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Page de poésie

La Page Poésie vous propose de découvrir des poètes contemporains. Avec l'accord et l'aimable collaboration des auteurs.


Fanny Garin


                                 
© Célestin de Meeus

il reste du vert cette montagne sans bruit une carte postale glacée


*


sans ses corps une chambre existe-t-elle


une poétesse est faible, elle peint des figures au paysage
d’une pièce qui se cambre



*


c’est qu’une
montagne est éculée



***



elle coupe le ciel, elle est lointaine et noire
parfois verte vous voyez

cependant si l’on approche les lièvres courent
le corps,
si l’on approche jusqu’au flanc



*


alors au flanc le corps creuse


épidermes écorces, les sèves sécrétions,

et quelques traces dedans le ventre – draps verdis


*


(les draps des paysages des paysages sont toujours blancs
dit l’enfant un enfant
)


*


aussi, d’ailleurs,

une fois

un homme met les doigts dans ma bouche et moi,


je mets les doigts à la peinture d’une montagne


*


(elle coupe le ciel, elle est lointaine et noire)


*


je me trompe si je note que la montagne reste, inécrite immobile
éculée

que le désir monte, à saisir

Extraits de : Natures sans titre / Fanny Garin – L’Angle mort, 2020


premières disparitions
(1)

quelqu’un a dit quelque chose,
les pulsions naissent des circonstances

et ce n’était pas moi, qui le disais


*


cela se passait dans une chambre vide et réelle – lieu
des drames
– qui ne transformait rien

sauf le vent


*


et que disais-tu hier, si certaine comme la mer de la route

tes conflits, de corps et visions, comme les angles des chevaux

je reprends
inadéquation de la soif de l’image formule magique


comprenez-vous


*


comprenez-vous mon corps
parle seul des images retenues
un il comme les feuilles

n’importe qui


*

ce n’était pas moi, qui disais
toi n’importe qui pour il
mais cela était bien cela
raisonnait
avec les feuilles aussi, foulées

pas de folie à incarner


*


folie

folie avec le vent une invention et maintenant il pleut
toujours et la peau ne sent rien sans un crime

Extraits de : des disparitions avec vent et lampe / Fanny Garin – Éditions Isabelle Sauvage, 2019 - Collection présent (im)parfait


Biographie

Fanny Garin est écrivaine et dramaturge, après avoir été comédienne et metteuse en scène plusieurs années.

Elle est née en 1988 et écrit de la poésie, des récits ainsi que des textes hybrides pour la scène. Elle s’est formée à l’université Paris III en Études théâtrales et Littérature, et au conservatoire de Bobigny (art dramatique). Elle est, pour la saison 2018-2019, dramaturge sur Mademoiselle Julie de Strindberg, mis en scène par Jérémy Ridel (FFT).

Sa pièce Fleuve Niger ou de sang a été sélectionnée en 2017 par le GRATT ensemble pour son marathon scénique et réalisée, en 2018, sous la forme d’une sieste acoustique, par Béatrice Bienville (Agora de Nanterre).

Elle est publiée dans diverses revues, principalement poétiques et littéraires (Remue.net, Catastrophes, Hors-sol, Terre à ciel, Revue la revue, Gruppen, Derviche Tourneur, etc.). Elle a co-fondé et dirige actuellement, avec Julia Lepère, la revue de poésie Territoires Sauriens, revue qui compte quatre numéros numériques et un numéro papier. Fanny Garin vit aujourd’hui à Bruxelles.

Bibliographie


                                                                                      © Henri Alain

des disparitions avec vent et lampe / Fanny Garin – Éditions Isabelle Sauvage, 2019

Natures sans titre / Fanny Garin – L’Angle Mort, 2020


Site web

https://anglemorteditions.com/

https://editionsisabellesauvage.fr/


Deux coups de cœur poétiques de Fanny Garin


Si toi aussi tu m’abandonnes / Claudia Rankine ; traduit de l’américain par Maïtreyi et Nicolas Pesquès – José Corti, 2010



Si toi aussi tu m'abandonnes relève d'un genre inventé et développé aux États-Unis : la documentary poetry. Claudia Rankine se l'est approprié pour créer un texte d'une grande originalité. 

À la fois autobiographie et chronique des années Bush, Claudia Rankine sonde ce qui ronge et, à proprement parler, infecte la vie aux États-Unis: la télévision, la publicité - notamment celle pour les médicaments - et une justice en général à deux vitesses selon la qualité et la couleur des suspects. Mais parce que tout ce qui l'affecte l'isole, elle ressent aussi la solitude comme une conséquence de sa sensibilité.

Claudia Rankine est virulente mais profondément humaine ; elle porte un regard acéré, à la fois critique et drôle, mais sans cynisme, sur cette Amérique surconsommatrice d'images et de pharmacopées. Elle traverse drames nationaux et dépressions familiales avec une lucidité engagée et un humour radical qui rendent sa poésie neuve et attachante.



La demeure et le lieu / Julien Bosc – Éditions Faï Fioc, 2019



Recueil posthume de poèmes mélancoliques, La demeure et le lieu, éclaire sur la faculté de Julien Bosc à s’approprier un univers de vie rendu familier par la grâce de moments passés et présents finement raccordés. Un livre qui dit l’attention aux choses menues, aux petits animaux, aux éléments éphémères.

" écrire
avant se taire
rallumer son feu dès l’aube
peler l’orange
raccommoder sa langue et sa peau
compter les gouttes de pluies glissées sous le rameau nu du pommier
laisser venir
offrir un toit au vent et
si du dedans le papillon frappe au carreau de la fenêtre ou de la porte
lui parler peu sans surtout forcer la voix
le prendre dans le creux d’une main
entrebâiller la fenêtre ou la porte et ouvrir après la main "
  



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