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Alexis Bardini / Sébastien Minaux

© Francesca Mantovani
© Francesca Mantovani

 

 

Une nuque blanche – un donjon inexpugnable – happe ta pupille

À l’heure très précise où le jour sort des rails comme un chien errant.

 

 

Tes mains s’épaississent alors

D’une aube plus humide

La plume du géographe t’effleure

Une poussière de ciel

Et tu la chasses

 

Lentement la musique quitte ton palais

Tu la donnes en péage

Aux maîtres des frontières

Tu penses aux vieillards assoupis sur le seuil

Aux jeux de cartes

Où parler fort redonne vie aux disparus

À tes promesses qui déjà s’émoussent

 

La nuit prend tes épaules

Te soulage de ton ombre

Les pulsations du rail épousent tes poumons

 

Au bout de ce chemin

Ses grands yeux noirs le nord cet inconnu

 

Et je maudis cet aller simple 

Pour un lieu sans visage

 

*** 

 

Matin de labeur : la main lourde tu balayes la mousse des rêves.

Tu pourrais passer ce jour de plus comme on passe un pays de pluie.

 

Te voilà engagée dans son sillon

Tu nourris les fumées

Qui coiffent la rivière

Tes gestes sont comptés

Aux portes des usines

Dans la foule amassée

Tu pèses le poids seul de ton arrivée

 

Chaque semaine 

La tête basse

Tu verses ton butin

Comme l’abeille le nectar

À tes flancs un pollen

Qui est promesse de nouveau

 

Ici le pain a goût de sel 

Et son visage est long

 

***

 

L’ombre se répand, toute lettre engloutie au grand buvard des heures.

Tout un là-bas de ronces de fougères tapisse la mémoire. 

 

Assise sur le seuil

Tes yeux de femme

Pansent les plaies de l’abandon

La lumière qui fut détruite

Ce jour d’été

Au cœur saignant de ton enfance

 

Depuis les meules ont cessé

De tourner comme des soleils

 

***

 

La fente d’un mur filtre les grains de lumière, les restes du jour.

Et le ciel pèse de tout son poids sur un plateau liquide encore.

 

La chose simple d’être là

Contempler l’enfance dans le noyau d’un fruit

C’est un écoulement très pur et contenu

Un sourire qui caresse la chair

 

Tu t’absentes du monde

Lui donnes un instant de répit

 

Extraits de : Le vent qui porte les pollens / Alexis Bardini – Éditions de Corlevour, 2023

 

Car rien n’est plus long qu’une nuit sans toi

Lorsqu’elle précède ta présence

L’ailleurs est en soi ramassé

Dans ce corps qui hésite

Un lointain dans le prochain pas

 

 

Et mon visage attend

Devant la porte

Que tu lui ouvres ta maison

Cette fleur délicate

Qui exprime la terre qui s’élève

 

L’arbre est un nuage tenu en laisse

Dans ton jardin

Sa chute agrandit l’horizon

Et nos pensées balancent à ses branches

Tous les lacets d’une brume amoureuse 

 

***

 

Notre horizon est recouvert d’écailles

Chaque pensée doit épouser les flots

Pour ne pas sombrer comme un corps inerte

L’abîme est à portée de main

Son appel est puissant

Sa voix sans commune mesure

 

La mer est d’un bleu mêlé de lait noir

Nous subissons son siège interminable 

En bâtissant des ponts

Avec quelques paroles

Quelques regards

Qui nous sont des chemins

 

Le temps est devenu liquide

Et il nous a laissé son doux parfum de sel

 

Si nous savons nager entre deux eaux

Le soleil en fera des fleurs

Que nos baisers s’échangeront

 

*** 

 

Les jeux ne sont pas faits

Sur ce grand pan de mur céleste

D’où tu appelles

À pleins poumons

Les phrases se détachent

L’une après l’autre

Tu tiens la bride du hasard entre tes doigts

Et dans ces rues aux noms d’apôtres

Tout un monde s’ébranle

Et tourne sur ses gonds

Je raccommode les pensées dépareillées

J’ancre en toi ma présence

Tes cils cette rosée fragile

Et nos élans sont d’une force égale

À ce qui nous sépare

 

Extraits de : Une épiphanie / Alexis Bardini – Gallimard, 2021

 

***

 

C’était l’hiver

C’était un lundi sur les bords

La Méditerranée

Ou plutôt mon désir de Méditerranée

 

C’était le soir

Et l’horizon laçait la vague au ciel

Un homme sur les quais

Tous ces chants de marins

Lui faisaient un cortège

 

Le visage indiscutable

Indiscernable et pourtant

Étrangement familier

Il m’apparut à contre-jour

C’était l’hiver

 

Je me souviens de tout cela

Car je n’ai mis aucun barreau

À ma mémoire…

 

Inédit, extrait de Ressacs – Gallimard, 2024 (à paraître en novembre)

Biographie

 

Alexis Bardini (de son vrai nom Sébastien Minaux) est né en 1975. Il vit et travaille à La Rochelle. Après Fragments de nuit (Encres Vives, 2017), Le fruit des saisons (Alcyone, 2017) et Ombries (Alcyone, 2020), il publie, sous le nom d’Alexis Bardini, Une épiphanie, chez Gallimard en 2021.

Le vent qui porte les pollens, centré sur les questions de l’exil et de l’identité, paraît au printemps 2023 aux Éditions de Corlevour.

Un nouveau recueil, intitulé Ressacs, paraîtra en novembre aux éditions Gallimard, toujours signé du nom d’Alexis Bardini.

Bibliographie

 

Le vent qui porte les pollens / avec Isabelle Liv – Éditions de Corlevour, 2023

Une épiphanie – Gallimard, 2023

 

 

 

sous le nom de Sébastien Minaux : 

 

Ombries – Alcyone, 2020

Le fruit des saisons – Alcyone, 2017

Anabase / Saint-John Perse - Gallimard, 1967

 

"Anabase a pour objet le poème de la solitude dans l'action. Aussi bien l'action parmi les hommes que l'action de l'esprit, envers autrui comme envers soi-même." 

Saint-John Perse à Pierre Mazars, l’interrogeant pour le Figaro littéraire en 1960.

Damages / Christian Viguié - Rougerie, 2020

 

Lorsque je passe sous l’acacia

que tu as planté

je m’étonne que ton nom

ne veuille plus tomber comme une feuille

ni s’élever avec la lenteur d’une fleur

Je m’étonne que ton nom

soit cette feuille et cette fleur

qui ne veulent ni chuter ni croître

Je me dis alors

que ton nom est l’envers d’une fleur

l’envers d’une feuille

l’envers de croître et de chuter

Ainsi je me convaincs 

que tu as planté deux arbres

un arbre planté dans le réel

et l’autre dans l’abîme

et que l’abîme est une ombre immobile

ou le premier feuillage de l’arbre réel

 

Un recueil de poèmes sur le deuil écrits en la mémoire des parents de l'auteur.

 Kind of Blue

 

Kind of Blue est un album de jazz de Miles Davis sorti en 1959. Il a été enregistré, à New York, en deux sessions avec le sextet de Miles David, composé des saxophonistes John Coltrane et Julian « Cannonball » Adderley,des pianistes Bill Evans et Wynton Kelly, du batteur Jimmy Cobb et du contrebassiste Paul Chambers. 

https://www.youtube.com/watch?v=kgRcCyey1hM

Suite pour violoncelle de Jean-Sébastien Bach par Pablo Casals

 

Ce disque légendaire du violoncelliste Pablo Casals est aussi la première intégrale jamais enregistrée des Suites pour violoncelle de Jean-Sébastien Bach. 

Jusqu’au début du XXème siècle, les suites pour violoncelle seul de Jean-Sébastien Bach étaient considérées par les violoncellistes comme des exercices, des études. Elles étaient donc très rarement données en concert. Pablo Casals est le premier violoncelliste à les jouer en concert de manière systématique, il est aussi le premier à les enregistrer dans leur intégralité. Il donne par la même occasion à son instrument un statut d’instrument soliste, voire récitaliste. 

https://www.youtube.com/watch?v=woYzaD6wnA4

Sylvie Selig

 

Sylvie Selig est née en 1941 à Nice. Elle obtient le prix de la Victorian Art Society et le premier prix du Sun Youth Art Show, dès ses 15 ans. Après avoir beaucoup voyagé (Australie, États-Unis, Angleterre…), elle vit et travaille depuis 1995 à Paris dans son atelier du quartier Pigalle. Elle met trois années à créer l’œuvre River of no Return, de 2012 à 2015. En 2016, elle ouvre son compte Instagram, qui lui vaudra d’être repérée par les commissaires de la 16e Biennale de Lyon, manifesto of fragility, qui l'expose aux Usines Fagor où le grand public la découvre.
2024 sera l’année de sa consécration avec cette première grande exposition personnelle dans un musée.

https://www.arte.tv/fr/videos/119299-000-A/river-of-no-return-sylvie-selig-en-xxl/

 

 

Il était une fois l’Anatolie

 

Drame, thriller – 2011

de Nuri Bilge Ceylan

par Nuri Bilge Ceylan, Ebru Ceylan

avec Muhammed Uzuner, Yilmaz Erdogan, Taner Birsel

 

Au cœur des steppes d’Anatolie, un meurtrier tente de guider une équipe de policiers vers l’endroit où il a enterré le corps de sa victime. Au cours de ce périple, une série d’indices sur ce qui s’est vraiment passé fait progressivement surface.

https://www.youtube.com/watch?v=ZeR6OSo5L-4