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Marine Riguet

on dirait une forêt

la lumière du jour a muri de l’intérieur et s’épanche à présent

hors des entailles, perle à la surface

comme la sève des bouleaux

elle brunit, s’épaissit

se donne à lécher aux bêtes

on dirait une forêt

la rumeur sort des corps avant que des bouches

et fait croire au vent, un instant

fait croire à la dispersion de la sciure dans la poussée du soir

fait croire à l’envol, l’enlèvement hors de vue

comme parfois le vent se perd, mélange les pays

comme le Sahara vient recouvrir les pas sur nos pierres

 

***

 

on dirait, eux, des troncs à l’écorce grave, tous

lourds d’eux-mêmes, tous

arcboutés vers le Nord, vers la trace d’une étoile qui ne reparaît

plus mais qu’on s’entête à montrer encore

et les branches qui s’ébrouent, dans une légèreté presque

accidentelle, presque à rebours de la gravité

les branches qui se joignent et tracent des ponts en travers des ombres

 

***

 

à cet instant la plage est sienne

la plage n’est rien d’autre que l’enclosure de son corps

dans le mouvement de l’attente

son arpentage

elle est son entrée en silence

tout ce qui s’espace, débarrasse

tout ce qui oublie et se retire pour laisser la place à l’autre

étendue

la mer longue, la mer insondable

la mer qui se débat avec la nuit en promettant de se laisser

traverser

en promettant de finir

 

***

 

nous marchons

nous marchons

le soleil comme une horloge cassée

nous marchons en cognant nos corps contre-jour

nos corps pour mémoire, levés, relevés, debout

tendus à la frontière de nos ombres

nos corps arrachés au sommeil d’été

nous marchons comme boire

comme ne plus porter d’autre mot que le bruit des pas dans les

pierres

dans la terre couleur d’os, qui a avalé la sueur de nos ancêtres

et qui se tait

la terre qui n’est plus d’aucun pays d’aucun nom

nous marchons

 

***

 

nous n’avons rien déserté

nous habitons debout nos lisières comme se tracent des lignes

tout ce qui bouge au bord de soi

tout ce qui se rencontre

la lampe, l’air du four qu’on allume

les battements d’oiseau dans la charpente

et l’eau de Cologne sur le palier qui se respire

comme un soir de laverie

 

nos corps s’allongent dans l’inventaire

 

 

nous sommes là où s’abritent les mondes

 

Extraits de : On dirait une forêt / Marine Riguet – maelstrÖm reEvolution, 2022 – collection Bookleg, 173

 

 

Biographie

 

Marine Riguet est née en 1990. Depuis plusieurs années, elle se consacre aux formes poétiques intermédiales. Ses vidéo-poèmes et ses performances sont publiées sur la chaîne Youtube, ainsi que dans des revues en ligne (Cahier Les Découvreurs, Hors-Sol, Les Cosaques des Frontières, Nouveaux Documents). Elle a également écrit une pièce de théâtre (Talk to me, 2012), des courts-métrages (Noces, 2017 ; Paris ordinaire, 2020), des textes sonores (La souterraine, 2018 ; Le Désert du vide, 2020) et réalisé des clips musicaux. Elle est actuellement maîtresse de conférences à l’Université de Reims.

Bibliographie

On dirait une forêt / Marine Riguet – maelstrÖm reEvolution, 2022 – collection Bookleg, 173

Les heures creuses / Véronique Gentil - Éditions Pierre Mainard, 2007

 

« Dans mes heures creuses les choses se font et se défont. Elles ne sont pas un vide à remplir, elles sont au contraire pleines d’une substance à démêler, à me rendre mobile. » Sur les terres de la Vienne, traversées par la Charente, vont les pas de Véronique Gentil, et sa vie, sa peinture, son écriture. [ note de l’éditeur ]

 

 

L’homme rapaillé / Gaston Miron ; préface d’Édouard Glissant - Gallimard, 1999 - Collection Poésie

 

« Toute vie est bien entendu un processus de démolition. » Gaston Miron (1928-1996) se reconnaissait dans cette phrase de F. Scott Fitzgerald alors même qu’il s’acharnait à écrire, au milieu de mille tourments, de millions contradictions et incertitudes, ce qui allait devenir le recueil de poèmes le plus célèbre du Québec, L’homme rapaillé. Voilà bien en effet un libre bâti avec l’énergie du désespoir, avec ce mélange de courage et d’angoisse qui est la marque propre de Miron, sa voix blessée et fière, « partageuse » et pourtant unique. Qu’il parle de son pays, le Québec, des luttes sociales, de l’amour violemment présent ou évanoui, de l’histoire, des turbulences du monde, c’est le timbre, le souffle puissant d’un poète tout entier en quête de son rythme et qui s’avance sans retenue ni prudence : « J’ai fait de plus loin que moi un voyage abracadabrant. » Miron, le poète épique qui procède par désastres et sursauts. Avec lui, l’espace américain devient une étendue fracturée, l’extase de l’infini comme une petite mort, et le rêve de conquête une ombre éphémère. [ note de l’éditeur ]

Kalimat / Lucie Antunes

 

Batteuse et percussionniste de formation classique et contemporaine, Lucie Antunes s’inspire également des pionniers du minimalisme et travaille avec le désir de créer de nouveaux horizons sonores. Après le conservatoire, la jeune artiste se tourne en 2013 vers la musique pop et se retrouve propulsée au centre de la scène aux côtés de Moodoïd, Aquaserge, Yuksek et Susheela Raman. Depuis 2015, elle crée des pièces électro-acoustiques et met en scène ses spectacles dans lesquels elle exprime tout son art pluridisciplinaire et polyvalent, en collaboration avec des chorégraphes, des performeurs et des musiciens. Son premier album, Sergoï (2019) a remporté un vif succès. Un album où nappes sonores synthétiques s’entremêment aux tintements de son vibraphone ; le tout avec une rare sensibilité.

 

https://www.youtube.com/watch?v=IeGPizgGL6E

La nuit transfigurée (Verklärte Nacht) / Anne Teresa De Keersmaeker


Le sextuor à cordes Verklärte Nacht (La nuit transfigurée), œuvre de jeunesse d’un Arnold Schoenberg encore ancré dans le post-romantisme, s’inspire du poème du même nom de Richard Dehmel. Une femme fait l’aveu à son amant qu’elle attend un enfant d’un autre homme. La tonalité tragique du poème trouve son écho dans l’exacerbation de l’écriture instrumentale – tantôt passionnée, tantôt aussi vulnérable qu’une voix prête à se rompre, et toujours en totale empathie avec l’épreuve endurée par les amants. La chorégraphie originale d’Anne Teresa de Keersmaeker, créée en 1995 au Théâtre de la Monnaie de Bruxelles dans le cadre d’une « Soirée Schoenberg » impliquait quatorze danseurs. En 2014, la chorégraphe réécrivait Verklärte Nacht sous la forme d’un « duo pour trois », en valorisant l’axe narratif et le traitement musical : un flot dramatique tendu, un infini miroitement d’émotions sans cesse modulées. Une histoire d’amour effrontément romantique, dans la lumière lunaire d’une nuit transfigurée. [source : Rosas ]

 

https://www.youtube.com/watch?v=YBEqwrZk5Xw

Pocket films / Jean-Claude Taki

 

Jean-Claude Taki vit et travaille à Paris. Musicien, il collabore tout d'abord à plusieurs films (fictions, documentaires) en tant qu'ingénieur du son et compose des bandes sonores. Il mène de front la réalisation de courts métrages dont la plupart ont été primés en France comme à l'étranger puis tourne un premier long métrage (AURORE / Number 9). En 2005, et ce pendant cinq ans, à l'initiative du Forum des Images de Paris, il continue son travail de cinéaste et pousse plus avant sa recherche formelle et narrative en utilisant un téléphone portable comme moyen de captation. Ses films sont alors diffusés aussi bien en salle de cinéma qu'en centre d'art [ LACDA (Los Angeles Center of Digital Art) / Museum of Contemporary Art – Washington DC, Centre Pompidou - Paris…].

 

http://www.jctaki.com/courts-metrages.html

 

Voir :

Si tu ignores le nom des choses 

2007 - mobile vidéo - 11' - Pal - 4/3 - couleur - stéréo - Interprétation : Julie Quéré

 

Une jeune femme, à la fois dans l'attente et dans le souvenir de l'amour, dresse un inventaire des parties de son corps.

 

https://vimeo.com/357599301

 

Césarée / Marguerite Duras

 

1979 – documentaire  - 11' – 35 mm – réalisé par Marguerite Duras

« La caméra flotte dans le Jardin des Tuileries. Elle tourne autour des satues, descend les allées. Les images sont issues de la matière inexploitée du Navire Night. Duras recompose ici ces rushes pour évoquer – en off toujours – Césarée, une ville dont il ne reste que le nom et où résonne le souvenir de Bérénice, reine des Juifs, chassée de la ville antique après sa répudiation par Titus. »

 

https://www.youtube.com/watch?v=IxvjJCOfxHA

Marine Lanier

 

Issue d’une famille d’horticulteurs et de marins, la recherche de Marine Lanier est centrée autour de ses questions concernant le vivant, la structure clanique, du lien et de l’appel, de l’aventure.  Sa démarche relève de la fable documentaire ou encore du “réalisme magique”. Elle explore des lieux interlopes, innaccessibles où le danger et mystère planent : l’ancienne pépinière abandonnée de son père, un volcan endormi, les vagues d’un barrage, la géologie d’une terre bouelversée par les conflits et les tremblement de terre en Arménie, un jardin-laboratoire au pied d’un glacier sur le tracé de l’épopée d’hannibal dans les Alpes… Les personnages marginaux et l’univers irrationnel la fascinent. Elle photographie des communautés masculines tels des élagueurs et jardiniers, ou encore deux frères, sortes d’enfants-loups vivant en autarcie au-dessus d’une relief inversé en Ardèche… La question du récit et de la métamorphose sous-tend l’ensemble de son travail. Il s’agit souvent de l’invention d’un destin individuel clivé au sein d’un groupe. Son approche plastique est sensorielle, immersive, parfois hallucinée. Elle utilise régulièrement la lumière de l’éclipse, les symboles, les monochromes proches de la couleur des rêves, de la sidération qui nous transportent vers un renversement des valeurs de ce monde.

 

http://www.marinelanier.com/

Sur le web

 

Site web de Marine Riguet : https://marineriguet.com/

 

Sa chaîne Youtube : https://www.youtube.com/c/MarineRiguet

 

Les pas et les ombres : https://www.youtube.com/watch?v=SNLw_yO7ppM