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Francesco Pittau

©Lison-Leroy
©Lison-Leroy

Non je ne mourrai pas cette nuit

je n’en ai guère envie

et puis des choses m’attendent

demain matin des choses

futiles des choses dispensables

des choses sans intérêt

sauf pour moi donc je ne mourrai pas

cette nuit ni la nuit prochaine

 

ni avant longtemps car j’ai un grand

projet à mener encore pendant

des années : respirer tant et plus

manger boire et fixer le ciel

allongé dans l’herbe et fermer

à demi les yeux en écoutant

le vent passer la main dans les arbres

voilà, je ne mourrai pas cette nuit

d’ailleurs je veux mourir en plein

jour en contemplant une géométrie

de soleil sur un mur en crépi.

 

Inédit

 

***

 

Tu disposes 

les pots 

de fleurs le long 

du mur blanc 

des pots en argile 

des pots en plastique 

 

les mains 

dans les poches 

de ton tablier 

tu contemples 

ton œuvre 

 

sourire aux yeux 

baissant les paupières 

parfois 

 

tu tournes le 

dos 

aux fleurs dont 

l’ombre vibre 

 

et tu fixes 

les nuages éblouissants.

 

***

 

Je crois que 

je t’écrirai 

encore 

longtemps 

de petits mots 

alignés 

sur ce papier 

que j’ai acheté 

au supermarché 

ce papier 

blanc commun 

qui sert aussi 

à recueillir 

la poussière posée 

sur le piano 

clos depuis des années 

muettes.

 

*** 

 

À peine levé 

pieds nus 

sur le revêtement 

 

les mots du rêve 

distillés 

goutte à 

goutte 

 

cette douce hébétude

se dilue 

peu à peu 

comme un écho 

 

à l’heure encore 

frileuse.

 

Extraits de : Quartier-mère / Francesco Pittau – L’Arbre à paroles, 2024 – collection P.O.M.

 

Je suis d’une terre sombre

d’un sol de basalte et de granit

d’un monde perché sur le flanc

d’une colline entre la terre et le ciel

d’une cendre suspendue dans l’azur

que les pins maritimes couronnent

 

***

 

La chambre est glaciale

L’odeur du soleil est posée sur la table

comme une poignée de fleurs sèches

 

Derrière les rideaux fermés le ciel

est blanc

 

Je n’ai pas soif d’eau fraîche

Mais de filtres brûlants et de boissons fumantes

 

Quand reviendront les hirondelles ? 

 

Extraits de : Épissures / Francesco Pittau – L’Arbre à paroles, 2020

 

*** 

 

L’oiseau mort que tu as ramassé
dans l’herbe du jardin
sous le noisetier
tué par le froid
ou achevé par la faim
l’oiseau mort qui a le poids d’un souffle
au creux de ton gant de cuir
tu lui feras un nid dans la terre
grasse et tu l’y déposeras
en susurrant une prière
dans la langue des oiseaux
que tu parles parfois.

 

Extrait de : La fleur jaune / Francesco Pittau – Le Taillis Pré, 2023

 

***

 

Dès que je prends une feuille de papier
Dès que je saisis un crayon
Je l'entends qui arrive
À pas comptés
Le petit garçon que je connais bien.
Et sans rien dire
Il jette sur ma table
Un chat une araignée un ruisseau
Une grenouille sans hésitation
Une journée de soleil un nuage
Une poignée de sable jaune
Et des tas d'autres choses.
Puis le petit garçon murmure à mon oreille : 
"N'oublie pas de dire que c'est moi, l'Auteur"
Et il repart sans faire un bruit.

 

***

 

Ici
Il fait plein soleil
Là-bas
C'est la nuit complète

Ici
Je me suis endormi
là-bas
Il s'est réveillé

Ici
Je frissonne de froid
Là-bas
Il soupire de chaleur

Ici 
Je pense à là-bas
Et là-bas
Il pense à ici.

 

Extraits de : Un dragon dans la tête / Francesco Pittau ; ill. de Bernadette Gervais – Gallimard jeunesse, 2011 – collection Hors série Giboulées

 

 

©Rio Di Maria
©Rio Di Maria

Biographie

 

Francesco Pittau est né en 1956 en Sardaigne. Après des études aux Beaux-Arts de Mons, il est un temps directeur de collection aux éditions Belem. Depuis, il se consacre – mais pas que – à la littérature jeunesse. Il est également poète pour adultes, romancier et illustrateur. Il a, à son actif, plus d’une centaine de livres pour la jeunesse publiés principalement chez Gallimard, le Seuil, Albin Michel ou Pastel / L’École des Loisirs. Il vit en Belgique.

 

 

Bibliographie

 

 

 

Francesco Pittau ayant publié plus d’une centaine de livres, nous avons opté ici pour une bibliographie sélective reprenant les derniers titres de l’auteur depuis 2020. 

Pour retrouver l'intégralité de la bibliographie de l'auteur : https://objectifplumes.be/author/francesco-pittau/

 

 

 

 

Quartier-mère / Francesco Pittau - L'Arbre à Paroles, 2024 - collection P.O.M. *** NOUVEAUTÉ ***

Tête dure / Francesco Pittau – Buchet-Chastel, 2023 (réédition)

La fleur jaune / Francesco Pittau – Le Taillis Pré, 2023

Les petits pains / Francesco Pittau – Pastel, 2023

Pourquoi tu t’en vas, Rebecca ? / texte de Anna de Sandre ; ill. de Francesco Pittau – École des Loisirs, 2023 – collection Mouche

Prosper et compagnie / texte de Francesco Pittau ; ill. de Bérangère Laporte – Albin Michel jeunesse, 2023

Carré / texte de Francesco Pittau ; ill. de Bernadette Gervais – Albin Michel, 2021

Longtemps et des poussières / Francesco Pittau – maelstrÖm reEvolution, 2021

Milo et le loup / texte de Anne Pym ; ill. de Francesco Pittau – Pastel, 2021

Rond / Francesco Pittau & Bernadette Gervais – Albin Michel, 2021

Épissures / Francesco Pittau – L’Arbre à paroles, 2020 – collection P.O.M.

Fred / Francesco Pittau – École des Loisirs, 2020

Petit Loup / texte de Francesco Pittau ; ill. de Julia Woignier – Albin Michel jeunesse, 2020

Un ananas dans un bateau / Francesco Pittau – Seuil, 2020

Mes poèmes ne changeront pas le monde Patrizia Cavalli ; traduit de l’italien par Danièle Faugeras et Pascale Janot ; préface de Giorgio Agamben                         Éditions des femmes Antoinette Fouque, 2007

 

Cette édition rassemble trois recueils, Mes poèmes ne changeront pas le monde (Le mie posie non cambrieranno il mondo, 1974, dédié à Elsa Morante), Le Ciel (Il Cielo, 1981) et Le moi singulier qui n’est qu’à moi (L’io singolare proprio mio, 2006). Des recueils composés de très courts poèmes : des saynètes où la simplicité de l’écriture, où la futilité des thèmes ne sont qu’apparentes. Où l’expression subtile de sentiments, de sensations opposent une réalité toujours trop étroite à l’aspiration au grandiose. Dans cette écriture intime, autobiographique, le lyrisme côtoie l’humour et la dérision. Dans une condensation qui rappelle l’art de l’aphorisme, les poèmes de Patrizia Cavalli « font mouche » : quelques mots, quelques lignes suffisent à faire surgir une vision du monde très singulière.

 

Spoon River / Edgar Lee Masters ; traduction de l’anglais de Gaëlle Merle                                                              Allia, 2016

 

“ J’incarnais la loi au même titre qu’Harmon Whitney,
Kinsey Keene ou Garrison Standard.
Pendant trente ans, à la lumière d’une lampe,
J’ai statué sur les droits de propriété
Dans la salle de poker du théâtre municipal.
Et je peux vous dire que la vie est une joueuse hors-pair.
Impossible de rivaliser avec elle.
Aucun maire vivant n’a le pouvoir de fermer son tripot.
Et si vous perdez, vous pouvez toujours crier ; Jamais vous ne récupérerez votre mise.
Difficile avec elle de marquer des points :
Elle brouille les cartes pour vous plumer
Au lieu de vous affronter à la loyale.
Votre temps de jeu est de soixante-dix ans :
Au-delà, si vous n’avez jamais gagné,
C’est sans espoir.
Alors, si vous perdez, quittez la salle…
Votre temps est écoulé. ”

Mauretania : une traversée / Chris Reynolds                                                                                              Tanibis, 2020

 

Dans un monde qui fait semblant de ressembler au nôtre, pétri d’une étrangeté familière, des personnages mystérieux évoluent dans des lieux animés d’une vie propre. L’univers très personnel de Chris Reynolds, dessinateur britannique méconnu en France, fait enfin l’objet d’une publication d’ampleur avec ce recueil d’histoires datant des années 1980 et 1990.

Eugène Ionesco

 

Le théâtre Ionesco est en définitive une mise en scène des figures de la rhétorique. Ses personnages vont de catachrèse en chiasme comme d’autres vont -dans un théâtre plus classique – de la passion extrême à la jalousie meurtrière. Il s’y racontait une histoire. Chez Ionesco, il n’y a pas de récit, il n’y a pas de conte qui se raconte, mais des figures sorties d’un Füssli. Ionesco va chercher dans ses cauchemars ces monstres qui tentent de penser l’inconcevable, l’inconcevable, monstres faits de morceaux de bêtes et de morceaux d’hommes qui, assemblés, mettent au jour une bien inquiétante étrangeté. C’est en se fondant sur la répétition qui, à se reprendre, démontre que le même est une tentative désespérée que le comique de Ionesco devient un pur tragique. Le procédé est souvent subtil, qui consiste, par glissements successifs mais imperceptibles, à passer du «comme» de la métaphore à l’être dont celle-ci n’évoquait qu’une figure possible. Certes Kafka est passé par là, et les bouleversements de l’histoire personnelle de Ionesco ont laissé des traces dans son imaginaire. Mais on n’a pas osé dire que ce théâtre procurait aussi une nouvelle ontologie, celle d’un homme dérisoire, pris dans les boues de la mort.

 

Tom Waits

 

Thomas Alan Waits, dit tom Waits est auteur, compositeur, musicien, chanteur, réalisateur musical et acteur américain. Né en 1949 en Californie, il se distingue par sa voix rocailleuse, sa forte personnalité, sa presence sur scene et l’humour de ses mises en scène portées par des textes cyniques. Tom Waits possède une voix reconnaissable, décrite par un critique comme “abrasive”. Avec des bruits de bouche comme signes distinctifs, il incorpore des styles antérieurs au rock comme le blues, le jazz, le bluegrass, le vaudeville ou la musique country. Ses influences les plus marquantes sont surtout la musique de James Brown. Ses textes, quant à eux, sont ceux d’un portraitiste bizarre qui affectionne les personnages et les lieux délaissés. Son répertoire se distingue cependant aussi par son romantisme et sa drôleie. Diverses entrevues accordées tout au long de sa carrière témoignent de l’humour du chanteur. Il influence beaucoup aussi plusieurs autres auteurs-compositeurs. Ses chansons ont parfois été rendues célèbres par certaines reprises, comme Jersey Girl par Bruce Springsteen et Tom Traubert’s Blues par Rod Stewart. Bien que ses albums connaissent un succès mitigé aux États-Unis, ils ont parfois atteint le statut de disque d’or dans d’autres pays. Tom Waits a été plusieurs fois nommé lors de remises de prix de majors et a remporté un Grammy Award pour deux de ses albums. Il a également collaboré en tant que compositeur à des musique de films ou de comédies musicales. 

 

https://www.youtube.com/watch?app=desktop&v=vGal00wJCII

Stravinsky

 

On peut considérer que la pensée musicale de Stravinsly s’est construite sur trois des ingrédients fondamentaux de l’opéra : la vocalité, la danse et la maîtrise de l’orchestre. Dans sa jeunesse, il les a notamment découverts au Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg, où chantait son père. C’est là qu’ont eu lieu ses premiers émerveillements pour Tchaïkovski, Glinka et bien d’autres compositeurs russes. C’est même là, à huit ans qu’il aurait découvert la Belle au Bois dormant. Après, c’est l’aventure des Ballets Russes, Paris et en 1940, Hollywood. Il semble que ce soit pour des raisons d’argent, qu’il compose ce tango. Quelques années après la création pour piano, Stravinsky réalise de ce tango une instrumentation pour un ensemble insolite de 19 instruments : 5 clarinettes, trompettes, trombones, guitare et 6 instruments à cordes. Or, Stravinsky sait écrire pour grand orchestre quasiment dès ses débuts à la composition. L’Oiseau de Feu, Pétrouchka et le Sacre du Printemps en sont les plus extraordinaires exemples. Mais il aime aussi partir à la recherche d’innovations singulières avec des combinaisons d’instruments inhabituelles : comme L’Histoire du Soldat ou le merveilleux et moins connu Ragtime pour 11 instruments.

https://www.youtube.com/watch?v=QPrkqqNclhM

Source : Radio France