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Page de poésie

La Page Poésie vous propose de découvrir des poètes contemporains. Avec l'accord et l'aimable collaboration des auteurs.

Dominique MASSAUT


                                                  
© Roane Leschot

Oh la la qu’est-ce que c’était bon c’était tout bleu tout
bleu t’avais retrouvé la vue de tes vingt ans c’était la clarté
qui fait de la paix dans les yeux au fond de tes yeux
sous le crâne jusque dans la nuque et les tempes et sous la
peau pareil bleu bleu bleu comme si t’avais mangé de la
salsepareille et oh la la qu’est-ce que bon c’était mais tu
t’es mis à aimer un peu trop ça toi t’as bouffé du ciel bleu
du ciel bleu ton ciboulot s’y est mis aussi et tu t’es mis
du vide dans la tête et tu regardais le rien dans le feu de
bois dans le feuillage d’un hêtre dans le flux le reflux des
vagues dans la crique dans un tambour de lessiveuse et dans
un aquarium aussi tes pensées c’était comme un tout petit
banc de poissons de champ de corail et toi tu commençais
à vivre avec le vide avec le bleu et tu commençais à devenir
comme un spiritueux pour les autres qui commençaient à
t’admirer ça franchement c’était trop. Disait-on.

Extraits de : Débordements / Dominique Massaut – maelström reEvolution, 2019


Sous ton pas maintenant
marchinées arrière
un très beau jour de juin
une halte
un train
et un enfant qui montait dedans
il partait voir son père
et son regard s’envolait
vers des canopées comme l’éternité flottante
et il voletait voletait comme martinet
et le murmure du monde l’enveloppait
l’enveloppait
l’enveloppa tout à coup de grésil
une larme
sous ton pas
dans un frisson
et les traces déformées
sous la pluie
sous la pluie

*

la pause
du poumon
du mollet
le thé
et la fatigue qu’on pousse
sous le tapis du pas qui
reprend des forces

sous ton pas la pause
et ton esprit qui pleut
quelques-unes
de ses recompositions

*

un jour il y eut
le café pauvre et bon
aux premières heures de la gare
le craquement de la croûte aux aurores…

*

aujourd’hui
l’air nous passe bien dessous
en fines couches
nous le sentons
tu souris
nous avons sans nous en rendre compte
dans les pieds
une brise bienveillante
une petite eau
un fil de lumen
une fleur
un fruit

Extraits de : Sous ton pas / Dominique Massaut – L’Arbre à paroles, 2018

Nos bras ballants brassent
l’ut et le sol,
d’olfactives phrases
aléatoires
de nos sèves.


De chaudes mains chantent,
ne dansent qu’en
petits coins perdus,
ne s’aventurent qu’en
lèvres flottantes.
Ivres lilas frôlant nos lacs
et, sous-jacentes,
quelques voix d’eau
sinusoïdales ou siamoises.

*

Mécaniques submersibles des fluides du désir
vivent au fond des plis, des sources ou des boues,
qu’odorat de gourmet débusque dans tes cuisses.

Il y vit une espèce d’orque
qui dévore
toute horloge qui s’y risque.

*

Nous nous démultipliions sans cesse.
Nous testions toutes les balançoires du monde.
Nous faisions osciller nos rires et nos pontes
autour d’un point de sieste infiniment connu.
Et nous mordions l’air et les oranges
avec des yeux écarquillés et nus
pour étancher nos soifs sans comptes ni retards.
Nous laissions nos interrogations sans réponse, avec joie.
Et nos reins et nos mains refabriquaient et refabriquaient nos
vols d’enfance.
Et nous vieillissions à peine, sans nous en rendre compte,
comme les cordes les plus infimes, les plus enfouies
de la matière.

*

On me voit l’hiver
m’accrocher aux traces
de tes odeurs.
Et je suis lierre à tes cuisses
et gui, par exemple,
aux nœuds de tes bras.
J’ai quelque chose d’extrêmement serré
autour de chacune
de tes très courtes morts.
Et nous montrons à nu, dans le froid,
cet air si bancal aujourd’hui (mais si chaud !)
de tout ce qui
dépend.

Extraits de : Lymphéas / Dominique Massaut – Le Coudrier, 2011

L’exploit tend à ne rien faire en ce jour d’hui d’escapade et de vitesse. La casserole bout de but en blanc dans chaque faim tombe en toupie dans la tête des jambes à gnac. Il est écrit que veines et voix ont à courir sur piste drugstore à baisser les pavillons de petites promenades tendres et foutre tête baissée dans les harangues aux vinaigres et les titres citron à la pelle aux quotidiens en rotatives brèves appâtant langues insatiables et ce matin tout rose moi tombe là dans rien rondement tiède ah que bon !

*

Hétéroclites les mies flottant entre lit et plafond
Babines imaginent détectent kawa kiwi et même poire et même fromages bleus
Des pupilles en fleurs mangent un coin de ciel et des oranges y volent aux ailes dépouillées de flou
Tendres pluies d’humeurs sous paupières des clitoris errent de bas en haut concoctent d’autres mots à humer

*

Traverser une cascade d’air bleu,
ses embruns.
Se poser à ses pieds.
Prendre la main – la petiote potelège – des vouivres tapies sous les bullivers des vasques.
Dénicher, au travers des pouplites de leurs oscelles,
un lumineau clair.
L’intérieur des vouivres est fait
d’un feu égrangement frais,
lui-même fait, sans doute, de pulpe
d’orange ou de mangue.
Presser le ventre contre le ventre. Le bidouivre contre le pulpome. Serrer. Longtemps.
Boire clarinettement la longue calorifréchelle, toute diffusée d’ogivre.
Et dormir,
enfin.

Extraits de : Poèmes anxiolytiques – Maelström, 2007 (Bookleg)

Biographie - Diptyque

1. DomM

DomM, ou Dom(inique Massaut), se situe à peu près au centre d’un triangle poreux à peu près équilatéral. Les côtés de ce triangle : le théâtre-action, le slam et la poésie gesticulée. Pour une poésie en toutes et par toutes, en tous et par tous. Dans un monde étouffé par la turgescence des nombrils, le narcissisme jonquille " dans la cage aux héros ", les sacro-saints principes de la poissance économimique, de la complètement compète, des Majuscules qui mentent religieuses, par le comptouillage permanent de l’avoir, le sabotage tourciveux de qui se dit avec, l’obsolaisance des objets, des êtres humains par l’alicamentaire foison chimique tant qu’elle jute de la rente, par l’anéanfouissement d’éclats d’atomes ou de la biodiversité, le rétablissement des privilèges, la justice à deux vitesses, le retour de l’esclavage et du droit de cuissage, Dom(inique Massaut) estime que la poésie est le seul remède possiblement utile et souhaite donc que celle-ci déferle de partout, dans un corps et un esprit sain et mouvant, de préférence en rhizome.

Dom(inique Massaut) est un poète intuitif, néologiste, rythmique, et cultive l’étrange avec délectation. Diffuse donc son travail sur scène avant tout (notamment avec Alain Subrebost et Gauthier Keyaerts), mais aussi sous forme de livre ou de livre-disque. A publié notamment à l’Arbre à Paroles, aux éditions Maelström, Plaine page et Rafael de Surtis.

Se sent grand tamis avec Vincent Tholomé, Laurence Vielle, Milady Renoir, Lisette Lombé, Timotéo Sergoï, Patrick Sirot, Bruno Geneste, Jean-Pierre Bobillot, et des tas d’autres mettant en corps le travail du poète…

Il est encore animateur pas sillonné d’ateliers de slam, d’écriture et de poésie sonore.

2. Dominique

Écrivain, poète gesticulateur et slameur de Liège (Belgique).
Fils d’historiens mais marqué par une formation scientifique, Dominique Massaut a surtout été influencé par des chanteurs tels que Brel, Brassens, Lapointe, Renaud, Annegarn, Thiéfaine, Bashung, les poètes Prévert, Verhaeren, Michaux, Ponge, Pessoa, Izoard, Verheggen, Pennequin, et bien d’autres, les essayistes Laborit, Jacquard ou Reeves, les poètes humoristes Devos ou Norge, la gouaille savante de Rabelais, l’engagement du théâtre-action, de Franca Rame ou de Dario Fo, le jeu de l’Oulipo, l’hendécasyllabe (dont celui de Cesare Pavese), la folie vitale des surréalistes et des pataphysiciens, par le grain de nombreuses voix, l’invitation à la contemplation de nombreux photographes, par l’amitié avec les féministes, les humanistes, les désacralisateurs… Il publie ses travaux sur papier, sur scène et sur supports audio et vidéo. Livres : Poèmes anxiolytiques, Je suis bête, Lymphéas, Sous ton pas… Livres/CD : Evasions d’un aï, Monosyllabines, Débordements (Ed. Maelström, 2019).


Bibliographie

L’œil du silence – L’Arbre à paroles, 2000
Le vieux sage – Les Éditions de l’Heure, 2002
Nourrir le rond – L’Arbre à paroles, 2004
De la " cucaracha " qui voulait se faire aussi haute que l’Albatros et de ce qu’il advint – ou n’advint pas – de son mâle ruminant (poème hominien en " tu ") - Tétras Lyre, 2005
D’un o, d’entre mille – Éditions [o], 2007
Poèmes anxiolytiques – Maelström, 2007 (Bookleg)
Évasions d’un aï – L’Arbre à paroles, 2008. Livre-disque
Je suis bête – Boumboumtralala, 2010 (La bafouille incontinente)
Lymphéas – Le Coudrier, 2011
Zone slam. Volume 1 – L’Arbre à paroles, 2011 (P.O.M.)
Monsieur Tapecte – Maesltröm RéÉvolution, 2011 (Bookleg)
Je m’en irai bientôt – Rafael de Surtis, 2013
Monosyllabines ; illustrations de Bénédicte Luxen (CD & Carnet, sur des musiques de Line Adam, avec des voix de DomM, Abdelhak Tikerouine et Jean-Luc De Meyer) – DomM, 2014
Je suis bête (Réédition) – Plaine Page, 2015
Bordeaux, inertie trouble ; illustrations de André Jolivet – Voltije Editions Ltd, 2016 (Le Monde des villes)
Sous ton pas ; illustrations de Aaron Clarke – L’Arbre à paroles, 2018
Débordements : poèmes à voix haute, bouffons et baroques ; illustrations de Klervi Bourseul (livre-disque sur des musiques de Gauthier Keyaerts avec Alain Subrebost, Jean-Christophe Detrain, Stephan Ink – voix de DomM (Dominique Massaut), Laurence Vielle, David Giannoni, Vincent Tholomé, Gauthier Keyaerts , Pierre Devalet & Les Kids de Villenave-d’Ornon) – Maelström RéÉvolution, 2019



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