coeur Musique2
Krav Boca
Krav Boca est un groupe indépendant de punk-rap français, grec et marocain, formé à Toulouse en 2014. Composé de huit membres, la formation compte deux chanteurs, un mandoliniste, un batteur, un guitariste et deux performeurs (pyrotechnie, disqueuse et cerceau aérien). Sur scène, les membres du groupe apparaissent cagoulés, maquillés et costumés. Proche du mouvement punk et attaché à un mode de fonctionnement do it yourself, le groupe se produit dans le monde entier, autant dans les squats que dans les grands festivals. Le nom Krav Boca est un jeu de mots faisant référence au sport de combat Krav Maga et au terme « boca » (« bouche » en espagnol), signe de l’importance accordée aux textes dans l’univers du groupe.